paru dans CQFD n°131 (avril 2015), rubrique , par  Téklé Haimanot, illustré par 
mis en ligne le 02/06/2015 – commentaires

Par Rémy Cattelain. {PNG}Dans une Grèce frappée par un ouragan de réformes néolibérales, la population s’est souvent vue obligée, pour lui survivre, de compter sur ses propres forces. Exemple : depuis 2012, des cliniques autogérées ont remplacé un système de santé publique en voie d’effondrement.

Septembre 2014. « Il y a des fantômes dans ce pays ! On appelle comme ça les personnes oubliées, qui n’ont plus aucun droit : ni santé, ni instruction, ni logement. Aucun droit, sauf celui de payer. »

Nikos évoque à la fois une situation tragique et une résistance tenace, constructive. Il parle depuis la clinique sociale de Peristeriou, dans la banlieue nord-ouest d’Athènes. Ce centre de soins alternatif est l’une des douze cliniques et pharmacies qui, sur le territoire de la capitale, sont nées de la crise. Un réseau horizontal coordonne ces lieux avec ceux de tout le pays, une quarantaine environ. C’est grâce à de telles structures que, ces dernières années, une partie de la population, exclue du système de santé publique, a pu bénéficier de soins médicaux.

« Depuis quatre ans, le système de santé publique a d’énormes problèmes. Il a subi des diminutions drastiques de budget, jusqu’à 30 ou même 40%. Aujourd’hui, les hôpitaux ont un mal fou à s’approvisionner en médicaments, à assurer les conditions d’hygiène de base ou à se fournir en instruments médicaux. » L’application aveugle des mémorandums européens a eu des effets dévastateurs. D’un côté, l’État s’est déchargé de plus en plus sur les patients pour payer les frais du service. De l’autre, il a rendu inefficients les services, au détriment même de ceux qui disposent encore d’une mutuelle [1]. Au-delà des politiques gouvernementales, la crise économique a évidemment joué son rôle. Du temps de l’État-providence grec, c’était par le contrat de travail qu’on accédait à la protection sociale. Mais ce système s’est fracassé contre un chômage qui atteint les 27,6%, et jusqu’à 55,1% chez les jeunes [2]. On estime qu’aujourd’hui environ trois millions de personnes, soit 25% de la population, n’a pas accès à la santé publique [3].

Voilà pourquoi, depuis 2012, plusieurs dizaines de cliniques et pharmacies sociales ont été créées dans tout le pays. Développant leurs activités en toute illégalité, elles tentent de fournir consultations et médicaments gratuits à tous les patients dans la dèche. « Dans nos structures, on ne fait pas de discrimination ! Quand quelqu’un frappe à notre porte et a besoin de soins médicaux, il sera bien traité. Pas question de mutuelle, d’affiliation à la Sécu ou de papiers d’identité. Et il ne faut pas nous confondre avec les ONG qui travaillent ici, en Grèce. On fait pas de la charité, mais de la solidarité ! » Ces lieux sont gérées par des assemblées. Leur philosophie est celle de la démocratie directe et de la participation, en essayant d’impliquer les patients et les habitants du quartier. Les locaux sont soit donnés par des particuliers, soit prêtés par des écoles ou des mairies sympathisant avec le projet, ou alors ils se situent dans des immeubles squattés. La difficulté première reste l’approvisionnement en médicaments, matériel et instruments médicaux. « La grande différence entre nous et les ONG, c’est qu’elles sont financées par l’Union européenne ou d’autres institutions, alors que nous avons choisi de ne pas compter sur ce système-là. Quand on a besoin de quelque chose, comme des médicaments ou des appareils d’analyse, on les obtient par des dons solidaires. Et très souvent, ce sont des personnes “ordinaires” qui font ces dons. Par exemple, certains nous apportent les médicaments dont ils n’ont plus besoin. Ou des médecins qui partent à la retraite nous cèdent gratuitement leurs instruments. » À travers un réseau de solidarité local et international, en particulier avec l’Allemagne et l’Autriche, ces cliniques et pharmacies arrivent à surmonter, au moins partiellement, leurs difficultés matérielles. Au final, la collaboration entre cette quarantaine de structures sanitaires a permis de couvrir une demande de soins bien plus large que celle que chaque groupe pouvait espérer couvrir isolément, donnant parfois l’impression d’un véritable système de santé parallèle. « Quand on n’arrive pas à soigner certaines maladies graves par nos propres moyens, soit l’on fait pression sur les hôpitaux pour qu’ils prennent en charge gratuitement les patients, soit l’on passe par des médecins amis qui travaillent dans les établissements publics. Pendant leurs heures de travail, ces derniers contournent les contrôles et examinent, puis soignent les patients que nous leurs envoyons. »

Ces cliniques et pharmacies ne sont qu’un exemple parmi d’autres d’un phénomène de réorganisation sociale du pays par la base. Face à la crise économique et à la nécropolitique de la Troïka, la Grèce est aujourd’hui traversée par des expérimentations qui tendent vers une réappropriation de la politique et vers des formes d’autonomie de la société. En ne se focalisant que sur les derniers changements institutionnels, on risque de passer à côté de toute une série de pratiques autogestionnaires qui traversent la société grecque ces dernières années. Depuis janvier 2015, une question tourmente tous les médias d’Europe : « Que va réussir à obtenir le nouveau gouvernement Syriza-Anel ? » Alors que la question essentielle, qui permettrait de donner la parole à ces expérimentations et à la réalité sociale du pays, serait plutôt : « Jusqu’où iront les mouvements sociaux sous ce nouveau gouvernement ? »

Une délégation française rencontre des volontaires des dispensaires sociaux solidaires en Grèce

En solidarité avec le peuple grec, un collectif « Solidarité France Grèce pour la Santé » soutient  les personnels des dispensaires sociaux et solidaires autogérés depuis 2 ans déjà.

Ce collectif est composé de militantes et militants syndica-ux-les, politiques ou issu-es de la société civile, majoritairement professionnel-les du soin, de la santé et du médicament en France.

Dans la conjoncture politique actuelle, une délégation a été constitué pour venir se rendre compte sur place de l’ampleur de la résistance contre l’austérité à travers la solidarité développée sur le territoire grec.

Depuis le 12 mai, nous avons visité des dispensaires sociaux solidaires, notamment  Korydallos (Pirée), le K.I.F.A. du centre d’Athènes, le K.I.F.A. de Néa Ionia, Patissia, Peristeri, Vyronas,  Néa Smyrni, Ellinikon et Halandri. Nous avons aussi rencontré la coordination Athénienne des dispensaires et pharmacies sociaux solidaires.

Nous sommes impressionné-es par la pertinence de cette manière de faire face en tissant du collectif. Et nous avons beaucoup à apprendre de ces organisations démocratiques non hiérarchiques peu fréquentes en France.

Nous avons aussi débattu avec les membres de l’association grecque « Solidarité pour tous » autour de leur « facilitation » des actions gratuites de solidarité concernant l’accès aux soins, à la nourriture, aux vêtements, au logement, à un tutorat pour l’entrée à l’université…

Les témoignages des volontaires militants nous enseignent l’importance de l’action collective pour retrouver la dignité de chacune et de chacun.

Nous constatons qu’une majorité de ces dispensaires s’inscrivent également dans une multitude d’actions solidaires de santé (alimentation, logement, vêtements, culture, éducation… ).

Trois besoins majeurs nous sont apparus : d’une part, l’importance des soins bucco-dentaires et une demande psychiatrique et psychologique forte de la part des usager-es, conséquences directes de la pauvreté, et d’autre part la carence en médicaments pédiatriques indispensables, et notamment les vaccins.

Leur démarche de solidarité ne s’arrête pas aux frontières : le soutien aux combattantes et combattants kurdes de Kobané par l’apport de matériel médical en témoigne.

La délégation a été reçue par le ministre grec délégué à la Santé, Monsieur Andréas Xanthos ainsi que par le Ministre des affaires sociales et de la santé, Panayotis Kouroublis.

Andréas Xanthos est le co-fondateur du premier dispensaire social en Crête Rethymnon en 2008, et médecin hospitalier. Il nous a décrit la dégradation de la situation sanitaire, sous-évaluée jusqu’en 2012 par les autorités au pouvoir. Les pratiques des dispensaires ont permis de mesurer la réalité de la catastrophe sanitaire.

Le  programme de Santé du nouveau gouvernement Syriza  a été discuté sur les points majeurs suivants : rétablissement et extension de la couverture maladie, suppression du forfait hospitalier de 5€, accès aux  soins primaires gratuits quelque soit la nationalité, le revenu, le statut de l’emploi et la position sociale.

Et nous avons conclu ensemble sur l’importance des liens de convergence des luttes qui se constituent en Europe, précieux pour le gouvernement Grec et pour la démocratie Européenne.

Nous avons discuté par ailleurs, de la nécessité de créer un rapport de force Européen sur la question du médicament face à la puissance des multinationales.

Sur les enjeux cruciaux du contrôle des prix, de la production, du brevet, de la commercialisation et du cadre légal, nos points de vue convergent.

 

A l’heure où la loi santé Touraine et le projet de loi du financement de la sécurité sociale en France prévoient de couper les budgets, de supprimer 22 000 postes, et ouvrent grand les portes à la privatisation du système de soins, ce parallèle nous interpelle d’autant plus.

C’est une politique européenne qui se décline partout à des degrés divers.

Ce constat nous pose la question de la souveraineté populaire et démocratique d’un pays est remise en question par les politiques européenne,

Et la lutte  et issues politiques commune des peuples pour la démocratie et leur souveraineté

Nous avons constatons la similitudes des politiques menées autour de la santé et de la protection sociale.

Les formes sont différentes

Nous avons visité Sotiria, hôpital historique et  de référence des maladies respiratoires et de la tuberculose. L’hôpital publique est au bord de l’effondrement.

D’une part, il est sous-financé et manque crucialement de personnel et de matériel. 5 services ont été fermé à Sotiria.

D’autre part, une violence inouïe s’exerce sur les patient-es. L’administration demande aux femmes enceintes 1000€ par accouchement. A défaut de paiement, il est fait pression sur les membres de la famille et à défaut, oblige la saisie des biens au domicile.

L’incidence de la tuberculose explose, le taux de suicides augmente et la plupart des cancers ne sont plus soignées. La malaria et la rage sont réapparues.

La surcharge de travail des personnels soignants est énorme, et dues à la désorganisation des soins primaires. 112 patient-es vues aux urgences dans les 12h de garde d’une médecin.

HÔPITAUX PUBLIC

Si la volonté du collectif « Solidarité France Grèce pour la Santé » est de soutenir matériellement dispensaires et pharmacies sociales et solidaires en Grèce grâce à des collectes d’argent et de médicaments, sa volonté est également de manifester un soutien politique à cette nouvelle forme de résistance aux mesures d’austérité appliquées à la Grèce depuis 2008. La résistance du peuple grec est une force motrice qui aujourd’hui sert de référence aux autres peuples d’Europe.

Leur engagement militant distingue ces structures des autres structures humanitaires. Aujourd’hui, environ 50 dispensaires solidaires sociaux fonctionnent dans toute la Grèce grâce à l’action et au travail de bénévoles. Des médecins, généralistes ou spécialistes, des dentistes, des pharmaciens et des citoyens s’y engagent.

 

Un collectif solidaire pour résister

Le collectif « Solidarité France-Grèce pour la santé » est né de l’initiative d’un petit groupe de personnes d’origine grecque vivant en France et désirant agir collectivement et concrètement en solidarité avec les pharmacies et dispensaires sociaux en Grèce. Ce collectif aujourd’hui constitué de personnes de tous horizons (associatifs, professionnels, politiques, syndicaux) a pour but d’informer sur la crise sociale et sanitaire en Grèce et sur ses origines politiques, de créer depuis la France les maillons d’une chaîne européenne de solidarité, notamment en collectant et envoyant sur place le matériel médical et pharmaceutique nécessaire, de contribuer aux débats sur la santé publique et les soins pour tous et toutes.

 

Contact :

Christine : 06 67 49 58 89

france.grece.solidarite.sante@gmail.com

https://solidaritefrancogrecque.wordpress.com/

Surpris on a lu l’annonce du conseil administrative de l’ordre des docteurs d’Arta ( region nord-west de la Grèce) parue dans le journal “Echo” le 30-4-2015 selon laquelle “le dispensaire social  à Arta fonctionne illégalement avec la responsabilité personnelles des docteurs qui y participent, peut-être en ayant un travail payé et provoquant ainsi une concurrence illégitime envers les membres d’ordre des docteurs d’Arta”
 
L’annonce mentionne en plus “qu’ à partir du 28-4-2015 tous les citoyens d’origine grecque ou étrangers qui resident légalement en Grèce ont droit aux soins médicaux”.
 
Nous signalons donc que :
 
1)      Le dispensaire social d’Arta est une structure autonome et indépendant de solidarité sociale qui offer gratuitement des soins médicaux aux citoyens qui sont exclus du système de la securité sociale, aux chômeurs et aux citoyens défavorisés. Tous les docteurs du dispensaire sont des volontaires et ils ne sont pas payés.
 
Il ne s’agit pas d’une clinique privée, alors il n’y a pas besoin d’avoir une permission d’ ordre des docteurs pour son fonctionnement. Nous ne savions pas que la solidarité sociale est considerée une action illegal !!!

 
2) Tous ensemble(docteurs bénevoles et citoyens solidaires) nous avons contribué à la création de cette structure car nous avons constaté que dès le début de la crise économique jusqu’ à maintenant il y avait une constante augmentation du nombre des citoyens qui étaient exclus des soins médicaux avec des effets désastreux sur la santé surtout des groupes sociaux défavorisés
 
Nous avons la conviction que :
 
–          La santé consiste un bien social précieux
 
–          Chacun a droit à un niveau de vie capable de lui assurer la santé, le bien-être, les soins médicaux et les services sociaux necessaires
(Déclaration universelle des droits de l’homme art. 25)
 
La protection et la cohésion de la société à travers les réseaux de la solidarité sociale sont necessaires pour qu’on puisse résister et imposer une autre solution dans la crise.
 
Nous ne sommes pas de “Bons Samaritains” comme on nous appelle ironiquement.
 
Nous n’avons ni l’intention ni l’illusion que nous pouvons remplacer l’Etat qui n’assume plus sa responsabilité en ce qui concerne le soin de la santé des citoyens.
 
Nous continuons à lutter pour un système de securité sociale pour TOUS et SANS AUCUNE EXCLUSION.
 
Nous sommes tous touchés par la crise et surtout le domaine de la santé publique. Le système de la sécurité sociale fonctionne sous-équipé en personnel spécialise et en matériel. Les citoyens qui ont perdu le droit d’accès au système de la sécurité sociale à cause du chômage ou parce qu’ils ne peuvent plus payer leurs cotisations sociales ne peuvent recourir aux hôpitaux qu’en cas urgent.
 
En plus il y a des citoyens sans aucun revenue qui ne peuvent pas acheter leurs médicaments.
 
Nous essayons de couvrir ces manques avec les offres de nos concitoyens et les abonnements des membres de notre association.
 
Les citoyens qui viennent au dispensaire social ont été conduits à ma misère par la crise. Si on accepte l’idée absurde de l’ordre des docteurs d’Arta que le fonctionnement du dispensaire social provoque une concurrence illégitime on doit aussi accepter que les épiceries sociales (structures d’aide alimentaire) concurrencent de façon illégitime les super-marchés, la Croix-Rouge concurrence les magasins des vêtements e.t.c.  C’est drôle !
 
Le dispensaire social d’Arta n’est pas une originalité. Il appartient à un réseau de la solidarité sociale qui comporte 51 dispensaires sociaux qui fonctionnent dans différentes régions de la Grèce.
 
La solidarité et le bénévolat en général n’ont pas besoin d’un status législatifs car les volontaires  agissent sans aucun intérêt et ne cachent aucun élément de concurrence. Au contraire ils offrent leur amour et leur respect envers l’homme et en plus ils nourrissent l’espoir pour un meilleur avenir, pour une vie en dignité.
 
Cela doivent le connaître surtout les membres de l’ordre d’Arta qui ont prêté le serment d’Hippocrate. Nous attendions plus de sensibilité et de compréhension de leur part.
 
Et s’il offrent eux aussi gratuitement (comme ils prétendent) des soins médicaux à nos concitoyens défavorisés nous les invitons à adhérer à notre structure comme volontaires et nous les félicitons pour leur initiative
 
Nous accueillions avec plaisir tous ceux qui veulent nous aider
 
Les volontaires du dispensaire social d’Arta
 
(attached: the text signed by solidarity cliniks in Greece)
 

Été 2004. Les JO d’Athènes. Pendant 15 jours, la Grèce  est le centre du monde. Des millions de téléspectateurs  ont droit à des spectacles pharaoniques et des épreuves  sportives dans des installations flambant neuves. Les  retransmissions dégagent une impression de richesse débordante. Automne 2008 : les banques des Etats-Unis sont touchées de plein fouet par la crise financière. Le premier ministre grec, Kostas Karamanlis, assure alors que l’économie du pays est  « blindée » contre le risque de contagion. Octobre 2009 : le nouveau gouvernement socialiste relève la prévision de déficit public de la Grèce de 3·7% à 15·8% du PIB. Le pays est au bord de la faillite. C’est la panique. Pour prévenir un défaut de paiement qui entraînerait les autres pays d’Europe dans sa chute, un premier plan de « sauvetage » est adopté en mai 2010. En contrepartie d’un prêt de 110 milliards d’euros, le pays doit se soumettre à un programme de restriction budgétaire colossal, condition imposée par la Commission Européenne, le Fonds Monétaire International et la Banque Centrale Européenne, association de malfaiteurs plus connue sous le nom de Troïka. En vain : le pays s’enfonce dans la crise, la dette poursuit sa dangereuse ascension. Février 2102 : un 2ème plan de sauvetage est adopté en contrepartie de toujours plus de coupes budgétaires, toujours plus de contre-réformes.

A description…

Dans le secteur de la santé publique, l’accord exigeait la réduction des dépenses à 6% du PIB. La plupart des pays européens, dont la France et l’Allemagne, dépensent plus de 6% de leur PIB pour la santé publique. En toute conscience, la Troika a donc fixé un objectif issu de considérations purement économiques, totalement détaché des problématiques de santé publique et des moyens nécessaires pour les résoudre. Pour l’atteindre, de 2009 à 2011, le budget de l’hôpital public a été réduit de 26%. Chaque année les coupes ont été plus importantes. En 2014, le budget prévoit une nouvelle réduction de 12,5% des dépenses sociales et de 19,7% des dépenses publiques de santé. Le financement public de l’Office national des services de santé (EOPYY) est réduit de 30%,et, pour les hôpitaux, de 32%, c’est-à-dire 5 milliards en moins1. En parallèle, le gouvernement cherche à baisser le coût de fonctionnement des hôpitaux en démantelant les droits des travailleurs.

Pour justifier ces coupes drastiques, le discours officiel explique que les réformes qui les
accompagnent visent à rendre le système de santé plus « efficient » : en augmentant le rendement, en limitant le gaspillage, les restrictions budgétaires seront sans impact sur la qualité et l’accès aux soins. Mais dans les faits, les conséquences sont dramatiques. Les hôpitaux doivent faire face à un sous-effectif chronique, en deçà des seuils de sécurité, et à un manque de matériel permanent.

Manque de gants, réserve de fil chirurgical à sec, stocks de papier hygiénique épuisés… Médecins du Monde rapporte que les médecins demandent aux patients d’acheter eux-mêmes pansements, seringues et gazes parce que certains hôpitaux sont en rupture de stocks. Le système hospitalier – et au delà, tout le système de santé publique – est au bord de l’effondrement. Pourtant, le gouvernement s’obstine à nier tout lien de cause à effet entre austérité et dégradation de l’état de santé de la population grecque. Il n’y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir : reconnaître ce lien serait reconnaître que la classe dirigeante est en train de ramener le pays des années en arrière.

Un pays en voie de sous-développement

Les effets de l’austérité commencent seulement à se faire sentir mais ont déjà des conséquences effroyables, comme le démontre une récente étude parue dans le journal scientifique britannique The Lancet2. Au cours de la première année d’austérité, 1/3 des plans de prévention et de traitement des toxicomanes ont été abandonnés, la distribution de seringues et préservatifs a chuté respectivement de 10% et 24%. En conséquence, le taux de nouvelle infection par le VIH dans cette population a été multiplié par 30 entre 2009 et 2012. Parmi eux, le nombre de nouveaux cas de tuberculose a été multiplié au minimum par 2 entre 2012 et 2013. Par ailleurs, l’abandon de programmes de lutte contre les moustiques, conséquence de la réduction drastique des budgets municipaux, a favorisé la réapparition de cas de paludisme autochtone, du jamais vu depuis 40 ans.
Les patients n’ont plus les moyens d’avancer le coût des médicaments prescrits par le médecin ou les transports pour les consultations alors que les délais de remboursement s’allongent. Par manque de ressources, les vaccinations sont également remises à plus tard, ce qui à terme aura un impact sur la couverture vaccinale du pays, au risque d’entraîner la réémergence de maladies graves et pourtant évitables.

L’effondrement socio-économique a des répercussions sur la santé mentale de la population grecque. Les cas de dépression ont été multipliés par 2,5 entre 2008 et 2011, les tentatives de suicide ont augmenté de 36% entre 2009 et 2011 et les décès par suicide de 45% entre 2007 et 2011.
Les services de psychiatrie doivent faire face à une augmentation de leur activité de 120% au cours des 3 dernières années. Pourtant, le secteur est littéralement mis à sac par les mesures d’austérité : les fonds publics pour la santé mentale ont été amputés de 20% entre 2010 et 2011 et d’encore 55% l’année suivante. Des plans pour le développement de services psychiatriques pédiatriques ont dû être abandonnés. Les services n’ont pas eu d’autre choix que de réduire leurs programmes et leurs personnels ou carrément de mettre la clé sous la porte.

Les plus vulnérables ne sont pas épargnés, notamment les femmes enceintes et les enfants. La santé de ces derniers se dégrade notamment en raison de la diminution des revenus de la famille. En 2012, un rapport des Nations unies a déclaré qu’en Grèce « le droit à la santé et l’accès au système de santé n’est pas respecté pour tous les enfants. » Le nombre d’enfant souffrant de malnutrition augmente. Celui des bébés avec un faible poids de naissance à l’accouchement a augmenté de 19% entre 2008 et 2010, celui des bébés mort-nés de 21% entre 2008 et 2011. Pire, le taux de mortalité infantile, à la baisse depuis des dizaines d’années, a explosé de 43% entre 2008 et 2011.

Si la situation devient à ce point dramatique, ce n’est pas seulement en raison des attaques directes contre le système de santé publique : la quasi totalité des mesures d’austérité ont des conséquences plus ou moins directes sur l’état de santé de la population. Les diminutions de salaires, l’augmentation des formes flexibles de travail, la suppression des conventions collectives, l’augmentation des heures de travail et de l’âge de départ à la retraite, la libéralisation des licenciements, l’augmentation du prix de l’électricité et du mazout de chauffage, etc, etc. : toutes ces mesures s’additionnent les unes aux autres et engendrent une dégradation brutale des conditions de vie et de travail de la classe ouvrière grecque. Dans quelques années, cela se répercutera inévitablement sur l’espérance de vie moyenne du pays.

Transfert des coûts vers le patient et médecine à 2 vitesses

En 2011 le forfait à la charge des patients pour chaque consultation à l’hôpital public est passé de 3 à 5 euros. Une augmentation de 2 euros, mais le plus souvent le patient nécessite une série de consultations. A cela s’ajoute la nouvelle franchise de 1 euro par boite de médicaments, entrée en vigueur cette année, et des coûts cachés, comme le passage par des numéros payants pour prendre rendez-vous avec un médecin. En janvier, un forfait de 25 euros par hospitalisation devait être mis en place. La mobilisation de la population a permis d’annuler cette mesure au bout d’une semaine d’application. Mais il s’agit plus d’un report que d’un abandon. Il faut s’attendre à ce que tôt ou tard, le gouvernement revienne à la charge.

Voilà ce qui peut être dit en ce qui concerne les coûts officiels. Ce qui se dit moins, c’est que le système hospitalier est gangrené par la corruption : les patients savent qu’une consultation rapide ou que les interventions importantes s’obtiennent généralement en échange d’une fakelaki (« enveloppe », autrement dit quelques billets qui arrivent directement dans la poche du médecin et échapperont à l’impôt). Le service public est en fait une sorte de secteur 2 sauvage, où le dépassement d’honoraires au noir est la règle. Conscient que les médecins sont sous-payés comparé aux normes occidentales – voire non payés si on parle des heures supplémentaires – et n’ayant pas les moyens d’augmenter leurs salaires, l’Etat tolère ces pratiques qu’il condamne en parole. En additionnant les forfaits officiels et les pots-de-vin, ce qui reste à la charge du patient devient vite
insurmontable. Pour une grossesse il faudra débourser au total environ 2 500 euros, dont 600 à 1200 euros rien que pour l’accouchement. Pour une chirurgie de l’estomac, l’enveloppe devra être garnie d’une somme allant de 800 à 1 000 euros. Et plus l’intervention est risquée plus le prix grimpe : une opération cardiaque peut coûter au patient jusqu’à 8 000 euros4. Quand on sait qu’un smicard gagne
580 €3 ou qu’un retraité peut toucher 350 euros par mois, on prend la mesure de la catastrophe que peut représenter une hospitalisation. Et encore, ces derniers bénéficient d’une couverture sociale qui ,prendra en charge une grande partie des frais.

Fin 2013, Médecins du Monde (MDM) estimait que la part de la population sans couverture sociale s’élevait à 27,7% de la population. Cela s’explique en grande partie par la suspension des allocations et de la couverture sociale au bout d’un an de chômage, dans ce pays où le taux de chômage a atteint, en novembre 2013, le record de 28%, soit plus du double de la moyenne européenne (12,1%). Chez les jeunes, il atteint le chiffre incroyable de 61,4%. Les chômeurs en fin de droits viennent donc grossir régulièrement le rang des « sans couverture sociale ». Mais ils ne sont pas les seuls : on assiste également à une paupérisation de la classe moyenne. Anna Maïli, présidente de MDM Grèce, rapporte qu’ils accueillent dans leurs centres de nombreux anciens petits entrepreneurs
qui, il y a peu encore, étaient en mesure de payer les cotisations sociales leur permettant de s’assurer5. Selon les chiffres de la Confédération Nationale du Commerce grec, près de 250 000 sociétés ont ainsi mis la clé sous la porte depuis 2010 et, au delà du propriétaire lui-même, ce sont souvent tous ses ayants droit, femme et enfants, qui cessent d’être couverts par la sécurité sociale.

Selon l’hôpital, le patient sans couverture sociale devra soit payer ses soins avant d’être pris en charge, soit remplir une « déclaration d’engagement » à payer le coût des soins. S’il ne paye pas, sa dette sera transmise aux impôts par les services administratifs de l’hôpital. Les dettes de milliers de chômeurs et de non assurés sont ainsi transmises chaque année pour être prélevées par le service des impôts. Ces dettes viennent se rajouter aux nouveaux impôts qui frappent les familles grecques. Sans revenu, malade et endetté. La politique du gouvernement dans le domaine de la santé pourrait avoir pour slogan : « Vous avez la tête sous l’eau ? On vous accroche un parpaing aux chevilles ! »

Le système de santé grec est devenu un système de santé à deux vitesses, avec d’un côté ceux qui ont les moyens de payer les fakelaki ou de cotiser pour une assurance privée suffisamment élevée pour prendre intégralement en charge les frais occasionnés par une hospitalisation dans un établissement privé, et de l’autre ceux qui ne pourront se le permettre, chaque jour plus nombreux. Combiné aux attaques contre le système hospitalier, on en arrive à cette situation paradoxale où les hôpitaux sont dépassés alors que les gens font tout ce qu’ils peuvent pour ne pas y aller. Dans les principaux centres urbains, pour pallier à l’incapacité du système de santé à prendre en charge la
population, de nombreuses cliniques sociales ont vu le jour. Il s’agit de centres de soins primaires dont l’activité est assurée par des soignants pour la plupart bénévoles. Par ailleurs, le travail des ONG occupe une place de plus en plus importante dans ce domaine. Médecins du Monde, implanté depuis des années pour délivrer soins et traitements essentiellement aux immigrés sans-papiers, a dû développer sa branche nationale. Fin 2011, Nikitas Kanakis, directeur de l’antenne grecque, rapportait que si jusqu’alors seulement 6 ou 7 % des patients se rendant dans leurs centres étaient des nationaux, la proportion était passée au cours des derniers mois à 30 %. 3 ans se sont écoulés depuis cette estimation, mais cette proportion n’a pu que s’accroître.
L’austérité épargne … les marchands d’armes

Comme nous l’avons dit, la santé publique n’est pas la seule cible des mesures d’austérités : on assiste à l’effondrement de tous les budgets de l’Etat. Mais pour être exact, il faudrait ajouter tous, sauf un, qui résiste bien mieux que les autres : le budget de la défense ! Sur la période 2008-2012, la Grèce faisait partie du « top 15 » des plus gros importateurs mondiaux d’armes, à égalité avec le Royaume-Uni. Le budget militaire grec est très important, rapporté au Produit Intérieur Brut du pays : près de 4 % du PIB certaines années et proche de 3% en 2013, en pleine récession et crise de la dette. A titre de comparaison, la France ou l’Allemagne ont des budgets militaires autour de 2,2
% pour la première et 1 % pour la seconde6. Rappelons que la Troika exige de la Grèce de limiter son budget de santé publique à 6% de PIB, alors que la France et l’Allemagne dépensaient dans ce domaine en 2012 respectivement 9 et 8,6% de leur PIB7. Pour comprendre la logique de la Troika, il faut garder à l’esprit qu’elle reflète les intérêts des grandes puissances européennes, l’Allemagne essentiellement et la France dans une moindre mesure. Il se trouve que la France et l’Allemagne sont parmi les plus gros exportateurs d’armes du monde, et la Grèce représente respectivement 15 et
10% de leurs exportations d’armes8. Les thérapeutes de la troïka avaient donc bel et bien un plan de sauvetage…des intérêts des marchands d’armes occidentaux : « Victime d’un effondrement socio-économique ? Optez donc pour notre nouveau remède à base de fusils d’assauts et de chars de combats et votre mal de dette s’envolera ! »

L’austérité : une fatalité ?

Austérité : un terme bien austère pour masquer la terrible réalité dont nous avons voulu donner un aperçu. La classe dirigeante nie l’évidence en refusant d’admettre tout lien avec la dégradation de l’état de santé de la population. Il n’y a là rien d’étonnant. Mais même d’un point de vue purement comptable, leur raisonnement est absurde. Constatant la réduction des dépenses consacrées aux programmes de prévention à l’échelle européenne, l’OCDE s’alarme : « Les avantages budgétaires à court terme de ces réductions seront probablement minimes au regard de leurs conséquences à long terme pour la santé publique et les dépenses9. » En réalité, il n’y a même pas besoin de regarder à
long terme pour constater que la classe dirigeante grecque et ses « conseillers » à l’étranger mènent le pays dans une impasse : ces mesures, aussi radicales soient-elles, sont loin d’avoir résolu le problème de la dette, facteur déclenchant de la crise de 2009. Cette année-là, la dette publique équivalait à 129,7% du PIB. 3 ans et 2 plans de sauvetage plus tard, elle s’élève à 177,3%. De plus, les mesures d’austérité, en diminuant le pouvoir d’achat des grecs, vont prolonger la récession en contractant toujours plus la demande intérieure et en diminuant les recettes de l’État. Pour les salariés, les chômeurs, les retraités et la jeunesse grecs, l’austérité capitaliste est la promesse d’un long cauchemar.

Quelle est donc l’alternative ? Certains proposent d’investir ou du moins stabiliser le budget de la santé publique, afin de limiter la casse. Mais pour cela, il faut de l’argent, ce qui fait cruellement défaut à l’État grec. Il y a quelques années, l’État aurait pu envisager d’emprunter massivement mais dans le contexte actuel cela lui serait tout simplement impossible. Et même en imaginant le contraire, un bon système de santé ne suffit pas pour garantir un bon état de santé à l’échelle d’un pays. Il faudrait s’attaquer au problème du chômage, de la dégradation des conditions de travail, du coût de la vie, etc. Pour faire face à l’ensemble de ces problèmes, la solution alors proposée, notamment par les réformistes de gauche, est celle de la relance par la consommation. L’idée est que l’État investisse afin de stimuler la demande intérieure et donc la reprise. C’est ce courant d’idée que l’on retrouve dans le programme de Syriza, parti de gauche dont le leader est Alexis Tsipras. Son opposition aux mesures d’austérité lui vaut un large soutien dans la population, au détriment du traditionnel PASOK, aujourd’hui totalement discrédité, comme en témoignent les résultats des dernières élections. Syriza défend de nombreuses mesures populaires, comme la renationalisation de toutes les entreprises publiques privatisées, le rétablissement des conventions collectives supprimées par l’austérité, le rétablissement du salaire minimum à 751€ ou le rehaussement des minimas sociaux. Mais de notre point de vue, de nombreuses propositions du programme actuel, bien qu’elles soient progressistes dans l’absolu, sont utopiques car justement elles ne pourraient être mises en place que dans l’absolu, en faisant abstraction du fait que la société est divisée en 2 classes aux intérêts opposés, une mesure au bénéfice de l’une se faisant au détriment de l’autre.

Le rétablissement des conventions collectives et l’augmentation du SMIC, par exemple, se heurteraient à l’opposition implacable de la classe dirigeante grecque. La proposition de rehausser les minimas sociaux va dans les faits poser la question de son financement. Comme nous l’avons dit, l’emprunt n’est plus une solution envisageable. « Il faut aller chercher l’argent où il est » entend-on alors, « il faut augmenter les cotisations patronales, il faut taxer les riches ! ». A première vue, cela peut paraître simple, presque une évidence : les riches doivent payer plus que les pauvres. Les armateurs grecs par exemple. Ils représentent la première flotte marchande de la planète avec 16% des capacités mondiales. Ils ne paient pas d’impôt sur le revenu, pas d’impôt non plus sur les bénéfices. Jusqu’en décembre 2013, ils devaient simplement s’acquitter d’une taxe forfaitaire sur le tonnage des navires battant pavillon grec, ce qui ne concerne que le quart de leur flotte. Depuis, pour tâcher de calmer le mécontentement de la population devant cette injustice criante, un impôt exceptionnel a été voté pour taxer pendant trois ans les armateurs en fonction de la taille des bâtiments. Mais il s’agit avant tout d’une mesure symbolique, qui permet au gouvernement de ne pas perdre la face et aux armateurs d’apparaître comme des gens responsables et solidaires de leur pays.

Le programme de Syriza propose une révision du système fiscal, pour le rendre plus « juste », avec notamment des négociations avec les armateurs, « pour revoir les 46 lois d’exemption de taxes qui les concernent, et réfléchir à un régime de taxation approprié. » Dans l’absolu, ce serait effectivement une bonne idée que les barons de la navigation grecque paient des impôts au moins aussi élevés que les contribuables les plus modestes. Mais une taxation « juste » des armateurs grecs sera toujours soit « juste » indécente au regard de leur richesse, ce qu’elle est actuellement, soit « juste » excessive pour que ces armateurs continuent d’être grecs, ce que propose Syriza. Le patriotisme d’un capitaliste a ses limites : il se sent grec tant que le gouvernement grec défend ses intérêts. Cela prend à peu près 24 heures pour modifier le régime fiscal d’un bateau10. Augmenter les taxes sans leur assentiment entraînerait la fuite des armateurs et, du jour au lendemain, l’État
perdrait le peu d’argent qu’ils acceptaient de céder. Il faudrait s’attendre à la même réaction dans tous les secteurs de l’économie. Fuite des capitaux, lock-out patronal, sabotage économique : la relance par la consommation conduirait au marasme économique organisé par la classe dirigeante jusqu’à la démoralisation de la population et la chute du gouvernement.

Les dirigeants actuels de Syriza et leurs partisans à l’étranger commettent l’erreur de limiter leurs attaques au mode de répartition des richesses, sans aller au fond du problème : la répartition des richesses découle du mode de production de ces richesses. Si l’on veut un meilleur partage des richesses, il faut donc en finir avec un système économique qui entretient les inégalités. Or ce que propose Alexis Tsipras s’il arrivait au pouvoir, hypothèse pas si invraisemblable que ça, c’est de s’emparer du pouvoir politique tout en laissant le pouvoir économique entre les mains des capitalistes. Il s’agit de la meilleure recette pour être condamné à l’impuissance. Une telle situation ne serait pas viable indéfiniment. Un gouvernement de gauche radicale n’aurait alors que deux alternatives: soit capituler et se mettre aux ordres de la classe dirigeante jusqu’à ce qu’elle puisse se
débarrasser de lui, soit, sous la pression de la population et avec la population, il s’empare du pouvoir économique, ce qui passe par l’expropriation de la classe dirigeante – pour se débarrasser d’elle. En définitive, seule la classe ouvrière serait capable de mettre en place un véritable plan de relance. Une fois les secteurs clés de l’économie sous son contrôle, elle serait en mesure de planifier la production pour répondre aux besoins de tous, de revenir sur le démantèlement des services publics, de mettre l’économie au service du bien être de la population – et par ce biais d’améliorer à nouveau le niveau de santé global du pays. Entre l’utopie et le cauchemar, il y a donc bien une alternative : la révolution socialiste.

Boris CAMPOS

Décembre 2014

1 http://www.solidaire.org/index.phpid=1340&L=1&tx_ttnews[tt_news]=38194&cHash=f76d840b99f98f2428584007968e7129

2 doi:10.1016/S0140-6736(13)62291-6 A description…
http://www.enetenglish.gr/resources/article-files/piis0140673613622916.pdf

3 http://www.huffingtonpost.fr/2014/07/27/grece-salaire-moyen-817-euros-2013_n_5624440.html

4 Amélie Poinssot, « Grèce. Un système de santé en crise », P@ges Europe, 16 janvier 2012 – La Documentation française © DILA

5 http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/04/22/un-nombre-croissant-de-grecs-exclus-du-
systeme-de-sante_4405192_3214.html

6 http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/info/Les-dossiers-de-la-redaction/Crise-euro-2013/p-
25616-Quelle-menace-militaire-pese-donc-sur-la-Grece-.htm

7 http://donnees.banquemondiale.org/indicateur/SH.XPD.PUBL.ZS

8http://www.letemps.ch/Page/Uuid/71bea476-f2d4-11e1-bd50-f1b2d4fdf578|

ou http://www.webster.ch/sites/www.webster.ch/files/LeTemps-20120831.pdf

9 http://www.oecd.org/fr/presse/fort-ralentissement-des-depenses-de-sante-en-raison-des-coupes-budgetaires-sur-fond-de-crise.htm

10 http://www.rfi.fr/emission/20140603-armateurs-grecs-insubmersibles-commerce-mondial/

lundi 10 juin 2013, par Christian Lefaure.

En Grèce, suite au mémorandum de la Troika (FMI, Commission Européenne et Banque Centrale Européenne) et aux réductions drastiques des ressources, le système de santé publique s’est rapidement et très fortement dégradé.

Le nombre d’hôpitaux publics a été réduit en deux ans de 137 à moins de 80, la sécurité sociale étant liée à l’emploi, et plus d’1,5 million de personnes étant sans emploi, c’est près du tiers de la population qui n’a plus aucune ressource, aucune couverture sociale, aucun accès aux soins qu’ils soient public ou privés. Et ceux qui ont accès aux soins publics ne sont pas sûrs du tout d’être « vraiment » soignés, les laboratoires pharmaceutiques ne fournissent plus ni médicaments, ni compresses aux hôpitaux surendettés et incapables de les payer ; les effectifs des soignants diminuent en permanence, des chimiothérapies sont stoppées en plein traitement, des opérations chirurgicales ne peuvent être réalisées. Près de 600 000 enfants seraient en état de famine au Portugal. Des études, que l’Europe se garde bien d’effectuer, montrent que les taux de morbidité (tuberculose, malaria, HIV,…), de mortalité, de suicides augmentent, que l’espérance de vie décroit dans les pays qui mettent en œuvre des mesures d’ajustement suite aux injonctions de la Troïka. La situation Portugaise, suit de près celle de la Grèce, le manque d’accès aux soins y est d’autant plus crucial que face à la crise, de nombreux jeunes émigrent et que la population restante y est âgée et donc requiert plus de soins.
On peut donc dire que les injonctions de l’Europe pour la réduction de la dette ont un effet quasi génocidaire sur la partie des populations touchées de plein fouet par la crise et ces populations ne sont pas marginales loin de là quand il s’agit du tiers ou plus de la population d’un pays.

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Alors que faire ?

Créer des structures de solidarité locales que l’on voudrait éphémères.

Au niveau local, en Grèce la solidarité s’organise, depuis deux ans plus de trente cliniques et pharmacies solidaires se sont créées, tous les médecins, pharmaciens, aide soignants, assistants sociaux, et membres de la société civile qui les font vivre sont totalement bénévoles. Elles accueillent gratuitement tous ceux qui sont exclus des systèmes de santé, ainsi la Metropolitan Community clinique à Helleniko près d’Athènes a soigné plus de 9500 personnes depuis sa création il y a un an et demi. Ces centres de santé sont totalement hors système monétaire (et veulent absolument y rester) : les médicaments qu’elles procurent proviennent de surplus dont des patients (ou des patients décédés) n’ont plus besoin, et lorsque cela ne suffit pas les technologies modernes de communication jouent un rôle essentiel : la clinique lance un appel sur facebook ou sur son blog et la plupart du temps obtient ce qu’elle réclame. Mais bien sûr ces centres ne peuvent répondre qu’à des soins primaires ; lorsque quelqu’un a une maladie longue durée, comme un cancer, la clinique ne peut pas le soigner. Alors à côté de leur rôle d’accès aux soins, toutes ces cliniques et pharmacies sensibilisent leurs patients à l’aspect inacceptable de la situation et les incitent à lutter pour que l’accès aux soins redevienne un droit.
Toutes ces structures s’espèrent éphémères et il faut souhaiter qu’elles le soient.

Faire reculer l’Europe sur la marchandisation de la Santé

Au niveau national, de nombreuses mobilisations ont lieu, à la limite parfois de l’insurrectionnel, mais elles n’empêchent pas la poursuite de la destruction des systèmes de santé imposée par l’Europe.
Reste donc le niveau Européen, il faut frapper à la source du mal. L’Europe prépare une nouvelle Directive (qui va être publiée en Septembre 2013) qui vise à mettre toute les structures et systèmes de santé sous la coupe des appels d’offre, de la concurrence, du marché. La santé en Europe ne devrait plus alors du tout être un « bien commun » cad hors marché, elle ne serait plus qu’un bien marchand si cette Directive était appliquée. Il faut amener l’Europe à faire marche arrière. Les associations de l’Altersommet ont lancé un appel dans ce sens (voir ci-dessous), elles le compléteront avec un livre noir de la santé en Europe avant les élections des députés européens de 2014 ; mais convaincre les députés n’est pas suffisant, cet appel sera transformé en pétition européenne sur le droit à la santé demandant qu’un référendum soit organisé pour faire sortir la santé du seul domaine marchand !
A coup sûr la santé est un domaine où une majorité d’Européens sont prêts à réclamer leurs droits. La réussite de cette initiative pourrait devenir un premier coin enfoncé par les peuples européens dans la politique ultra néolibérale de la Commission.

Christian Lefaure, membre de la délégation d’Attac France à l’Altersommet.

Appel de l’Alter Summit pour le droit à la Santé pour tous

Des centaines de représentant-e-s d’associations, d’organisations et de mouvements émanant de toute l’Europe, réunies dans le cadre de l’Alter Summit à Athènes ont, à partir de la situation dramatique en matière de santé en Grèce, et dans plusieurs pays du Sud, ont pu constater que les mêmes dégâts et les mêmes mécanismes sont en œuvre dans tous les pays européens.

Ils tiennent à dénoncer, notamment :
- l’austérité et ses conséquences en matière de santé, telles que l’exclusion des soins de santé, la déterioration des conditions de travail et des conditions de vie, de la protection sociale….
- la privatisation et la commercialisation de la santé, favorisées par l’Europe, qui coûtent très cher, n’apporte aucune plus value en matière de santé t de surcroit est excluante

L’Union européenne doit changer radicalement d’orientation en matière de Santé : nous exigeons qu’elle affirme que la Santé- comme la protection sociale- est pour tou-te-s un droit fondamental qui doit être garanti à tou-te-s, et qui ne doit en aucun cas être soumis aux logiques marchandes.
Dans l’urgence, nous exigeons l’abandon du projet de modification de la directive européenne sur les marchés publics, qui amènerait une accélération détestable de la privatisation et de la commercialisation de la Santé.
Ces représentants s’engagent à développer une mobilisation d’ampleur, dans une coordination internationale, incluant une pétition européenne, pour soutenir ces exigences. De même, ils déposeront un cahier de revendications auprès des autorités européennes et des candidats aux prochaines élections européennes afin que rapidement,

LA SANTE SOIT UN DROIT POUR TOU-TE-S !!

Le Collectif

SOLIDARITE FRANCE-GRECE POUR

LA SANTE ”

vous propose

Soirée projection – débat

de solidarité avec le peuple grec

Mercredi 22 mai 2013

20h30

Salle de Barcelone

22 Allée de Barcelone, 31000 Toulouse

Un certain nombre de citoyen-n-e-s, d’organisations et d’associations se sont réunis pour poser les bases de la construction d’un collectif « solidarité France-Grèce » Midi-Pyrénées pour la santé.

La Grèce subit une catastrophe sociale et sanitaire sans précédent dans un contexte de danger  démocratique particulièrement préoccupant. Aucune politique ne peut justifier une telle attaque contre la santé et la vie des gens : un chômage écrasant, une pauvreté alarmante, des salaires au plus bas, une santé dégradée par une précarité grandissante, des malades à l’abandon du fait d’un système de soins de plus en plus démantelé…

Malgré la douleur qui s’amplifie, la cure d’austérité à l’origine de cette situation s’ accentue .

On peut constater que ces mesures dépassent les frontières grecques ; elles entrainent des souffrances multiples et ont des répercussions sur la santé des citoyen-ne-s de tous les pays européens. La France n’est pas épargnée par ce processus dévastateur.

Aujourd’hui, nous sommes sollicité-e-s par le peuple grec en résistance, qui nous appelle à donner une expression concrète à notre solidarité, en les soutenant dans leurs expérimentations d’alternatives, notamment dans le domaine de la santé (collecte de dons financiers, de matériel médical et pharmaceutique). Pour plus d’information consulter le site national :http://solidaritefrancogrecque.wordpress.com/

Notre soutien solidaire s’exprimera également en faisant de la lutte des grecs une cause commune à travers des échanges réguliers, une information sur la réalité grecque et la défense de notre propre système de santé soumis à la même logique destructrice.

PROGRAMME DE LA SOIREE

·         20h30 – 21h : Accueil

·         21h : Introduction: état des lieux de la grave situation grecque notamment au niveau de la santé, et des politiques d’austérité qui ne cessent de s’amplifier.

·         21h20 : Film sur le dispensaire autogéré de Salonique (10 minutes)

·         21h30 : 1er Skype avec le dispensaire de Salonique

·         22h : 2ème Skype avec Sophia, une pharmacienne d’Athènes qui fait partie d’un groupe autogéré.

·         22h30 : intervention du CAC31 sur les perspectives et notamment l’alter sommet

·         22h40 : Débat avec la salle.

·         23h30 : Fin

Le collectif toulousain s’appuie sur l’appel national que vous pourrez trouver sur le lien suivant

http://solidaritefrancogrecque.wordpress.com/

Les personnes intéressées peuvent le faire savoir et rejoindre le collectif  en écrivant à l’adresse suivante

http://attactouLlouse.org/

 

Face aux attaques de l’inhumain une seule réponse : solidarité

Soirée de solidarité avec le peuple grec en résistance
Organisée par le collectif Solidarité France Grèce pour la santé Midi- Pyrénées

Voici plusieurs années que le peuple grec subit les méfaits des politiques d’austérité imposées par la Troïka et mises en œuvre par des gouvernements à la botte des thuriféraires du capitalisme contemporain.

Les conséquences sur la vie des gens sont dévastatrices : baisse de salaire parfois allant jusqu’à 50% ; chômage de masse : plus de 58% des jeunes de moins de 26 sont au chômage… et aussi dépression, désespoir, suicides…

A ce jour plus de 40 % de la population n’a plus accès à la sécurité sociale et donc n’a plus accès aux soins de santé.
Les coupes budgétaires sont à l’origine de la tragédie sanitaire qui se profile dans ce pays membre de la zone euro où des maladies d’un autre âge comme la malaria font leur apparition, où la propagation du sida s’accélère, où les malades chroniques n’ont plus accès à leur traitement….

Mais une bonne nouvelle émerge de toute cette souffrance : le peuple grec résiste et s’organise pour survivre mais aussi pour construire le monde de demain.

En matière de santé des dispensaires autogérés ont été ouverts un peu partout sur le territoire, des soins y sont dispensés à ceux qui n’y ont plus accès.
Mais le matériel et les médicaments manquent et les grecs en appellent à notre solidarité pour leur venir en aide matériellement et les aider à faire connaître la situation sanitaire alarmante des citoyens de leur pays.

Nous avons à apprendre de leurs expériences novatrices et empreintes des valeurs de solidarité et de résistance qui nous sont communes, c’est pourquoi, au cours de la soirée nous nous mettrons en lien et pourrons échanger avec deux médecins du dispensaire de Salonique et une deuxième contact nous amènera à Athènes à la rencontre de Sonia pharmacienne d’ un groupe autogéré.

Venez nombreux soutenir cette initiative.

Documents joints

Le Monde.fr avec AFP

Explosion des suicides, des meurtres et détérioration de la santé publique : la Grèce paye un lourd tribut aux mesures drastiques d’austérité qui lui ont été imposées pour assainir ses fainances publiques. Ces phénomènes ont coïncidé avec une forte hausse du chômage à la suite de la crise économique de 2007, dont le taux est passé de 7,2 % en 2008 à 22,6 % au début de 2012.

Le taux de mortalité résultant de suicides et d’homicides a augmenté de 22,7 % et de 27,6 % respectivement de 2007 à 2009 surtout parmi les hommes, rapportent les auteurs d’une étude américano-grecque publié jeudi dans l’American Journal of Public Health, en se basant sur les statistiques du gouvernement. Ils ont aussi constaté un accroissement du nombre de cas de troubles mentaux, d’abus de drogue et même de maladies infectieuses provoquées par le virus du Nil occidental et du sida.

RÉDUCTION DES DÉPENSES DES SERVICES PUBLICS

En même temps, les dépenses de l’Etat consacrées aux services publics ont été fortement réduites, le budget du ministère de la santé baissant pour sa part de 23,7 % de 2009 à 2011. Cette diminution des services de santé publique s’est aussi produite au moment où un grand nombre de Grecs ont été contraints de réduire leur recours aux soins médicaux privés pour se faire soigner dans des organismes publics dont les moyens étaient également très réduits et plus entièrement gratuits.

Quand on taille dans les programmes d’échange de seringues pour les drogués et la distribution de préservatifs, le risque de contracter le virus du sida augmente, soulignent par ailleurs les auteurs. Les nouveaux cas d’infection par le VIH (virus de l’immunodéficience humaine) ont augmenté de 57 % de 2010 à 2011 (de 607 à 954).

« Nous nous attendions à ce que les mesures d’austérité aient des effets négatifs sur les services de santé et la santé publique mais l’impact a été beaucoup plus sévère que nous ne l’avions imaginé », a expliqué le principal auteur de cette étude, Elias Kondilis, chercheur à l’université Aristote.

Citant la situation grecque, ces chercheurs mettent en garde contre des effets néfastes similaires sur la santé publique dans d’autres pays européens confrontés à une situation économique difficile, et même aux Etats-Unis où on évoque des coupes dans les programmes de couverture médicale des retraités et plus largement de santé publique.

 

Ce jour-là, Vicky se rend pour la première fois dans la toute nouvelle clinique de médecins bénévoles de Korydallos, une commune des quartiers sud-ouest de la métropole athénienne. Cette dame de 49 ans vient consulter, gratuitement, le cardiologue, mais surtout, faire ses premiers pas auprès des bénévoles du secrétariat. « Il vaut mieux ça que rester enfermé tout seul chez soi…»

La clinique a ouvert ses portes il y a un mois, à l’initiative de citoyens de Korydallos et des communes voisines. Elle accueille tous les patients qui ont perdu leurs droits à la Sécurité sociale. Et ils sont nombreux, dans cette commune où le taux de chômage est bien au-dessus des moyennes nationales. En Grèce, au bout d’un an sans emploi, on perd non seulement ses droits aux allocations chômage, mais aussi sa couverture sociale. De plus, de très nombreux commerçants ou auto-entrepreneurs ne parviennent plus à payer leurs cotisations à la caisse d’assurance sociale des travailleurs indépendants – cotisations qui s’élèvent à environ 400 euros mensuels pour une personne.
C’est le cas de Vicky, acculée à la fermeture de sa boutique de vêtements il y a trois ans. En réalité, elle n’a jamais pu procéder à la liquidation de sa micro-entreprise, déjà endettée à l’époque auprès des impôts et de sa caisse d’assurance sociale : impossible de fermer les comptes dans ces conditions. Depuis, ses dettes ont explosé : Vicky doit aujourd’hui plus de 10 000 euros à sa caisse d’assurance, et tant qu’elle ne s’acquittera pas de cette somme, elle ne pourra prétendre au carnet de « protection sociale » – ce statut qui, sous certaines conditions très restrictives, permet aux plus démunis d’être pris en charge par le système national de santé.
« C’est absurde : si je pouvais payer mes cotisations, je n’en aurais pas besoin, de ce carnet ! C’est justement ma situation d’endettement qui fait que j’en ai besoin. » Vicky n’a pas non plus réglé ses factures d’électricité depuis trois ans. L’an dernier, elle a passé, avec son mari et sa fille de onze ans, six mois sans électricité. « Plusieurs fois, nous avions rétabli le courant illégalement, jusqu’à ce que la DEI (l’équivalent de EDF en Grèce– ndlr) nous coupe les câbles. » Un électricien bénévole est venu rebrancher le courant en décembre – une pratique fréquente à Korydallos, où de nombreux foyers ont été privés de courant, faut d’avoir réglé leurs factures. Or c’est via ces mêmes factures que le gouvernement a décidé, l’an dernier, de prélever un nouvel impôt immobilier : autant de revenus fiscaux qui ne rentrent pas dans les caisses de l’État…

« On nous force à vivre illégalement, à devenir des fraudeurs fiscaux, lâche Vicky. On nous dit que tout cela, c’est pour éviter la faillite de l’État. Mais la faillite, on y va tout droit, et dans mon cas, cela ne peut qu’être positif : je n’ai plus rien à perdre ! » La maison de Vicky a été hypothéquée. Sans aucune ressource, le ménage se nourrit auprès des distributions de nourriture organisées par la mairie ou l’Église.
À quelques encablures de la clinique, sur la commune limitrophe de Nikaia, le réseau « Solidarité pour tous » distribue, lui aussi, des sacs de nourriture. L’action a démarré en décembre dernier ; plus de 150 familles bénéficient ainsi d’une aide alimentaire substantielle, une fois par mois. La collecte se fait à la sortie des supermarchés du coin, le samedi matin. « Mais il ne s’agit pas de philanthropie, explique Nikos. Il n’est pas question de faire des dons pour se donner bonne conscience. Le but, c’est de mobiliser les gens, de les pousser à l’action, de développer des alternatives au système… »

Partir, un aveu d’échec

Nikaia fait partie de ces banlieues populaires qui n’ont jamais débordé de richesses. Construite sur d’anciens champs dans les années 1920 par les réfugiés d’Asie mineure, arrivés en masse et sans ressources après la guerre perdue par la Grèce face à la Turquie, la ville compte aujourd’hui de nombreux ouvriers ou anciens commerçants au chômage. Il n’y a pas d’industrie sur la commune ; certes, Le Pirée et ses banlieues industrielles sont proches, mais l’activité s’est effondrée ces dernières années. Nikaia possédait quelques grandes artères commerçantes, mais les boutiques ferment les unes après les autres…
Toutes les générations sont frappées : Nikos, 33 ans, a travaillé pendant huit ans chez Opel comme conseiller des ventes. L’an dernier, l’entreprise a subitement réduit la voilure : de 150, elle est passée à 45 employés. « J’ai encore quatre mois d’allocations chômage devant moi. Après c’est fini, et je ne vois aucune perspective de travail autour de moi. » Pendant la campagne électorale au printemps dernier, le leader de la droite de Nouvelle Démocratie, Antonis Samaras, avait pourtant promis, entre autres aides pour alléger le poids de la politique d’austérité envers les plus démunis, d’allonger la période d’indemnisation du chômage à deux ans, contre un an actuellement. Aujourd’hui premier ministre à la tête d’un gouvernement de coalition avec les socialistes, il n’a introduit aucune mesure sociale tandis que de nouvelles mesures d’austérité continuent d’être entérinées, sous l’œil attentif de la Troïka (le Fonds monétaire international, l’Union européenne et la Banque centrale européenne).

Collecte de produits alimentaires à la sortie d’un supermarché de Nikaia, un samedi matin© Amélie Poinssot
Chômage de longue durée, surendettement, extrême pauvreté : tel est désormais l’horizon des habitants de Nikaia et Korydallos. Pour Nikos, ce n’est que la mobilisation citoyenne qui permettra de s’en sortir – et d’échapper à l’abattement dans lequel l’avalanche de mesures de ces trois dernières années a plongé ces gens issus de milieux modestes. Le jeune homme habite encore chez ses parents – « par nécessité », comme le disent tous les trentenaires rencontrés dans ces quartiers : comment se payer un loyer lorsqu’on n’a pas de travail ?
Officiellement, le taux de chômage des 25-34 au niveau national est de 34 % selon les dernières statistiques. Mais avoir un emploi ne permet pas davantage de s’en sortir : les retards de paiement sont tels, et les salaires si bas, qu’il est extrêmement difficile d’avoir un peu d’autonomie. Pour autant, l’énergique Nikos, engagé sous les couleurs de Syriza, la gauche radicale qui a percé aux élections de juin 2012, refuse de baisser les bras. « J’ai trois amis autour de moi qui ont décidé d’émigrer. Dont l’un de mes plus proches, qui va travailler comme serveur à Dubaï… Moi, je n’ai jamais rêvé de partir, alors je ne vois pas pourquoi je devrais l’accepter aujourd’hui. Ce serait céder devant cette politique, accepter la défaite. C’est d’abord à ceux qui nous imposent cette politique de partir. »
Partir, un aveu d’échec : ils sont nombreux à partager cet avis dans les réseaux de solidarité qui prospèrent dans ces quartiers sud-ouest de la capitale grecque. Danin, qui est pourtant née d’une mère allemande et a grandi en Allemagne, n’a aucune envie d’y retourner. Mère de trois enfants, au chômage depuis 8 mois, elle touche 460 euros mensuels d’allocations – dont 300 partent directement dans le loyer. « Je ne paye plus aucune autre facture, et j’ai des angoisses terribles à chaque fois que quelqu’un sonne à la porte : j’ai peur que ce soit pour me couper l’eau ou l’électricité. »
Danin raconte sans pudeur dans quel état dépressif cette situation l’a plongée jusqu’au jour où, par hasard, elle découvre le réseau de solidarité de Nikaia. Elle s’y engage tête baissée. « Pour moi, ce n’est pas seulement un réseau d’entraide matérielle, c’est une aide inestimable sur le plan psychologique. On ne se sent plus seul, on se rend compte qu’on est plusieurs à vivre cette galère, alors on retrouve la force de se battre. »
Réquisitions

Danin et son mari ont passé l’hiver sans chauffage : même son petit poêle, elle ne l’a pas allumé. À 1,60 euro le litre de fioul, elle et son mari ne pouvaient se le permettre. Lui est sans activité depuis trois ans, lorsque la poissonnerie qui l’employait a fermé. Une fois le loyer payé, la famille n’a donc plus que 160 euros pour passer le mois. Et les allocations de Danin touchent à leur fin… Dans quatre mois, elle ne pourra plus compter sur aucune aide sociale.

Clinique sociale de Korydallos: réserve de médicaments gratuits© Amélie Poinssot
À l’hôpital public de Nikaia, l’un des plus grands de la métropole athénienne, les conséquences de cette désagrégation sociale à l’œuvre depuis trois ans sont visibles. « Nous voyons arriver des patients au dernier stade de la maladie, raconte Yannis, interne en neurochirurgie. Beaucoup refusent de faire certains examens ou de séjourner à l’hôpital, car cela entraîne des frais non remboursés par leur caisse de Sécurité sociale. » Quand ils ont encore une couverture maladie…
« Nous acceptons les patients qui n’ont plus de couverture santé quand leur cas est grave. » Mais face à un public de plus en plus nécessiteux, les ressources de l’hôpital fondent : budget presque divisé par deux en trois ans, manque de personnel, pénuries de matériel… Et difficile de motiver le personnel médical quand les retards de paiement s’accumulent. La dernière fois que les médecins ont pleinement été rémunérés pour leurs gardes, c’était en… décembre 2011. Depuis, quelques euros sont tombés à l’automne, mais la somme n’y était pas. En conséquence, les médecins ont décidé d’arrêter, il y a deux semaines, d’assurer les gardes. Peine perdue : la direction de l’hôpital les a réquisitionnés.
« Certains jours, je me demande ce que je fais ici ! avoue Yannis. Notre seule motivation, notre seule récompense : un patient qui nous dit merci… » Ce n’est certainement pas le salaire qui motive ces médecins du secteur public. Ce trentenaire, interne, touche actuellement 900 euros par mois (sans les gardes) – une somme inférieure de moitié à ce qu’elle était il y a trois ans, tandis que, dans le même temps, les impôts ont considérablement augmenté. Pendant que nous discutons avec Yannis, dans la salle de pause des médecins, un de ses collègues nous indique qu’il touche, lui, 1 270 euros mensuels. Pour vingt-quatre ans d’ancienneté.
Ces derniers jours, la commune de Nikaia célébrait en grande pompe la bataille de Kokkinia qui, en mars 1944, avait vu cette banlieue rouge repousser les troupes allemandes et les Bataillons de sécurité – ces forces de l’armée grecque qui, sous l’Occupation, s’étaient rangées du côté des nazis. Jusqu’à présent, cette victoire était peu commémorée – au contraire de la défaite, cinq mois plus tard, qui s’était conclue par la répression sanglante des résistants communistes. Tous nos interlocuteurs le disent : ils se sentent héritiers d’une longue tradition de contestation. Pas question, aujourd’hui moins que jamais, de l’oublier.

par Benoît Vitkine

C’était en 2009, il y a une éternité. L’époque où l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) jugeait le système de santé grec « relativement efficace », l’époque où les médecins de Thessalonique avaient réussi à soigner le mélanome dont souffrait Mme I. Trois ans plus tard, quand le cancer est revenu, ils n’ont pas même essayé.

C’est M. I. qui raconte. Anonymement, par peur de « représailles » : « Les médecins ont prescrit un traitement à ma femme, mais comme les dépenses engagées étaient potentiellement lourdes, celui-ci devait désormais être validé par une commission de médecins et de responsables de l’administration. Cette commission a refusé le traitement, et quand je suis allé chercher les résultats, l’un de ses membres m’a pris à part : « Nous avons dû faire un choix, et nous allons garder l’argent pour soigner des enfants. Votre femme a 62 ans, laissez-la donc mourir à la maison ». »

Le cas est extrême, isolé, mais partout dans les treize hôpitaux de Thessalonique, la deuxième ville de Grèce, des médecins « jouent à Dieu », selon le mot de Leta Zotaki, chef du service de radiologie de l’hôpital de Kilkis, au nord de la ville. « Quand le papier radiographique manque, on décide de qui a le plus besoin de l’examen, on fait du troc avec les autres hôpitaux, ou bien on demande aux patients d’acheter le matériel », explique cette syndicaliste, qui a elle-même vu son salaire de 4 000 euros divisé par deux et dont les gardes ne sont pas payées depuis le mois de mai.

Sur la porte d’une salle de l’hôpital, des infirmières ont accroché une affichette :« N’apportez pas de chocolats à vos proches, achetez-leur du papier toilette. » Tout manque : gants en latex, compresses, réactif pour les examens sanguins, cathéters… Seule consolation, les employés des hôpitaux publics ont pour l’heure échappé aux mises au chômage technique qui sont monnaie courante dans d’autres secteurs publics. Mais les médecins partis – en retraite, dans le privé ou à l’étranger – ne sont pas remplacés : à Kilkis, on est passé de 160 à 125 praticiens.

EN RÉPONSE AUX INJONCTIONS DE LA « TROÏKA »

Dès avant le début de la crise, les caisses d’assurance-maladie grecques étaient structurellement déficitaires. Tous les deux ou trois ans, l’Etat les renflouait. Mais depuis 2009, en réponse aux injonctions de la « troïka » (UE, FMI, BCE) et dans l’espoir d’équilibrer les finances du pays, les dépenses publiques dans le domaine de la santé ont subi une diminution de 32 %. Et la situation s’est dégradée à mesure que le chômage augmentait (25 % en novembre) et que le nombre de cotisants diminuait.

L’hôpital public, qui avait déjà subi des coupes budgétaires de 40 % entre 2007 et 2009, est entré dans la crise en situation de grande faiblesse. Pour tenter de rétablir les comptes, les patients se sont vu demander un paiement forfaitaire de 5 euros (passé à 25 euros dans le budget voté à l’automne) pour toute consultation, puis une participation variable aux frais médicaux. Sans compter, parfois, la fakelaki, l’ »enveloppe » de quelques billets qui fait office de coupe-file et atterrit directement dans la poche du médecin.

Les chômeurs, eux, ne sont plus couverts un an après la perte de leur emploi et doivent s’acquitter de la totalité des frais médicaux. Le plus souvent, ils ne soignent pas et attendent que les pathologies s’aggravent pour finalement se rendre aux urgences. Les admissions y ont bondi d’un tiers. Les unités de soins intensifs sont également débordées : les syndicats estiment que 30 à 40 personnes sont chaque jour privées d’accès à ces services.

L’autre solution, pour les malades désargentés, paraît bien dérisoire. A Thessalonique, elle se trouve rue Ionos-Dragoumi, un appartement anonyme sommairement transformé par Médecins du monde (MDM) en cabinet de crise. Une cinquantaine de personnes patientent jusque dans les escaliers avant d’être examinées par des médecins bénévoles à la mine épuisée, qui soignent les petites pathologies, distribuent des médicaments, assurent des vaccinations, se muent en psychologues ou en travailleurs sociaux.

NOUVELLES PATHOLOGIES LIÉES À LA MALNUTRITION DES ENFANTS

« Il y a dix ans, nous avons ouvert le centre pour soigner les migrants de passage, raconte Sofia Garane, la jeune directrice de cette antenne locale de MDM. Avec la crise, le nombre de patients a été multiplié par dix et les Grecs sont devenus majoritaires. » Despina Ioanidou, 48 ans dont huit de chômage, vient régulièrement chercher des médicaments pour soigner son dos et sa dépression.« J’ai à peine de quoi payer mon électricité et ma nourriture, comment pourrais-je consulter un vrai docteur ou même aller à l’hôpital ? »

Depuis deux ans, les médecins de la rue Dragoumi ont aussi vu apparaître de nouvelles pathologies liées à la malnutrition des enfants. Dans tout le pays, des maladies oubliées ont fait leur retour, comme le paludisme ou la tuberculose.

Totalement à plat, le système de soins grec frise l’explosion. Celui de la distribution de médicaments ne va guère mieux. En retard sur les remboursements, l’Etat doit près d’un milliard d’euros aux laboratoires et aux pharmaciens. Ces derniers, sachant qu’ils ne seront pas remboursés ensuite par les caisses d’assurance-maladie, refusent très majoritairement de fournir gratuitement les médicaments aux patients.

Les malades doivent dès lors avancer les frais, comme Panagiota C., qui a dû débourser 100 euros pour ses anticoagulants et attendre six mois avant d’être remboursée, ou errer à la recherche d’un hôpital ayant le remède en stock. Selon l’association pharmaceutique panhellénique, 300 médicaments sont désormais quasi introuvables et la situation est particulièrement grave pour les traitements cardiaques et contre le cancer. Quant aux laboratoires, ils menacent de suspendre les approvisionnements. Début novembre, le groupe Merck a annoncé qu’il cessait de fournir l’anticancéreux Erbitux aux hôpitaux en retard de paiement.

« ON VA TUER LE SYSTÈME SANS LUI PERMETTRE DE SE RÉFORMER »

Les médicaments : voilà la solution, pour Stavros Baroutis, administrateur de l’hôpital Agios-Dimitrios, dans le centre de Thessalonique. En faisant passer de presque 0 % à 47 % la part de génériques utilisés dans son établissement, M. Baroutis a pu limiter les dégâts et supprimer« seulement » 80 lits.

« La non-utilisation de génériques avant la crise est révélatrice des manques de notre système de santé », estime-t-il, égrenant la liste interminable de ses « excès » : aucune souplesse quant à la fermeture de services ou la diminution du nombre de lits ; matériel de pointe acheté au prix fort puis laissé à moisir dans les caves des hôpitaux ; absence de dossier médical ; examens réalisés en double ou en triple ; médecins trop nombreux ; gaspillage des petits consommables…

« Cette crise aurait pu être l’occasion de remettre ce système à plat, explique M. Baroutis en trottinant dans les couloirs mal éclairés de son hôpital. Mais la purge est telle, les coupes si violentes, que l’on va tuer le système sans lui permettre de se réformer. »

Comme cela avait été décidé, l’occupation de l’Hôpital général de Kilkis commence en dépit des médecins, des politiciens et des syndicalistes installés. Malgré les tentatives désespérées des échelons les plus élevés de la bureaucratie syndicale, qui ont abandonné l’Assemblée générale des travailleurs de l’hôpital sous les huées et les sifflements, les présents, à l’unanimité, ont décidé de commencer l’occupation de l’hôpital le lundi matin 20 février et de mettre en place des groupes de travail et de responsabilité, qui travailleront sous le contrôle de l’Assemblée générale. L’information commence à se répandre largement et des médias et journalistes indépendants ont déjà manifesté leur intérêt. Les travailleurs sont conscients de l’énorme responsabilité qu’ils prennent par rapport aux patients, aux citoyens, à la société locale et aussi par rapport à eux-mêmes et aux personnes de leur entourage, et ils sont déterminés à amener leurs objectifs à terme, par des accords conclus par consensus et solidarité. Ces objectifs ne sont pas strictement sectoriels. Ils sont plus larges et ont un caractère politique. Les travailleurs de l’hôpital de Kilkis ne reconnaissent pas le gouvernement actuel, un gouvernement imposé et volontairement esclave d’autres intérêts, et déclarent l’auto-gouvernement de l’hôpital. Continue reading « Grèce : communiqué l’hôpital autogéré de Kilkis »

par John Vassilopoulos

Depuis la fin du mois de mai et jusqu’à la mi-juin, les plus importantes compagnies pharmaceutiques ont imposé un embargo sur les hôpitaux publics grecs pour protester contre la tentative du gouvernement social démocrate PASOK de réduire la dette du service public de santé. Ce boycott a représenté un risque de catastrophe sanitaire en Grèce, les médecins étant contraints de reporter des interventions médicales du fait d’un manque de produits essentiels.

Le gouvernement Papandreou a cherché à vendre la dette du service de santé (qui s’était accumulée principalement du fait des prix excessifs imposés par les compagnies pharmaceutiques) sous forme d’obligations à forte décote ou « à coupon zéro » qui auraient forcé les compagnies pharmaceutiques à supporter une perte estimée à 19 pour cent sur une dette combinée de 6,2 milliards. Cette mesure concernant la dette fait partie de la promesse d’Athènes d’appliquer les diktats des marchés financiers mondiaux l’enjoignant à réduire de façon draconienne les dépenses publiques. Continue reading « Embargo de médicaments sur le service de santé grec ! »