Par Sarah El Hammouti et Francesco Di Giuro.
http://www.village-justice.com/articles/harcelement-managerial-mode,21030.html

L’année 2015 a vu éclore des décisions pointant un nouveau type harcèlement amenant à une dégradation de l’état de santé des salariés : les choix managériaux de la direction.

Les dernières décisions des juridictions du fond tant de Limoges (CA Limoges, 13/10/2015, RG 14/01068,) que de Nancy (CA Nancy, 13/2/2015, RG13/01614), amènent à une responsabilisation de l’employeur qui ne peut plus se cacher, à dessein, derrière des choix économiques et opportunistes mettant à mal la santé de ses salariés.

Dans l’instance tranchée par la juridiction de Limoges, il a été demandé aux juges de s’expliquer sur les éléments de fait, notamment de harcèlement moral, sur les preuves. Le salarié par le biais des pièces versées au débat établissait une ambiance délétère de travail dans le service des directeurs régionaux auquel il appartenait, la dégradation de son service avec l’arrivée de nouveaux responsables, la surcharge de travail dénoncée par le CHSCT, un signalement de « danger grave et imminent » portant sur les risques psycho-sociaux (article L 4131-1 du Code du travail), tous ces éléments constatés et corroborés par une expertise sur les risques psycho-sociaux TECHNOLOGIA.

De ce fait, il apparaît désormais que le choix des méthodes de gestion n’est bel et bien plus absolu, ce qui est souhaitable pour préserver la santé des salariés, trop souvent en situation de déséquilibre face à un employeur tout puissant, qui argue des logiques de performance devant amener à des résultats escomptés.
En effet, dans un contexte capitalistique, où les questions de rendement priment trop souvent sur l’humain, il est bon de rappeler que l’employeur ne peut prendre de mesures de gestion qui auraient pour objet ou pour effet de compromettre la santé ou la sécurité de ses salariés.

L’employeur doit, avant même de mettre en œuvre ses choix managériaux, évaluer les conséquences et prévenir l’impact que ceux-ci pourraient avoir sur les salariés, en termes de risques psychosociaux.

Certes, le salarié se doit d’apporter des éléments concordants permettant à la juridiction de pouvoir caractériser que la source des difficultés provenait bien de la direction de l’entreprise, amenant à un manquement de l’employeur à son obligation de sécurité de résultat. Dans les espèces susvisées, les salariés ayant obtenu gain de cause pour caractériser le harcèlement moral avaient produit tant des témoignages de collègues, que des compte-rendus de CHSCT ainsi que le rapport d’un cabinet d’expertise sur les risques psycho-sociaux.

Ces décisions interpellent et questionnent quant à la gestion du changement organisationnel dans les différentes structures. Il apparaît alors que ces changements notamment managériaux doivent être conduits avec une couverture fonctionnelle de plus en plus large , des approches métiers plus pointues, un élargissement des cibles, notamment en adaptant les changements aux différents corps de métier .

Pour se faire, il est nécessaire de réfléchir à de nouvelles approches décisionnelles, prenant en compte les enjeux propres à chaque entreprise et les besoins des salariés, en veillant à une vraie gestion des ressources humaines, exploitant les compétences de chacun, avec une communication efficiente et plus adaptée.

Il est important de préciser que pour les deux espèces visées, le changement se cristallisait à un moment précis, permettant de caractériser un avant et un après, et de mettre en lumière la dégradation tant des conditions de travail que de santé.
Ces changements organisationnels et managériaux entraînent des modifications importantes des habitudes de travail d’une grande partie des employés.

Voilà de nouveau brandie plus menaçante l’épée de Damoclès de l’obligation de sécurité au-dessus de l’employeur pouvant désormais être condamné pour son abstention fautive liée à l’absence de mesures adéquates prises pour préserver ses salariés.
A l’employeur de veiller à respecter une obligation de sécurité, obligation de résultat souffrant de moins en moins d’exceptions…

http://lentreprise.lexpress.fr/actualites/1/actualites/les-souffrances-psychiques-au-travail-plus-couramment-detectees-etude_1692320.html

Paris, 22 juin 2015 – Les souffrances psychiques sont plus couramment détectées en France, selon une étude publiée mardi qui relève parallèlement que dépression, anxiété liée à l’emploi et burn-out touchent plus fréquemment les femmes que les hommes.

D’après ce travail de l’Institut national de veille sanitaire (INVS) publié mardi dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH), le taux de prévalence (à savoir la proportion d’une population atteinte par les troubles en question) est passé chez les hommes salariés de 1,1% en 2007 à 1,4% en 2012.

Pour les femmes salariées, ce taux a progressé également sur la période, passant de 2,3% en 2007 à 3,1% en 2012, soit à un niveau « deux fois plus élevé que chez les hommes« , observe l’étude qui n’apporte pas d’explication sur cette différence hommes/femmes.

Tous salariés confondus, la progression du nombre de cas de « souffrance psychique au travail« , telle que comptabilisée par les médecins du travail, peut s’expliquer par la « plus grande couverture médiatique des pathologies liées au travail« , estiment les épidémiologistes de l’INVS auteurs de l’étude.

Cette hausse peut aussi s’expliquer par une « libération de la parole auprès des médecins du travail » et par une plus grande sensibilisation de ces derniers sur ces troubles, selon ces chercheurs.

Mais ils estiment aussi que le phénomène « peut être mis en parallèle avec la détérioration des conditions de travail constatée ces dernières années« , notamment celles liées à l’organisation du travail et au durcissement des relations à la fois entre collègues et avec la hiérarchie.

Les « épisodes dépressifs légers » et les « troubles anxieux et dépressifs mixtes » – à savoir un mélange de plusieurs symptômes anxieux et dépressifs – sont statistiquement les troubles psychiques liés au travail les plus souvent rapportés chez les salariés. 

Le nombre de personnes souffrant de burn-out, à savoir d’épuisement physique et psychologique à cause du travail, a progressé régulièrement tout au long de la période étudiée mais ce trouble reste nettement moins courant que les dépressions légères et les troubles anxieux.

L’ensemble de ces symptômes touchent statistiquement plus fréquemment les salariés plus âgés: la probabilité d’en souffrir est « sept fois plus élevée pour les hommes de 45 à 54 ans par rapport au moins de 25 ans« , note l’étude.

« Cette probabilité augmente également avec la catégorie sociale« , à savoir la souffrance psychique est plus courante parmi les cadres que chez les ouvriers, relèvent encore les chercheurs de l’INVS.

Veuillez noter par la présente qui fera office de preuve écrite que je conserverai, que je me sens de plus en plus fragilisé par le rythme imposé frénétique des courses et la maltraitance qui en découle. Laissant entrevoir un avenir incertain car comment se projeter à cette cadence jusqu’à la retraite ? moi qui adore mon métier.. vraiment !

Je ne supporte plus de voir des patients attendre et voir leur état de santé se dégrader par des délais insupportables dus au manque évident de personnel. plus de 15 ou 20 brancardiers non remplacés alors même que l’activité à explosée ! ou est la logique ?!

La logique est financière et vient de très haut nous n’avons qu’à regarder les infos !

Faut-il rappeler que nous faisons ce métier par vocation ? VOCATION !!  C’est le secteur qui mérite de tels sacrifices tandis que certains mangent le caviar à la louche ?! le nombre de millionnaires et milliardaires à bizarrement augmenté lui !

Ne faisons nous pas ce métier par amour de notre prochain ? 

Moi qui croit en la toute puissance d’un Dieu d’amour comment vais-je me justifier à l’heure des comptes que j’ai fermé les yeux à une gentille mamie de plus de 90 ans qui me tendait la main oubliée depuis 3 heures sur un fauteuil ?! Elle qui a tant donné de ses mains creusées du labeur toute sa vie à cette société ?!

Vos dirigeants laisseraient ils leurs propre famille ainsi traitée ? ou s’empresseraient ils de faire marcher leur influence pour passer devant ?!!!! des VIP surement..

Le manque de moyens (potences sur les fauteuils roulants et lits impossibles à manœuvrer etc..) et surtout le manque de considération du personnel qui se démène me devient et nous devient insupportable.

Quel est ce management qui ne fait que de la répression ?!

Je me sens d’une certaine façon harcelé depuis peu en plus de tout cela par Mme … dont vous pourrez joindre une copie, qui à plusieurs reprises à tantôt autorisé puis interdit que je sois mis en binôme avec un de mes collègues et ami sans autre motif qu’il n’est pas bon de prendre des habitudes à force de tourner ensembles ! quel pauvre motif entre nous…Nos régulateurs n’ont pas compris une telle mesure car d’autres binômes sont toujours tolérés !

Je rappelle que j’ai été pendant de nombreuses années en binôme et « indissociable » (pompiers et ambulances) car il est prouvé que dans d’autres institutions, celles ci ont compris qu’un bon binôme était plus rentable, efficace et confiant quand il était considéré et valorisé !

regardez nos chiffres puisque vous les aimez tant en terme de nombre de courses effectuées alors sur Purpan haut !

Nous faisions le boulot de 2 équipes presque.

Il manque à beaucoup à cause de cette course effrénée à la rentabilité, de la clairvoyance et de l’objectivité qui sont de vraies valeurs humaines aussi.

Tourner avec mon collègue n’a pas gêné au contraire les régulateurs qui ont pu sans conteste se reposer sur nous pour que le travail soit bien fait ! Le bloc-centre peut aussi attester de notre efficacité et professionnalisme qui a permis de faire tourner un service qui surchauffe en temps normal…

Nous avons essayé d’ailleurs avec votre aval et en commun accord de commencer à sectoriser ce lieu de Purpan haut pour amener les équipes vers de nouveaux objectifs allant dans votre sens ! Vrai ou faux ?! vous étiez pourtant bien contentes à ce moment là et d’accord pour ce deal.

Vous remerciez une fois de plus l’investissement personnel de vos agents ainsi ? en les privant sous de faux prétextes de tourner ensembles ?!

Au passage du PPR vous ne pouvez pas nier notre investissement personnel à ce passage délicat, mais vous sautez à pieds joints non sans un plaisir malsain à nous accuser de vol ou de casse ! la bonne affaire.

Pour en revenir à mon binôme :

Fumer ensemble dehors est-il interdit pendant notre temps de dispo ?! Car c’est ce à quoi il a fallut que je me justifie auprès de Mme … : « Mais je vous ai vu encore la dernière fois dehors tous les deux entrain de fumer !!! »

Sommes nous à l’école SVP ?

Tout laisserai à penser à un étranger observant la scène qu’il s’agit d’une infantilisation ?!

Devant un tribunal comment peut on se justifier de cette phrase ? De ce point de vue ?

C’est tout simplement que certains ne supportent pas l’idée de voir des agents se poser un peu ! c’est tout !  la vérité est là ! et nous en revenons à la course au fric !

Voulez vous une société qui ne s’arrête plus ?! Des robots ?! sans âme ?! sans sentiment ?

Bientôt vous nous pucerez dans le cou pour épier nos moindres faits et gestes au boulot mais aussi pourquoi pas chez nous comme dans un roman de science fiction ! Derrière vos écrans l’œil blafard.

Rappelez vous que vous aussi serez pucés car nous avons tous quelqu’un au dessus !

L’argent vous a corrompu et aveuglé et vous ne discernez plus le bon du mauvais.

La petite voix qui vous disait « non tu vas trop » loin n’est plus !

Une pause de 30 minutes est légale oui, mais il faut un peu de temps entre 2 ou 3 transports pour que l’organisme absorbe les kms, la tension, la pression et la peine aussi des fois ! croyez vous que nous n’absorbons pas la douleur des gens par moment, et qui pour certains ne sont plus à cette heure de ce monde ?! 

Vous êtes liés à cette maltraitance de vos agents, des patients et n’aurez de fin de tirer sur la corde !

Je ne l’invente pas car ce sont mes enseignants qui me l’ont appris dans mes cours d’aide-soignant ! 

« Nous sommes tous responsables de maltraitance ! »

C’est un cours !

La corde qui casse et mène à des suicides comme chez un certain opérateur de téléphonie est-elle la seule issue possible à un retour à la normale ?!

Toutes ces réunions stériles sans issue comme des promesses avortées nous ont lassé car elles ne servent que vous ! 

Et vous mêmes, ne vous attribuez pas du répit dans une journée à un moment donné ou êtes vous sans boire, sans manger, sans fumer, sans rire, sans aller aux toilettes ou prendre un bol d’air dehors ?

Vos pauses repas sont elles écourtées à la seconde par votre supérieur tous les jours car nous oui ?…

Non vraiment, comment ne pas se sentir harcelé alors avec des mesures qui pleuvent chaque semaine depuis des mois où c’est toujours à l’agent de se soumettre à cette course folle ?!

La révolution est en marche dans toutes les bouches et quand les barrières tomberont comme celles de nos ancêtres il ne faudra pas courir se cacher.

Bref, Mme V. veuillez noter que le stress engendré ces derniers temps à une forte incidence sur ma santé et pour être suivi par un cardiologue et prendre à vie des béta-bloquants sachez que je n’y laisserai pas ma peau. 

je prendrai les mesures nécessaires pour me protéger.

Moi qui voulais pourtant croire en mon encadrement.. moi qui ne fait entre parenthèse l’objet d’aucune sanction, ni rapport et pouvant même se targuer d’être très bien noté chaque année un peu plus.

Comment alors en être arrivé à ce malaise ?!

Mon esprit militaire, carré et honnête n’est semble t-il plus suffisant !

Il vous faut à tous des petits jeunes en contrat précaires et épuisés pour satisfaire ces exigences… ils disent qu’ils ne tiendront pas 3 mois ainsi mais rien n’est fait… on presse, on presse, on presse et on re-presse…

Vous avez crée du consommable humain… bravo !

C’est pas mal à l’heure de la mode des déchets recyclables.

Message de Sylvie Bove Belmudes et son mari :

Je suis de retour chez moi avec mon mari, suite à cette grève de la faim. 10 jours pour moi et 4 jours pour mon mari. Nous avons accepté d’y mettre fin jeudi à 17h jeudi 27 mars après l’accord signé par des membres de la DRH du CHU de Toulouse à l’Hôtel Dieu, lieu de notre sit-in sur le pont neuf.

Anthony Assemat journaliste de La voix di Midi a publié ce que j’ai écrit en plein désespoir « il faut que ça se sache ». j’en ai encore le cœur qui se serre à la lecture de mon appel au secours.

Je signale à cette occasion, que JAMAIS !!, malgré plusieurs demandes écrites et jusqu’à ce jour , bien avant et pendant la fin de notre grèves de la faim, je n’ai pu rencontrer , voir et discuter avec Mr LEGLISE Directeur Général CHU de TOULOUSE, qui a préféré resté caché. HONTE à la DIRECTION DU CHU DE TOULOUSE. C’est scandaleux.
le communiqué suivant en explique pourquoi avons accepté de cesser cette grève qui aurait pu durer longtemps.

Nous tenons à remercier tout le monde, nous ne voulons oublier personne, pardon si c’était le cas, les citoyens dans la rue lors de notre sit-in avec leur soutiens et témoignages, les syndicats, les médecins et infirmières en activité venus nous soutenir et surveiller notre santé bénévolement, les collègues toujours en activité et d’autres en retraite bien méritée, les amis, notre famille, tous les journalistes et même la Dépêche qui a fait une énorme boulette dans son 1er article…que moi et mes collègues, qui m’ont soutenus jusqu’à ce jour ainsi que par deux mois de grève suite à ma Tentative de Suicide, avons pris de plein fouet. merci aux jeunes apprentis étudiants journalistes qui sont venus nous voir, nous écouter, nous filmer et recueillir notre témoignage, merci aux jeunes journalistes d’une radio local en Ariège qui sont venus nous voir, merci à tout le monde.

Un grand Merci à Elisabeth DES pour son constant soutien et auteur du livre : LE HARCÈLEMENT AU TRAVAIL. MÉMOIRE D’UN COMBAT, avec la préface du DR Jacques Giron – présent à nos cotés toute cette semaine- et la postface de Vincent Duse ouvrier sur le site de PSA Mulhouse.

SYLVIE et JEAN-MARC

Source : La Voix du midi

Cette Toulousaine, qui a fait une tentative de suicide en mai 2012, est en grève de la faim et s’est installée devant le site de La Grave. Témoignage.

© Tania Mesthé

© Tania Mesthé

Par Anthony Assemat

Comme nous vous le révélions en exclusivité dès le vendredi 21 mars, Sylvie Bove Belmudes, 49 ans, brancardière au CHU de Toulouse, est en grève de la faim illimitée depuis une semaine et s’est installée sous une tente, avec son mari, devant le siège des hôpitaux toulousains de la Grave.

Déjà affaiblie par cette initiative, l’histoire de Sylvie commence en 2011 par un burn-out. Après un Congé de formation professionnelle (CFP) du 13 septembre 2011 au 26 avril 2012, l’aide-soignante décide de reprendre le travail, sans contre-indication, alors qu’elle « était encore en disponibilité« , précise la direction du CHU. Et le 14 mai 2012, à l’hôpital des enfants, le drame arrive. « On m’a harcelée pour partir, on me disait que je n’avais rien à faire là, de ne pas toucher aux patients… Je me suis alors isolée et j’ai avalé un tube entier d’Exomil. Puis c’était le trou noir ».

Accompagnée de son mari, Sylvie a dressé la tente devant le siège du CHU de Toulouse, à La Grave © Tania Mesthé

Depuis ce jour, Sylvie est en arrêt-maladie ordinaire. Et en mode bataille : celle de faire reconnaître sa tentative de suicide en accident du travail. Mais le 31 janvier 2013, la Commission départementale de Réforme, une instance collégiale extérieure au CHU, a débouté Sylvie, qui a saisi le Tribunal administratif où la procédure suit son cours. « Depuis janvier 2013 et le début de son arrêt maladie, un demi-salaire lui est versé alors qu’elle a droit à un plein traitement », dénonce Julien Terrié, syndicaliste CGT, qui pointe une contradiction. « La Commission médicale l’a jugée apte à reprendre le travail alors que la Médecine du travail a fait une proposition de retraite avec une pension d’invalidité en raison de son inaptitude ». 

« Le CHU estime n’avoir pas maltraité cette personne »

Du côté du CHU,on indique dans un communiqué que « la direction des ressources humaines et le médecin du travail référent ont récemment contacté cette aide-soignante afin de lui proposer une rencontre dans les meilleurs délais. D’une part pour trouver une solution réglementaire qui permettrait de lui donner satisfaction et d’autre part lui proposer un accompagnement. Jusqu’à ce jour, elle a refusé toute proposition de rencontre. Le CHU estime n’avoir pas maltraité cette personne en lui ayant accordé le congé de formation qu’elle souhaitait, puis en ayant donné suite à sa demande de disponibilité, ainsi qu’à sa demande de réintégration après son changement d’avis ».

À ce jour, Sylvie Bove Belmudes demande un médiateur sur son dossier et l’Inspection du Travail a été saisie.

La dépêche du midi – Publié le 30/09/2013 à 03:52, Mis à jour le 30/09/2013 à 10:17 | 26

interview

«Le harcèlement moral est un mode de management»

Médecin aux urgences de Purpan, aujourd’hui en libéral à Cugnaux, Elisabeth Dès publie un livre sur le harcèlement moral. Grâce à son expérience et au témoignage de veuves de cadres qui se sont suicidés.

Urgentiste durant seize ans à l’hôpital Purpan, aujourd’hui pneumologue-allergologue en libéral à Cugnaux, Elisabeth Dès vient d’être éditée aux éditions «Les points sur les i» pour son mémoire «Le harcèlement au travail, mémoire d’un combat». Un recueil dans lequel le médecin dénonce les violences subies par les salariés dans le secteur de la santé et plus largement dans tous les milieux professionnels.

Que raconterez-vous dans ce mémoire ?

J’y décris le harcèlement moral et la dérive mafieuse dont j’ai été victime et témoin entre 1996 et 2000 alors que j’exerçais au service des urgences de Purpan, en parallèle de mon activité libérale en cabinet. La première tentative de déstabilisation psychologique a eu lieu fin 1996, par une collègue, alors que ma mère vivait ses derniers instants et les choses se sont dégradées fin 1998 par de nouvelles attaques personnelles sur ma vie privée et ma soi-disant «dépression». En janvier 1999, alors que j’étais en convalescence chez moi, après une virose, j’ai reçu la visite du futur chef de service des urgences et de la surveillante qui m’ont conseillé de prendre un congé maladie de trois mois, de suivre une psychothérapie de soutien et m’ont demandé une partie de mes vacations. J’ai été finalement évincée du service des urgences en novembre 2000 après quatre années de pression.

Pourquoi ce mémoire, treize ans après avoir quitté le service des urgences ?

En 2002, j’ai voulu saisir la justice en déposant une plainte pour harcèlement moral mais la procédure n’a jamais démarré. Lorsque j’ai pris conscience que les violences psychologiques et les pressions exercées sur les soignants en milieu hospitalier pouvaient se solder par des suicides comme cela a été le cas pour le docteur Martine Marchand, anesthésiste toulousaine, j’ai décidé d’aller au-delà de mon combat personnel. Pour moi, les suicides sur harcèlement moral sont des assassinats. J’ai découvert que le harcèlement moral était un mode de management, couramment pratiqué dans le milieu médical. Avec la privatisation du secteur de la santé, les soignants subissent des pressions énormes et des conditions de travail parfois proches de la torture mais ils n’osent pas parler. C’est l’omerta. Pourtant même l’INVS (Institut nationale de veille sanitaire) le dit, le secteur de la santé et de l’action sociale présente le taux de mortalité par suicide le plus élevé !

C’est pourquoi vous semblez assez isolée dans votre combat ?

Je le suis moins cette année avec le soutien de la CGT et d’Attac Santé. Je me suis aussi rapprochée de plusieurs veuves de salariés qui se sont suicidés, des cadres de la Poste, de Thalès ou du Technocentre Renault. Avec ce mémoire, je voudrais aider à une prise de conscience sur les réalités du monde du travail actuel et prévenir les «burn-out» qui ont conduit à ces gestes extrêmes.

Propos recueillis par Johanna Decorse

http://www.ladepeche.fr/article/2013/09/30/1720269-le-harcelement-moral-est-un-mode-de-management.html

Le harcèlement au travail

Dans ce mémoire l’auteure témoigne de son profond attachement à son activité hospitalière dans la ville de son enfance et de sa prise de conscience progressive des violences pouvant être exercées sur les soignants hospitaliers mais aussi dans d’autres secteurs professionnels, principalement l’industrie automobile.

Ayant été involontairement témoin et victime d’une véritable dérive mafieuse lors de ses dernières activités au Service d’Urgences dont elle a été évincée en novembre 2000 elle décidé de diffuser l’information de son mieux en tentant de lancer une procédure juridique, en alertant l’Inspection du Travail, la presse locale, en intervenant brièvement dans des débats publics à compter de 2005 puis la procédure ne démarrant pas en rédigeant ce mémoire.

Elle était d’autant plus motivée pour cette lutte que dès octobre 2000 elle a été informée du suicide récent de quatre médecins hospitaliers consécutifs à des pressions au sein de l’hôpital dont un à Fréjus par balle de revolver face au bâtiment de l’administration.

Elle a progressivement découvert l’existence au centre Hospitalier de Toulouse d’un directeur  »fossoyeur  »ayant à son actif 600 licenciements. Au fil des années jusqu’en 2013 quelques livres, quelques films, le contact quotidien avec des patients issus de divers milieux professionnels lui ont permis d’appréhender les tristes réalités du monde du travail actuel. Afin d’extrapoler la situation toulousaine elle contacte Peugeot-Mulhouse, le Techno-centre, le Centre Hospitalier de Nantes et est informée sur un drame survenu au Centre Hospitalier de Montpellier dirigé par un ancien Commandant de police.

A défaut d’avoir pu déclencher puis médiatiser une procédure pénale elle souhaite que ce mémoire constitue une modeste trace des souffrances endurées par d’honnêtes travailleurs dont la santé est dangereusement mise en péril au sein de l’entreprise.

Elle dédie à son frère, fidèle compagnon de lutte de 1997 à 2010, trop tôt disparu cette année là. et à son père, héros de la première Guerre Mondiale décoré de la Légion d’Honneur.

Nous avons été choqués comme beaucoup d’agents du CHU de Toulouse de lire sur intranet l’intitulé de la conférence prévue à l’Hôtel Dieu le 28 mars prochain : « du lean manufacturing au lean hospital, comment déployer les pratiques industrielles à l’hôpital pour le bien-être de tous » (sic !). Depuis longtemps nous condamnons les pratiques de dégraissage de l’hôpital qui nous ont mené à une situation d’intensification dangereuse du travail hospitalier. Au moins là, les masques tombent : Les pratiques de « Lean » inventées par Toyota sont le summum de l’intensification avec en prime la recherche de servitude volontaire par une soit disant « autonomie » accompagnée d’un discours affirmé sans scrupule « d’améliorer les conditions de travail ». Une forme de piège se ferme sur les agents qui se laissent convaincre : ils ont une autonomie mais dans un cadre tellement contraint qu’ils rognent eux même sur la sécurité, leurs repos, la qualité et le prendre soin dans le cas de l’hôpital pour tenir les cadences. Pour beaucoup d’universitaires, comme par exemple Vincent de Gaulejac sociologue clinique, ce principe de gestion est à l’origine de pathologies psychiques et physique au travail.

Pour mieux comprendre ce qu’est le lean voici un article de Julien Gorrand de la CGT 76 :

Le « lean manufacturing » ou l’exploitation maximale

Depuis une vingtaine d’années, une forme d’organisation du travail se développe, dans la grande industrie, mais aussi dans les PME et PMI de sous-traitants industriels : le lean manufacturing. Le mot anglais lean signifie, littéralement, « dégraissé ». Sous la pression des grands groupes, ou dans le cadre des politiques internes d’organisation du travail des multinationales vers l’ensemble de leurs entités, le lean supplante peu à peu le modèle taylorien. Environ 28% des salariés subissent cette mutation de l’organisation du travail. Continue reading « CHU de Toulouse : La direction plébiscite le Lean manufacturing »

Hors de l’entreprise, les acteurs de soin sont souvent des témoins au quotidien de la dégradation de la santé du salarié. Généralistes, cardiologues, psychiatres, psychologues cliniciens, pharmaciens ou infirmières de ville, vous vous sentez souvent démunis devant ces pathologies sociales.

A qui adresser ces patients ? Que faire pour les aider ? Quoi leur conseiller ? Vers qui les orienter ?

Nous proposons ici une démarche générale aux médecins généralistes, car ce sont des interlocuteurs privilégiés, mais tous les acteurs de soin peuvent la lire avec profit pour pouvoir jouer un rôle de repérage ou d’alerte.

Vous êtes médecin généraliste et vous vous trouvez dans l’une des situations suivantes :

Un patient consulte pour la troisième fois pour un symptôme banal (troubles du sommeil, douleurs gastriques, asthénie durable…) alors que son bilan organique est négatif ;

Un patient vient consulter pour son enfant : vous le trouvez fatigué, ou amaigri, ou ayant pris du poids. Il peut vous dire que “ le travail, c’est difficile en ce moment ” ;

Un patient vient vous consulter car il ne peut plus supporter “ l’ambiance ” au travail;

Dans chacun de ces cas, que le travail ait été évoqué ou non au cours de l’entretien clinique, vous devez vous interroger : ce patient est-il victime de souffrance au travail ?

Cette souffrance au travail, même si votre patient ne s’en plaint pas directement, peut produire des symptômes que vous devez rechercher et qui doivent vous alerter.

 

Les signaux d’alerte

Parmi les premiers signaux d’alerte, on trouve des signes non-spécifiques comme l’insomnie, les douleurs rachidiennes, la prise régulière d’alcool, de cannabis ou de psychotropes.

Apparaissent ensuite d’autres effets sur la santé, également non-spécifiques, que l’on peut répartir en quatre familles :

– Physiques : asthénie, douleurs abdominales, musculaires, articulaires, troubles du sommeil, de l’appétit, etc.

– Emotionnels : irritabilité accrue, angoisse, anxiété, excitation, tristesse, sensation de mal-être mal définie, etc.

– Intellectuels : troubles de la concentration, de la mémoire, difficultés à prendre des initiatives ou des décisions, etc.

– Comportementaux : modification des conduites alimentaires, comportements violents et agressifs, repli sur soi, difficulté à coopérer, etc.

Si la situation pathogène perdure, on peut voir émerger, suivant l’état et les antécédents du patient, des pathologies telles que des troubles musculo-squelettiques (TMS) , un “ burn-out ”, un syndrome anxio-dépressif, des maladies cardio-vasculaires. Le stade ultime peut être un accident vasculaire cérébral, un infarctus du myocarde ou encore un suicide.

 

Voir aussi l’entretien avec Rachel Saada sur le suicide au travail.

L’impossibilité de répondre à son supérieur (risque de faute disciplinaire entraînant le licenciement) ou de quitter la situation toxique (la démission entraîne la perte’ des droits sociaux) constitue une situation d’impasse convoquant à plus ou moins court terme un tableau d’effraction psychique appelé, suivant les écoles, névrose traumatique ou syndrome de stress post-traumatique .

 

La conduite à tenir

Vous vous posez maintenant la question : y a-t-il un lien avec le travail ?
Vous devez adopter une démarche diagnostique consistant à interroger les conditions de travail de votre patient.. De quelle façon vit-il son travail ? Y a-t-il des éléments objectifs dans sa vie professionnelle qui pourraient être en lien avec les symptômes : arrivée d’un nouveau manager ? Modification de l’organisation dans l’entreprise ? Surcharge de travail ? Etc.

La souffrance au travail est une pathologie de la solitude. Il est impératif de croire ce que dit votre patient car il a lui-même bien du mal à comprendre ce qui lui arrive. Il peut parler de son travail sans faire de lien clair avec les maux dont il souffre.

Dès le moment où vous soupçonnez la possibilité d’un lien entre l’état de santé de votre patient et sa vie professionnelle, vous devez vous mettre en contact avec son médecin du travail, sous réserve de l’accord de votre patient.

Vous devez avoir conscience que ces patients sont souvent très investis dans leur travail. Ils auront donc du mal à accepter un arrêt de travail. Pourtant, celui-ci est essentiel pour permettre au patient de prendre de la distance avec ce qui le fait souffrir. Face au risque de stress post-traumatique l’urgence absolue est de faire cesser, faire sortir de la situation toxique. Cet arrêt de travail ne doit donc pas être un temps mort et il doit être présenté au patient comme une période de recul, lui permettant de se soigner, de comprendre et d’élaborer des solutions.

Ces solutions pourront être élaborées dans le cadre d’une coopération entre les différents acteurs (médecin du travail, généraliste, psychiatre, psychologue, coopération essentielle pour une prise en charge optimale de votre patient. Ces situations cliniques chronophages et complexes nécessitent souvent des regards croisés. Adresser le patient aux services de pathologies professionnelles ou aux consultations spécialisées de souffrance au travail peut être nécessaire pour le suivi médico-administratif.

Si votre patient vous demande un certificat médical, vous devez être conscient que le certificat établi risque d’être utilisé en justice et savoir que l’avocat de l’employeur en sera destinataire. Par conséquent, il est important de ne jamais citer de noms de tiers et de ne jamais évoquer la notion de harcèlement moral. Cette dernière est désormais en France une notion juridique qui ne doit pas être utilisée dans le contexte médical.

Le certificat doit être rédigé comme un certificat de “ coups et blessures ” mentionnant qu’il est “ remis en main propre à l’intéressé pour faire valoir ce que de droit ”.

 

Voir nos modèles de certificats médicaux.

Toutefois, la loi Kouchner qui permet désormais à votre patient de récupérer l’ensemble de ses dossiers médicaux, dont celui que vous possédez, peut vous dispenser d’établir ce certificat.

En ces temps de morosité, au travail ou ailleurs, Eric HAMRAOUI, philosophe, Maitre de conférences à la Chaire Psychanalyse Santé et travail dirigée par Christophe DEJOURS au CNAM, nous livre une magnifique conférence intitulée « Quelle place pour la vie ? »

Il revient sur les nouvelles organisations du travail, comme l’avait fait Danielle LINHART, et nous livre sa fulgurante hypothèse sur l’étiopathogénie des suicides au travail.

… De gré ou de force.

Voir ce film absolument, décrivant des pratiques à certains égards, proches de ce que l’on peut vivre à l’hôpital…

Désireux de fermer l’une de ses filiales sans payer d’indemnités de licenciement, un grand groupe fait appel à un « mercenaire » des ressources humaines, chargé de pousser à bout les employés… jusqu’à ce que démission s’en suive. Une comédie grinçante rythmée comme un thriller. Téléfilm de Fabrice Cazeneuve (France, 1998-1h26mn) Scénario : Laurent Chouchan, Sarah Levy Avec : Julien Boisselier (Vincent), Philippe Duclos (Jalabier), Laurent Arnal (Philippe Gentais), Marie Desgranges (Nora), Philippe Faure (Max), Joseph Falcucci (Joseph), Isabelle Habiague (Corinne), Christian Pereira (Charles) Photographie : Pierre Novion Montage : Jean-Pierre Bloc Musique originale : Michel Portal Coproduction : Anabase – Expand Images, ARTE France, France 2 ARTE FRANCE Diffusion en 16/9. Rediffusions sur les bouquets numériques CanalSatellite, TPS ou via un récepteur numérique classique sans abonnement le 24.02. et le 04.03. Medic-Hall, filiale de la GFI (Générale financière d’investissement) spécialisée dans la vente de matériel médical, regroupe une dizaine d’employés. Dans le cadre de la restructuration du groupe, la GFI décide de se débarrasser du personnel de Medic-Hall en utilisant une méthode qui permettra d’éviter toute indemnité de licenciement. Traque systématique de la moindre faute professionnelle, humiliations, tâches ingrates, tous les moyens sont bons pour pousser à bout les employés transformés en victimes. Ce jeu de massacre est orchestré par Sébastien Jalabier, redoutable spécialiste du « dégraissage »… Liquidation totale « Ce qui m’a séduit dans le scénario, c’est l’humour et la violence du propos, les situations décalées par rapport au réel, comme dans un cauchemar. Les scènes se succèdent, à la fois réalistes et décalées. De plus, l’histoire ne s’appuie pas sur un ou deux personnages principaux mais sur une pléiade de petits personnages qui sont traités avec attention et donnent naissance à une véritable galerie de portraits. Je voulais des acteurs peu connus afin de permettre au public de s’identifier plus facilement aux différents personnages. Beaucoup sont des acteurs de théâtre, d’horizons divers. Ainsi, le travail s’apparentait plutôt à celui d’une troupe, ce qui était très agréable et s’est avéré très bénéfique pour le film. L’option choisie était de ne pas faire un documentaire social mais plutôt une fable contemporaine, afin de mieux faire passer le côté manichéen de l’histoire. L’atmosphère de huis clos et la tension extrême au sein de l’entreprise se sont imposées au fur et à mesure de la mise en scène. Curieusement, je ne me suis rendu compte de l’aspect militant du film que bien après la fin du tournage. À la sortie d’une projection, j’ai entendu beaucoup de producteurs qui étaient ravis du film et qui se disaient rassurés qu’il y ait encore des films comme celui-là. Ce qui était très drôle, par ailleurs, dans les différentes projections, c’est que, malgré la gravité du sujet, les gens sortaient de la salle littéralement galvanisés. » (Fabrice Cazeneuve)