La fièvre monte au CHU


Cadences, sous-effectifs : la fièvre monte au CHU

Un débrayage entre 13 heures et 15 heures pour sensibiliser les usagers de l'hôpital/. Photo DDM, archives
Un débrayage entre 13 heures et 15 heures pour sensibiliser les usagers de l’hôpital/. Photo DDM, archives

A l’appel de la CGT le personnel de l’hôpital a déposé un préavis de grève de deux heures aujourd’hui. La protestation prendra la forme de pique-niques organisés dans les principaux sites du CHU

Surcharge de travail, manque d’effectifs, mauvaise ambiance, stress, pression, absentéisme… Les motifs de mécontentement et d’inquiétude sont nombreux selon les syndicats qui organisent aujourd’hui des « pique-niques de la colère » sur plusieurs sites du CHU : Rangueil, Larrey, Purpan, Hôtel Dieu, ainsi qu’à Cugnaux et au Chapitre, deux sites logistiques. L’ensemble des personnels – administratifs, soignants, techniciens – est invité par la CGT à observer un moment de débrayage entre 13 heures et 15 heures. Les grévistes s’installeront avec leur casse-croûte, à la vue des usagers. « Nous voulons sensibiliser les familles et les patients, explique Julien Terrié, représentant CGT des personnels du CHU de Toulouse. « Le principal problème auquel on est confronté au quotidien est le sous-effectif. L’activité globale augmente et l’hôpital ne met pas suffisamment de personnel dans les services. La charge de travail augmente sans cesse. Le sous-effectif entraine l’épuisement du personnel et des méthodes de management agressives». Manipulateur en radiologie à l’hôpital des enfants, Julien Terrié avait déjà organisé plusieurs opérations « pique-niques de la colère » qui ont abouti à la création de dix postes supplémentaires. Mais la situation reste très tendue, notamment dans les services pédiatriques où les infirmières se plaignent de ne plus pouvoir passer un peu de temps auprès des patients. Avec des « services pleins à plus de 90 % » selon le directeur, Jean-Jacques Romatet, une « surchauffe » d’activité aux urgences due aux maladies saisonnières, un «pic» de congés maladie ou maternité, la situation est particulièrement tendue. Autre motif de mécontentement, les nombreux chantiers en cours à l’hôpital, toujours décidés, selon les syndicats, sans consultation des représentants du personnel.


« On n’a plus le temps d’assister les malades »

À 26 ans, Émilie est infirmière en hématologie à l’hôpital des enfants où les problèmes d’effectifs se font particulièrement sentir. « En semaine on est censé être 6 à se relayer sur 24 heures. Actuellement on est souvent 5, parfois 4, car le « pool » de suppléants, 4 ou 5 infirmiers qui tournent sur l’hôpital, n’est pas suffisant. On est souvent rappelés sur nos jours de repos, la veille au soir, parfois le matin même. J’ai la chance d’être jeune et je n’ai pas d’enfants, mais je ne sais pas comment font les mères de famille. Le rythme est épuisant, on court tout le temps. Je travaille auprès d’enfants qui ont des pathologies lourdes, difficiles à vivre pour eux et leurs parents. Malheureusement on de moins en moins de temps à consacrer au relationnel. On assure les soins mais on ne peut pas rester auprès des jeunes malades pour partager ces moments difficiles avec la famille. En entrant dans ce métier je n’imaginais pas qu’il y ait autant de problèmes d’effectifs ».


Le chiffre : 3 000

infirmier(e) s > au CHU. Les services sont pleins avec des rythmes de travail importants malgré 419 embauches en 2010.


Jean-Jacques Romatet, directeur des CHU de Toulouse

Le personnel se plaint des cadences et du manque d’effectif, qu’en pensez-vous ?

Nous connaissons depuis deux ou trois ans une augmentation d’activité régulière, forte, qui se traduit tout particulièrement en ce moment par une surchauffe aiguë, et se ressent notamment à l’hôpital des enfants, aux urgences, dans certains services comme la pneumologie.

Comment expliquez-vous ce pic d’activité ?

Nous avons engagé plusieurs restructurations de services (restauration, approvisionnement, stérilisation…) qui sont déstabilisantes mais dont je continue à penser qu’elles sont bonnes pour le maintien de ces activités dans le giron du service public et pour l’emploi. Par ailleurs, même si les effectifs ont augmenté globalement d’environ 2 % cette année, il y a beaucoup d’absents et de congés maternité en ce moment, ce qui conduit à une situation tendue, alors que tous les services sont pleins à plus de 90 %.

Le personnel infirmier se plaint d’être en sous-effectif

Pourtant on a embauché 150 infirmières de plus qu’en 2009, soit 419 en tout, ce qui représente plus de 5 % de l’effectif. Dans le budget 2 011 il est prévu d’augmenter encore les effectifs de remplacement d’une trentaine de postes.

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