manif-212Je vais vous raconter une petite histoire..

Une petite histoire à ma petite échelle à moi, mais qui rejoint celle de tous mes collègues dans tous les services de mon hôpital, et en qui se retrouveront une grande partie des personnes qui travaillent dans le public et dans le privé confondus.

Donc, je travaille à l’hôpital, à l’hôpital Purpan de Toulouse, qui vient en 2014 et 2015 de s’octroyer deux nouveaux super ensembles rassemblant désormais la quasi-totalité de l’activité du site, tout en réorganisant et en rationalisant la dite activité.

En langage commun : faire plus avec moins de moyens humains.

Je suis infirmière. Dans un service de Médecine Interne, discipline assez mal identifiée, et qui a des missions de diagnostic, de recherche et de traitement. Nous avons comme partout des patients anxieux, parce qu’ils viennent parfois après des années d’errance, des patients affaiblis, beaucoup de patients « chroniques », avec lesquels des liens forts se tissent.

Je n’ai pas toujours été infirmière. Après des « humanités » dans des universités de gauche, j’ai fait de petites choses en me demandant quel sens donner à ma vie professionnelle. Je suis devenue infirmière car l’aspect relationnel avec les patients m’attirait. Donner aux autres.. (un reste de vision judéo-chrétienne peut-être.. ) Allo Mr Freud ?? . Et je suis entrée à l’hôpital. Pas par hasard. Ni parce que le statut de fonctionnaire m’attirait. Mais parce que je ne voulais pas travailler pour « une boite à fric », comme je me représentais les cliniques privées. Le coté mission de service public de l’hôpital me convenait, et j’ai été fière d’y participer.

Bon an, mal an, les années ont passé.

Tisser des liens avec les patients, participer aux projets de soins, épauler les malades et leurs familles, travailler en équipe, tout cela, malgré bien sur les aléas de service, les  difficultés liées au planning, au manque de reconnaissance de la part des médecins, de la hiérarchie, tout cela malgré tout me plaisait, me remplissait.

Et puis, il y a eu la construction de ces deux nouveaux supers hôpitaux à Purpan, inaugurés en mai 2014 pour Pierre Paul Riquet, et juin 2015 pour l’URM. Deux ensembles qui regroupent la quasi-totalité de l’activité de soins : hospitalisation, blocs, imagerie, consultations, urgences.. Je vous passe les hérésies du style : pourquoi a-t-on regroupé toute l’activité de Purpan au même endroit sans avoir pensé à comment les agents allaient se garer pour venir travailler. Conséquence : depuis 2 ans, c’est le Far West à Purpan ! Je sais, on est en plein dans le trivial, mais c’est très révélateur du reste !

A savoir, que « l’agent hospitalier » devient un pion, une donnée comptable que l’on déplace de ci de là au gré des besoins. De là à considérer que le patient est lui aussi une donnée comptable que l’on transforme en temps : tant de minutes pour l’accueillir, pour le perfuser, lui donner ses médicaments, tant de minutes pour le rassurer quand il vient d’apprendre qu’il va mourir !! 

On en est là !!

La restructuration a donné lieu à des suppressions d’emplois. Je ne parlerai que de mon service, mais ceci se retrouve partout. Notre poste d’accueil a disparu, la direction de l’hôpital argumentant que ses tâches seraient absorbées par un accueil  administratif centralisé. Avec elle, a disparu une bonne part de l’humanité du service, le relai et le repère des patients, sans compter que les tâches qui lui incombaient sont retombées directement non sur le service d’accueil magique, mais sur l’infirmière du service qui s’occupe des entrées et des sorties des patients, infirmière qui était auparavant une aide précieuse pour ses collègues, chose qu’elle ne peut plus être désormais, puisqu’elle a la double casquette d’agent d’accueil et d’infirmière transversale.

De plus, depuis avril, nous avons augmenté notre capacité en lits de 20 à 24, sans que l’effectif soignant soit modifié.

Deux patients de plus par secteur (4 de plus la nuit, puisque nous n’avons qu’une infirmière la nuit pour 24 patients ), cela peut paraitre insignifiant. Cela l’est en tous cas aux yeux de la direction. Mais c’est énorme ! Deux patients de plus à accueillir, perfuser, soigner, écouter, aider, en plus des tâches administratives qui leur incombent.

Combien de temps avec mes collègues allons nous tenir le rythme de ces cadences infernales ?

Combien de temps avant d’être complètement usés ?

Usés au point de ne plus écouter , parce qu’on a pas le temps

Usés au point de s’arrêter parce que le corps et la tête lâchent

Usés au point d’entrer en conflit avec les collègues, avec les médecins

Usés au point de ne plus avoir la force de se révolter

Usés au point de mal faire son travail, d’être malades à force d’insatisfaction, d’avoir perdu de vue ce pourquoi on fait ce métier !

Quel choix nous reste-t-il ?

Le choix de se révolter ? En avons-nous encore l’énergie ? Quand en face de nous il y a l’inertie d’un mur ?

Le choix de partir ?

Le choix d’en finir définitivement, comme certains quand la coupe est pleine et qu’on ne sait plus comment la vider ?

Je me sens comme un poisson dans un bocal trop petit, et j’ai peur du moment qui viendra où je manquerai d’air. Où est-elle passée, cette fierté de faire partie de cette famille soignante, de faire partie de l’hôpital ?

Elle a été balayée par toute cette violence institutionnelle, par cette violence aveugle et sourde qui pèse sur nous de tout son poids tous les jours.

Quel choix nous reste-t-il ?

Quel avenir pour l’hôpital ?

Le bocal à poisson ?

Madame, Monsieur,

Je me permets de vous contacter, afin de vous informer de la situation dans laquelle je me trouve actuellement.

Le 19 septembre 2016, lors d’une réunion de service, j’ai été tirée au sort pour rejoindre l’équipe de l’unité hivernale de l’hôpital des enfants.

Énième changement de service qui me déstabilise énormément et qui a conduit mon généraliste à m’arrêter pour une dégradation de mon état de santé.

Le 26 septembre 2016, j’ai à nouveau rencontré mon généraliste et suite à cette visite, je me suis rendu au CHU, déposer en main propre à ma cadre remplaçante les papiers de mon arrêt que j’ai déclaré en accident de travail.

À 17h48, le jour même, j’ai reçu un appel sur mon portable venant du 06…, une personne que je ne connaissais pas et qui n’a pas laissé de message.

À  17h57, mon visiophone a sonné, une personne que je ne connais pas apparaît à l’écran, sa berline garée juste devant mon hall d’entrée située dans un chemin privé. À l’écran,  l’homme sort son portable et lance une communication.

À  17h58, mon portable sonne,  le numéro est le même qu’il y a 10 minutes.

L’homme monte dans son véhicule et repart je n’ai pas de message sur mon répondeur.

Ce jour, mardi 27 septembre 2016, à 9h11, j’ai à nouveau un appel,  numéro identique à celui de la veille, cette fois, il me laisse un message, je cite:  « Bonjour, Docteur F., je suis médecin, j’ai été mandaté pour un contrôle de votre arrêt maladie […] ».

A 9h15, un second appel, qui donne lieu à un nouveau message, je cite: « C’est encore le docteur F.,  Bon écoutez, là je suis obligé de repartir […] ».

Comme je l’ai expliqué le 20 Septembre 2016 à ma cadre ainsi qu’à Mr L.  que j’ai pu rencontrer,  je me tiens à la disposition du CHU pour tout contrôle qu’il jugerait nécessaire comme le prévoit la législation – décret 88-386 du 19 avril 1988 et de la jurisprudence administrative – mais à ce jour je n’ai reçu aucune convocation.

J’aimerais que mes droits soient respectés, que mes coordonnées personnelles ne soit pas transmise à quiconque, et que les visites impromptues à mon domicile et que les appels de ce Monsieur cesse.

Aujourd’hui arrêté par mon médecin généraliste et ayant déclaré un accident de travail, je me sens harcelée à mon propre domicile. Je regarde dans ma rue si je vois cette voiture, j’ai vu avec une voisine pour avoir un accès à mon domicile sans passer par mon hall d’entrée. Cette situation ne peut pas durer pour mon bien-être. Je dépose ce jour une plainte au commissariat de mon quartier pour actions répétées constituant un harcèlement moral et détention et communication de mes données personnelles sans mon accord.

Je suis sûre que vous apporterez une attention toute particulière à mon courrier.

Recevez Madame, Monsieur, l’expression de mes sincères salutations.

Source : libération

Au moins cinq soignants se sont donné la mort cet été. Des drames qui mettent en lumière la souffrance des personnels hospitaliers face à leurs conditions de travail et au manque de réponse de leur hiérarchie. La Coordination nationale des infirmières appelle à la grève mercredi dans toute la France.

Un cortège sombre et silencieux. Ce mercredi matin, devant l’hôtel de ville de Martigues (Bouches-du-Rhône), les blouses blanches vont se rassembler, à l’initiative de la Coordination nationale des infirmières (CNI), qui appelle également à la grève dans toute la France. Les participants «sont invités à porter un brassard noir sur leur tenue professionnelle pour un témoignage de respect à nos collègues décédés cet été».

S’agit-il d’une mise en scène un brin macabre ? Nullement. «C’est l’expression d’une grande inquiétude», note la CNI. Au moins cinq infirmiers se sont en effet suicidés depuis le mois de juin dans des structures médicales. Des drames isolés, d’abord personnels, tous impossibles à expliquer par une seule cause. Il n’empêche, ils se sont répétés. Et ces gestes désespérés semblent faire écho à un climat lourd et pesant que l’on ressent dans le monde des soignants. «C’est au minimum un symptôme, lâche un ancien directeur des hôpitaux. Dans tous les établissements, le manque de personnel et la hausse de l’activité fragilisent les gens. Mais on n’a rien fait, on s’y est habitué. C’est un paradoxe, mais dans le monde hospitalier, il n’y a aucune sensibilité à la souffrance au travail.»

«Restructuration»

C’était le 24 juin au Havre, un vendredi matin. Une infirmière de 44 ans, en poste de nuit au groupe hospitalier, rentre chez elle. Et se pend. Elle a laissé une lettre à son mari, avec des mots sans ambiguïté. «Le centre hospitalier du Havre est en restructuration. On avait prévenu des tensions, nous raconte Agnès Goussin-Mauger, infirmière et secrétaire du syndicat CGT mixte médecin infirmier. En février, on avait eu un comité de restructuration, tous les syndicats s’étaient opposés à la façon de procéder. Les agents avaient évoqué leur stress et leur angoisse. La direction est passée outre.»

Tout s’est joué à la maternité de l’hôpital du Havre. La direction avait demandé au personnel soignant d’être «polyvalent», maître mot pour accompagner le changement. Depuis des années, cette infirmière était en pédiatrie. Mère de deux enfants, elle travaillait de nuit à mi-temps. Avec la polyvalence, on lui avait indiqué qu’elle pourrait se retrouver en réanimation néonatale. Elle ne le voulait pas ; elle l’avait dit et répété. A plusieurs reprises, les syndicats sont montés au créneau, insistant sur le fait que «la polyvalence demandée aux agents en pédiatrie était dangereuse, surtout en réanimation pédiatrique où le niveau de stress est maximum». Rien n’y a fait. Elle n’a pas supporté, elle a laissé une lettre ; elle se serait alarmée du cas d’un enfant qu’elle avait pris en charge, dix jours plus tôt, en réanimation et aurait mis en doute sa capacité à occuper ce poste.

A l’hôpital, cela a été évidemment la stupeur. La direction s’est dite effondrée. Dans un communiqué, elle a salué ses «qualités professionnelles». «Quand on a fait une demande d’accident de service, ajoute la syndicaliste, la direction n’a pas daigné répondre.» «J’en veux à cette pression qu’on colle aux infirmières, ces petites mains totalement indispensables au fonctionnement de l’hôpital», a déclaré le mari de l’infirmière. Dans le groupe hospitalier du Havre où travaillent plus de 4 500 personnes, il y a un seul médecin du travail. Et un poste et demi de psychologue.

«Harcèlement»

A Saint-Calais, près du Mans, c’est un cadre de santé d’une maison de retraite dépendant de l’hôpital qui s’est suicidé le 30 juin. L’histoire est bien sûr différente, «avec un contexte local particulier», insiste Philippe Keravec, responsable CGT du Mans. Il n’empêche, là comme au Havre, difficile de croire que l’hôpital et l’Agence régionale de santé n’étaient pas au courant de la tension.

Voilà un homme de 50 ans, avec une longue expérience, d’abord en gériatrie puis en psychiatrie. L’année dernière, il était parti en formation pour devenir cadre de santé, poste qu’il occupait déjà en intérim. Au printemps, il est revenu à la Maison du repos, qui accueille 45 résidents âgés de plus de 60 ans. A son retour, la direction de l’hôpital lui fait une série de reproches portant sur des détails. «Il avait répondu point par point, note le responsable de la CGT. Mais l’ambiance est détestable. Il y avait un contexte de harcèlement de la direction, et cela depuis longtemps.» «Dès 2015, on avait alerté l’Agence régionale de santé et la préfecture, insiste Marc Gandon, syndicaliste à FO. Nous étions très inquiets et cela s’est confirmé.»

Ce jour-là, il a tout préparé. Il était chez lui. A ses côtés, une pochette pour sa belle-sœur, employée elle aussi à l’hôpital, «à ouvrir en cas de décès». A l’intérieur, une série de lettres adressées à l’hôpital ou encore à l’ARS, dans lesquelles il nommait les responsables de sa situation. Depuis, l’Inspection générale des affaires sociales a lancé une enquête, sa famille a porté plainte, le parquet a décidé d’ouvrir une information judiciaire. Et les syndicats vont engager leur droit d’alerte, «tant la situation reste insupportable». «La seule chose qui nous importe, c’est la qualité de notre travail», lâche un proche de la victime.

«Sous-effectif»

Changement radical de décor. Nous voilà dans le magnifique hôpital Rangueil, au CHU de Toulouse, grande réussite de la médecine hospitalière à la française. L’établissement est toujours classé dans le haut des palmarès des hôpitaux. «Mais pas en termes de gestion des ressources humaines, tranche Julien Terrié, manipulateur radio et secrétaire du CHSCT central des hôpitaux de Toulouse. Au CHU, il n’y a rien, on ne fait rien, le personnel n’a qu’à s’adapter, c’est le seul leitmotiv que l’on entend depuis des mois, voire des années.»

Ce lundi 13 juin au matin, une collègue découvre le corps d’un infirmier dans son minuscule bureau. L’homme a mis sa blouse. Agé de 55 ans, il est connu et très apprécié. Il travaille depuis plus de trente ans dans l’établissement, dont vingt-six ans en chirurgie cardiovasculaire, puis dans le service d’hypertension artérielle thérapeutique. «On est dans un contexte de restructuration. C’est quelqu’un qui, depuis plusieurs mois, se plaignait ouvertement à ses collègues de sa situation», note Julien Terrié.

Quand on regarde son histoire, on ne peut qu’être surpris par la non-prise en compte de cette souffrance. C’est un professionnel avec une solide expérience. Avec l’âge, il a des difficultés à soulever et déplacer les corps des malades. En 2011, on le force à quitter son travail en réa, et le voilà chargé des Holter (un dispositif portable qui permet l’enregistrement en continu de l’activité du cœur). Seul dans un petit bureau, il ne se plaît pas à ce poste. «C’était du gâchis. Pourquoi ne se sert-on jamais des expériences des gens ?» Et le responsable syndical d’enfoncer le clou : «Ici, il n’y a aucune politique de prévention. Rien n’est mis en place. Le fond du problème, c’est bien sûr le sous-effectif. Chacun doit prendre sur sa vie privée.» Les syndicats du CHU estiment entre 500 et 1 000 le nombre de temps pleins qui manquent.

Après ce drame, la direction du CHU a reconnu avoir appris le décès de deux autres professionnels de santé par suicide, en dehors de leur lieu de travail : un infirmier de 41 ans, du service des urgences de l’hôpital Purpan (également rattaché au CHU de Toulouse), retrouvé sans vie dans son véhicule le 20 juin, et une aide-soignante de 51 ans, morte à son domicile le 1er juillet. Enfin, une étudiante à l’Institut de formation en soins infirmiers s’est également tuée chez elle le 21 juin. Des actes éclatés ? Une expertise sur la prévention des risques vient d’être décidée à Toulouse, et la direction du CHU a reconnu le suicide de ce cadre de santé comme accident de travail.

«Perte de sens»

A Reims, dans la Marne, ce sont deux infirmières qui se sont suicidées en trois semaines. La première, âgée de 51 ans, s’est donné la mort le 23 juillet. La seconde, 46 ans, le 13 août. Toutes deux ont choisi de mettre fin à leurs jours loin de leur lieu de travail. Mais elles exerçaient dans le même service médical interprofessionnel de la région de Reims (Smirr). Un petit service de santé au travail qui comptait, jusqu’à cet été, cinq infirmières, évoluant dans une ambiance «très pesante», selon une journaliste locale. Là aussi, les conditions de travail ont-elles pu jouer sur la décision des deux femmes ? Trop tôt pour le dire. L’audit, lancé par la direction après ces deux drames, devra faire la lumière sur certains faits troublants que dénonce le syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI). Selon le syndicat, l’infirmière de 46 ans «était revenue depuis peu de temps d’un arrêt de travail de plusieurs mois, après avoir dénoncé le harcèlement moral et sexuel dont elle était victime de la part de son supérieur hiérarchique». Depuis, ce dernier aurait été «écarté de son poste». Quant à sa collègue, elle serait, elle aussi, passée par la case arrêt maladie, au moins une fois. Contactée par Libération, la direction du Smirr a refusé de commenter ces informations.

Au-delà de la situation du Smirr, les cas d’absentéisme, ou encore de turnover, ne sont pas rares dans la profession, selon Nadine Rauch, présidente du Groupement des infirmier(e)s du travail (GIT). Manque de temps, de formation, de reconnaissance, pression : la réforme de la santé au travail de 2011, qui a confié la réalisation de certains entretiens aux infirmiers n’a, selon elle, pas été sans conséquence sur leur quotidien. «On est dans le rendement, la quantité. Certains infirmiers ne peuvent passer que dix à quinze minutes avec les salariés reçus. Dans certains services, on se retrouve à être des exécutants. C’est de l’abattage. Il y a une perte de sens.»

Pour l’heure, au Smirr, l’omerta règne. Salariés, syndicats, direction, personne ne parle. Ni des conditions de travail ni des collègues disparues. Quelques jours après le second suicide, une employée du Smirr, interrogée par France Bleu, avait toutefois rompu brièvement le silence : «Ça m’a troublée, ça m’a émue, j’étais en colère», confiait-elle alors. De la colère ? Oui, car cet établissement, pourtant spécialisé dans l’accompagnement des salariés, n’a pas su répondre à la détresse de deux de ses employées. «Deux femmes qui avaient la tête sur les épaules, qui étaient compétentes», selon leur collègue, mais surtout, au moins pour l’une d’entre elles, «pour qui il y avait peut-être des signes dont on n’a pas tenu compte».

Eric Favereau , Amandine Cailhol

Nous vous conseillons bien sûr la lecture de « Boulots de merde ! » dont un chapitre est dédié à l’application absurde de techniques de lean-management dans notre hôpital.

Courrez vite dans les librairies !!!

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Boulots de merde !
Du cireur au trader, enquête sur l’utilité et la nuisance sociales des métiers

Julien BRYGO, Olivier CYRAN

Boulots de merde ! - Julien BRYGO, Olivier CYRAN
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Pas un jour sans que vous entendiez quelqu’un soupirer : je fais un boulot de merde. Pas un jour peut-être sans que vous le pensiez vous-même. Ces boulots-là sont partout, dans nos emplois abrutissants ou dépourvus de sens, dans notre servitude et notre isolement, dans nos fiches de paie squelettiques et nos fins de mois embourbées. Ils se propagent à l’ensemble du monde du travail, nourris par la dégradation des métiers socialement utiles comme par la survalorisation des professions parasitaires ou néfastes.
Comment définir le boulot de merde à l’heure de la prolifération des contrats précaires, des tâches serviles au service des plus riches et des techniques managériales d’essorage de la main-d’œuvre ? Pourquoi l’expression paraît-elle appropriée pour désigner la corvée de l’agent de nettoyage ou du livreur de nans au fromage, mais pas celle du conseiller fiscal ou du haut fonctionnaire attelé au démantèlement du code du travail ?
Pour tenter de répondre à ces questions, deux journalistes eux-mêmes précaires ont mené l’enquête pendant plusieurs années. Du cireur de chaussures au gestionnaire de patrimoine, du distributeur de prospectus au « personal shopper » qui accompagne des clientes dans leurs emplettes de luxe, de l’infirmière asphyxiée par le « Lean management » au journaliste boursier qui récite les cours du CAC 40, les rencontres et les situations qu’ils rapportent de leur exploration dessinent un territoire ravagé, en proie à une violence sociale féroce, qui paraît s’enfoncer chaque jour un peu plus dans sa propre absurdité. Jusqu’à quand ?

Chaque jour, trois salarié-e-s meurent au travail en France. Les accidents de travail se multiplient, les suicides à France Télécom font la une de la presse, les victimes de l’amiante vont se compter par dizaines voir par centaines de milliers.

« La frontière entre temps de travail et temps de repos s’est délitée. La flexibilité conduit le salarié à mettre son temps de repos au service de l’entreprise. » Dégradation des conditions de travail, effets sur l’environnement, chaines de responsabilité « il est difficile de s’opposer à l’entreprise en restant dans un seul cadre ».

Le premier chapitre met « la santé au travail en perspective » en insistant sur l’organisation du travail (dont le déni de la division sexuelle du travail), les sans papiers et la dissimulation accidents du travail, l’amiante comme lutte emblématique. Les auteur-e-s soulignent la rareté des « actions en faute inexcusable des employeurs ».

Le second chapitre « Lutter pour la santé au travail » souligne la déficience d’un certain syndicalisme centré sur la réparation alors que « toute avancée sur la question de la santé au travail suppose de faire reculer les prérogatives patronales de définition unilatérale des conditions de travail. »

Puis les auteur-e-s analysent la place du droit et préconisent des démarches civiles et pénales pour « Obtenir justice ». Elles et ils font des propositions autour de la représentation du personnel et le droit à la négociation collective, d’une loi sur la sous-traitance ou d’un service public de médecine du travail. Quelques propositions pour commencer à débattre dans des cadres unitaires.

Cette note est complétée d’une partie témoignages, dont ceux de syndicalistes de Renault, Schindler, Exxon Mobil, et de contributions dont une inspectrice du travail « La notion d’ordre public en santé sécurité au travail n’est pas au cœur de l’inspection du travail »

Un appel de la Fondation Copernic « Travailler tue en toute impunité… pour combien de temps encore ? » peut être signé en ligne ( www.fondation-copernic.org/petition/index.php?petition=3 )

Coordonné par Louis-Marie Barnier : Travailler tue en toute impunité…

Notes de la Fondation Copernic

Editions Syllepse, Paris , 116 pages, 7 euros

Didier Epsztajn

Les situations de travail, et les problèmes y afférant, sont généralement vécus de façon individuelle. Au mieux, la proximité des lieux et les hiérarchies communes font apparaître des problématiques locales.

Pourtant, lorsqu’on peut observer l’ensemble des lieux de travail, lorsqu’on peut comparer les situations entre elles, c’est le parallélisme des évolutions qui surprend. Les services publics connaissent tous des changements et des conflits similaires : difficultés pour les cadres à faire bien et sereinement leur travail, pertes de repères, de sens, jusqu’au mal-être ou à la souffrance au travail.

Nous pensons que cette situation est consécutive à la pénétration de l’idéologie managériale dans les administrations. C’est ce que nous souhaitons démontrer à travers ce manuel. Et montrer également que cette idéologie est résistible.

Par-delà les situations individuelles, c’est le sens du travail qu’il faut interroger : comment en est-on arrivé là ? Comment pouvons-nous résister et inverser cette tendance ? Nous espérons vous convaincre de ne pas baisser les bras.

Dans le cadre du dialogue social prôné par la direction du CHU de TOULOUSE les agents apprennent la vente de l’ancien bâtiment de l’ICR par la dépêche du midi !!!

Hier, la dépêche du midi publie un article sur la vente du bâtiment ICR au promoteur Kauffman & Broad pour réaliser des appartements de standing. L’article précise que le bâtiment est actuellement désaffecté ce qui est particulièrement apprécié par les soignants du centre de dépistage CEGID, de la PASS, de la consultation de gériatrie qui travaillent dans ces locaux.

Toujours selon la même source, les travaux débuteraient au printemps 2017, la question de la relocalisation n’a jamais été évoquée, ni avec le personnel de ces services, ni dans les instances du CHU. Est-ce que la population concernée par ces secteurs de soins n’a pas le standing suffisant pour rester sur le site ?

Une fois de plus la déloyauté de la direction du CHU de Toulouse prend toute sa mesure. La CGT alerte depuis 3 ans sur un risque de vente de ce bâtiment, la direction nous traitait alors de menteurs… Depuis lors, la direction n’a pas entretenu les locaux pour laisser pourrir littéralement les vieux bâtiments de La Grave pourtant parfaitement fonctionnels à l’époque.

Depuis 2009, le comité de défense de l’Hôpital public dont nous faisons partie se bat pour que les bâtiments Hôtel Dieu / La Grave restent la propriété des Hôpitaux de Toulouse et soit utilisés pour maintenir l’offre de soins au plus près de la population toulousaine. A noter aussi que la direction attaque également le site de l’Hôtel Dieu, notamment les organisations de travail.

Cette vente d’un bâtiment PUBLIC à des promoteurs va provoquer la destruction de l’ICR alors que des sommes colossales ont été investies par le CHU pour réhabiliter les locaux afin d’accueillir la gériatrie et la PASS. Cette décision est une marche supplémentaire franchie dans la libéralisation du système de santé mis en place par la loi Touraine : la CGT alerte sur les risques d’arrangement financiers dans ce projet.

Le Site de La Grave doit être et doit rester, dans son intégralité, un site de Santé publique et d’accueil des populations en difficulté dans Toulouse.

Nous allons nous réunir pour décider des actions à venir, avec un collectif élargi de défense du site, de l’Hôpital Public  et des usagers.

Le syndicat CGT du CHU de Toulouse.

Malgré les alertes des représentants syndicaux du CHU, les suicides de nos collègues que nous avons vécus cet été à Toulouse et dans toute la France, la direction poursuit les restructurations dictées par les restrictions imposées par le gouvernement et ne remet pas en cause la culture de management agressif du CHU de Toulouse notamment envers les agents avec restrictions médicales, les bons professionnels questionnant les nouvelles organisations dysfonctionnantes, et les agents qui refusent de sacrifier leur vie personnelle pour hôpital.

Nous organisons une conférence de presse le lundi 12 septembre 2016 à 13h30 à l’Hôtel Dieu (salle des syndicats) pour aborder tous ces sujets en présence des élus CGT du CHU de Toulouse et de Patrick Bourdillon, membre de la direction de la fédération CGT santé action sociale.

Toulouse, le 9 sept 2016

Par Jean Saint-Marc, France Bleu Toulouse lundi 5 septembre 2016 à 18:30

Chostine a accepté de témoigner sur France Bleu Toulouse
Chostine a accepté de témoigner sur France Bleu Toulouse © Radio France – Jean Saint-Marc

A la fin du mois d’août Chostine, qui travaille depuis 20 ans au CHU de Purpan, a envoyé un texto très inquiétant à un délégué syndical. Elle menace de se suicider. Le CHSCT a ouvert une enquête pour « situation de danger grave et imminent. » Selon la CGT ces situations se multiplient.

Le ministère de la Santé présentera « à l’automne » un plan contre les suicides dans les hopitaux : c’est ce qu’a annoncé Marisol Touraine ce week-end. Depuis juin, officiellement, cinq infirmiers se sont suicidés en France dont un à Rangueil. Mais selon la CGT, il y a eu, rien qu’à Toulouse, quatre suicides au sein du personnel du CHU.

« Ils n’en ont pas assez avec les quatre suicides du mois de juin. Ils attendent le mien » – Chostine

Le syndicat, majoritaire à l’hôpital, affirme également que de plus en plus d’agents sont suicidaires. C’est le cas de Chostine, qui travaille depuis 20 ans à l’hôpital. Elle était régulatrice au service logistique, avait plusieurs coursiers sous ses ordres. Mais en mai, elle a perdu son poste. Sa hiérarchie parle d’une faute professionnelle, elle nie et refuse sa nouvelle affectation.

A la fin du mois d’août elle envoie ce texto à un délégué syndical : « ils en ont pas assez avec 4 suicides au mois de juin. Je pense qu’ils attendent le mien. (…) Si je n’avais pas eu mes enfants je pense sincèrement que je serais passée à l’acte. (…) Je suis à bout » (sic)

Une enquête ouverte par le CHSCT

Depuis Chostine remonte la pente, mais tout doucement : « j’essaye de faire aller. J’ai le soutien de mes amis, de mes enfants, de ma famille. Ils me connaissent, ils savent que quand je craquerai je craquerai vraiment. » Elle a déposé plainte pour harcèlement.

A ECOUTER | « Ce message c’était sincère, pas calculé »

Le CHSCT (Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) a ouvert une enquête pour « situation de danger grave et imminent pour risque suicidaire » sur son cas. Une enquête plus générale a également débuté après ces quatre suicides du mois de juin.

La direction de l’hôpital précise bien que trois d’entre eux sont bien distincts, qu’il s’agit d’employés et d’une étudiante retrouvés à leur domicile ou dans leur véhicule.

« Un scénario à la France Télécom » – Julien Terrier de la CGT

« Selon les premiers éléments, il y a chaque fois un lien avec le travail » affirme Julien Terrié, secrétaire général adjoint de la CGT au CHU. « On est sur un scénario à la France Télécom. On a un système où on veut mettre dehors des fonctionnaires, il y a 22.000 suppressions de postes. Comme les fonctionnaires ont ce statut qui les protège, on leur met une pression pas possible. »

Et selon lui l’hôpital ne fait rien pour éviter les drames. La CGT envisage une action au pénal contre le ministère de la Santé : selon le syndicat les dispositifs de prévention sont insuffisants.

Julien Terrier de la CGT Santé - Radio France
Julien Terrier de la CGT Santé © Radio France – Archives

La direction de l’hôpital, quant à elle, souhaite que les conclusions de l’enquête administrative servent, en accord avec la famille, à « élaborer un plan d’actions pour minimiser les risques liés à la souffrance au travail et prévenir les suicides ».

CGT CHU TOULOUSE