Une des propositions des organisations patronales suscite particulièrement l’hostilité des syndicats : la mise en place d’une décote temporaire et dégressive pour tout départ à la retraite avant 65 ans.

Par Frédéric Cazenave

Avant même le début d’une nouvelle réunion de négociations au sujet de l’avenir financier des régimes de retraite complémentaire (Agirc-Arrco), patronat et syndicats ont évoqué un nouveau rendez-vous « en septembre ». Les positions des partenaires sociaux restent très éloignées.

Une des propositions des organisations patronales suscite particulièrement l’hostilité des syndicats : la mise en place d’une décote temporaire et dégressive pour tout départ à la retraite avant 65 ans. Selon cette proposition, à partir de 2019, un salarié arrêtant de travailler à 62 ans se verrait appliquer une décote de 30 % la première année, de 20 % la suivante, et de 10 % à 64 ans, avant de bénéficier d’une retraite à taux plein sur ses complémentaires à 65 ans.

Pour bien comprendre l’impact de cette mesure sur les pensions des retraités, nous avons demandé au cabinet Opitmaretraite de réaliser cette simulation pour un salarié cadre ayant travaillé tout au long de sa carrière.

Exemple : cadre gagnant 54 000 euros de salaire brut par an (salaire moyen des cadres selon l’Association pour l’emploi des cadres)
Règles actuelles : A 62 ans, il perçoit 29 290 euros de pension par an (2 440 euros par mois).
Règles voulues par le Medef : A 62 ans, il toucherait 25 567 euros de pension par an (2 130 euros par mois) ; puis 26 808 euros à 63 ans ; puis 28 049 euros à 64 ans, avant de retrouver le taux plein à 65 ans.

Au total, ce retraité perdrait donc 7 447 euros entre 62 et 65 ans par rapport à la situation actuelle.

La perte de revenu est telle que cette mesure serait de nature à obliger les Français à partir après 62 ans. La négociation autour de l’Agirc-Arrco servirait alors à repousser de facto l’âge de départ à la retraite.

Pétition lancée par la CGT du CHU de Toulouse www.cgtchutoulouse.fr

 

 

Vous êtes soignants (IDE, AS, AP, IBODE, IADE, PUER, ASH…) affectés sur un poste ou vous n’êtes plus en contact direct avec les patients. Pour vous, la pénibilité est remise en cause : âge de départ retardé et perte de la bonification (Majoration de la Durée d’Assurance = 1 an tous les 10 ans travaillés).

La CNRACL (notre caisse de retraite, qui est excédentaire !), en voulant faire une mesure d’austérité sur notre dos, bafoue le statut de la fonction publique Hospitalière en niant nos droits qui sont liés à notre Grade et non à notre Poste de travail.

La plupart d’entre vous ont été affectés sur ces postes suite à des maladies professionnelles ou des restrictions liées à vos conditions de travail, ou par rapport à votre expertise professionnelle (ex : stérilisation, …). La Direction, qui ne vous a pas informé au moment de ces choix (droit d’option, affectation stérilisation, hygiène, TIM etc….) a eu une attitude déloyale.

C’est pourquoi nous lui demandons de revenir sur sa position et de porter nos exigences au niveau de la CNRACL. C’est une globale au statut : TOUT LE MONDE EST CONCERNE !!!

 

SIGNEZ TOUS LA PETITION :

Nous, Personnels hospitaliers soignants affectés sur un poste qui n’est plus en contact direct avec les patients, et concernés par la remise en cause de nos droits à la retraite et la reconnaissance de la pénibilité, exigeons :

– La garantie de nos droits tels que définis dans le statut de la Fonction Publique Hospitalière, c’est-à-dire : le maintien dans la catégorie active et le maintien de la majoration de la durée d’assurances (1 an tous les 10 ans) qui sont liés à notre grade et non à notre poste de travail.

 

Comme nouvelle étape du processus engagé, la CGT s’engage dans la construction d’une semaine d’action du 7 au 11 octobre 2013 à l’occasion de l’ouverture du débat parlementaire sur le projet de loi Retraite, avec la perspective d’une journée nationale unitaire et interprofessionnelle de grève et de manifestations. Elle mettra tout en œuvre au niveau national, professionnel et territorial pour que cette mobilisation soit la plus large possible.

Dans ce sens, nous proposerons rapidement à l’ensemble des autres organisations syndicales et de jeunesse, une rencontre afin de finaliser ce prochain rendez-vous d’action.

Ces prochains jours, elle invite les syndicats et les salariés à interpeller leurs députés sur le contenu de la réforme et les attentes sociales exprimées le 10 septembre et majoritairement soutenues dans les sondages. La CGT insiste également, pour que la question des retraites ne soit pas traitée uniquement par le biais des déficits publics. D’ailleurs, ces derniers sont essentiellement dus à la financiarisation à outrance. Pour le capital, la crise est finie. L’envolée du CAC 40 en est la démonstration puisqu’il retrouve son niveau record de 2007. Et on voudrait nous faire croire qu’il n’y a pas d’argent.

La CGT invite tous les syndicats à être à l’offensive avec les salariés en partant de leurs revendications.

D’ores et déjà, plusieurs initiatives d’actions sont prévues comme dans la Santé, les Cheminots et dans certains groupes de Métallurgie, de la Chimie, etc…

Plus que jamais, l’action à l’offensive est à l’ordre du jour.

 

Montreuil, le 18 septembre 2013

Les professionnels de santé ont-ils des métiers pénibles ?

Paris, le jeudi 29 août 2013 – Dans le cadre de la réforme des retraites, le gouvernement a annoncé la mise en place, à partir du 1er janvier 2015, d’un compte pénibilité. Il permettra à ses bénéficiaires de comptabiliser des points qui donneront droit à une formation ou à une diminution du nombre de trimestres de cotisations nécessaires pour atteindre une retraite à taux plein. Les professionnels de santé, qui sont plus d’un million dans notre pays ne feront pas l’économie d’un débat sur le sujet.

Rappelons que la législation française définit déjà ce concept complexe, ainsi l’Article L4121-3-1 du code du travail dispose que les avantages liés à la pénibilité seront reconnus « pour chaque travailleur exposé à un ou plusieurs facteurs de risques (…), liés à des contraintes physiques marquées, à un environnement physique agressif ou à certains rythmes de travail susceptibles de laisser des traces durables identifiables et irréversibles sur sa santé ».

Sont donc distinguées actuellement par la loi : les contraintes physiques, environnementales, d’horaires et psychiques.

Chacun de ces types de contraintes pénibles a été précisés dans 7 décrets d’application.
Professions de santé : toutes pénibles ?

A l’aune de ces quatre critères de pénibilité, quasiment toutes les professions de santé énumérées par le code de la santé publique pourraient bénéficier de l’ouverture d’un compte pénibilité. En effet presque toutes peuvent se prévaloir de rythmes de travail intenses et décalés.

Certains pourraient aussi arguer de la pénibilité psychique de leurs métiers, dont on pourrait dire qu’elle se manifeste par un taux de suicide supérieur à celui du reste de la population.

Pour les syndicats, la reconnaissance de la pénibilité de la pratique de la médecine est même impérative, comme par exemple pour la CSMF qui rappelle « les gardes de nuit itératives (…), le travail debout pour certaines spécialités médicales, dont celles de bloc opératoire, le stress, et malheureusement parfois, les conditions d’insécurité avec des menaces sur leur intégrité physique ».

Il est néanmoins douteux que la pratique libérale de la médecine ou encore de la pharmacie puissent être reconnue comme un métier pénible, la loi prévoyant que c’est à « l’employeur (de signaler NDLR), les conditions de pénibilité auxquelles le travailleur est exposé ». Les professions libérales, quelles qu’elles soient semblent donc exclues du champ d’application de la futur loi. Ce que déplore notamment Michel Chassang, président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) depuis 2002 et de l’Union nationale des professions libérales (UNAPL) depuis 2013 « Il y a manifestement deux poids, deux mesures, notre mise à l’écart est d’autant moins compréhensible que nous avions obtenu en juillet l’assurance que nous serions écoutés sur cette réforme majeure ».

Mais, si en première analyse, l’ouverture d’un compte pénibilité pourrait presque être généralisé à l’ensemble des professionnels de santé, dans les faits ce sont les infirmiers qui seront probablement les premiers (et les seuls ?) concernés par un tel dispositif.
Infirmiers : premiers concernés

Si comme l’affirme Marisol Touraine « un salarié sur cinq répond au critère de pénibilité » les infirmiers font partie de ceux-là. Ils connaissent en effet l’ensemble des facteurs de risques de pénibilité.

Ainsi les infirmiers et les aides soignants peuvent se prévaloir de contraintes physiques (lorsqu’ils soulèvent des patients par exemple), d’horaires, psychiques (mise en exergue ces derniers temps par les polémiques au sujet de la violence dans les hôpitaux), et même environnementales parfois, que l’on pense par exemple aux infirmiers qui s’occupent d’administrer certaines chimiothérapies ou ceux qui sont affectés dans des services où ils sont exposés aux radiations ionisantes.

S’exprimant au nom du syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI), Thierry Amouroux, après avoir rappelé qu’ « une infirmière a en moyenne 7 ans d’espérance de vie en moins par rapport à la moyenne des femmes françaises » s’est réjouit « si le gouvernement va au-delà des discours, c’est enfin une bonne nouvelle pour les professionnels de santé ».

Sylvie Brunol de la Fédération Santé-Action sociale de la CGT met quand à elle l’accent sur le fait « qu’une aide-soignante sur trois et une infirmière sur cinq sont obligées de partir à 55 ans avec une retraite incomplète et un taux d’invalidité reconnu » avant de réclamer un départ à 55 ans pour les infirmières, dépassant ainsi (largement !) les propositions du gouvernement.

L’espoir aura été néanmoins de courte durée pour les infirmières de la fonction publique, car il semblerait qu’elles seront exclues du dispositif dévoilé par le Premier ministre.

L’âge de départ à la retraite pour les infirmières du secteur public est actuellement de 57 ans pour les infirmières qui ont fait le choix de rester en catégorie B (catégorie active) et de 60 ans pour celles qui sont passées en catégorie A (catégorie sédentaire), contre 62 ans dans le secteur privé.

Pour Nathalie Depoire, présidente de la Coordination nationale infirmière (CNI), l’exclusion éventuelle des infirmières du secteur public du dispositif est une « aberration ». « Le gouvernement invoque le système compensatoire de pénibilité qui existe déjà pour les catégories actives. Mais c’est un corps en voie d’extinction ! ». En effet, les nouvelles infirmières diplômées intègrent automatiquement la catégorie A. « Elles partiront à la retraite à 62 ans, sans reconnaissance de pénibilité », lâche-t-elle.

Les infirmiers pourraient être le thermomètre de cette reforme car si on ne reconnaît pas la pénibilité de leur travail, pour qui la reconnaitra-t-on ?

tract 10 sept 2 Le Premier ministre vient d’annoncer les grandes lignes de la future réforme des retraites.
Cette réforme se situe dans la continuité des précédentes en privilégiant la poursuite jusqu’en 2020 de l’allongement de la durée de cotisation prévue par la loi Fillon, et en prolongeant ces dispositions après 2020. Il serait ainsi demandé 43 ans de cotisations aux jeunes nés à partir de 1973 alors même qu’on sait qu’ils rentrent de plus en plus tard dans le monde du travail. Ils atteindront ainsi l’âge du taux plein bien après 65 ans. Pour la CGT, ces dispositions sont orientées contre la jeunesse.
Enfermé dans le dogme dans la baisse du « coût du travail », le Premier ministre annonce une prochaine réforme de la branche famille de la Sécurité sociale destinée à transférer son financement sur les ménages.
Certaines dispositions qui pourraient apparaître favorables aux salariés, notamment au sujet de la pénibilité, des femmes et des jeunes, n’auraient qu’une portée très limitée sur les salariés concernés. Exemple : une carrière complète de travail pénible conduirait à un départ à 60 ans, sous certaines conditions restrictives.
Le secteur de la santé
Pour le secteur de la santé et de l’action sociale, 100 000 emplois sont à créer d’urgence afin de pouvoir remplir pleinement nos missions et améliorer nos conditions de travail. Le service public doit être créateur d’emplois et de richesses collectives, au service du bien collectif.

La pénibilité n’est toujours pas reconnue dans le secteur privé et elle est remise en cause dans le public. Pour preuve, le sort fait en 2010 à une profession très féminisée, les infirmières hospitalières, dans le cadre d’un odieux marchandage : un petit peu plus de salaire contre la suppression du droit à départ anticipé !!! Pourtant, c’est une question de justice sociale de maintenir la reconnaissance de la pénibilité aux IDE, comme aux professions qui assurent des horaires postés, de nuit, portent des charges lourdes (patient-es)…

6 bonnes raisons de manifester le 10 :
1. Parce que c’est une nouvelle mesure d’austérité.
2. Parce que nous entrerions dans le TOP 5 des pires systèmes d’Europe au niveau des années de cotisation. (Voir verso)
3. Parce que c’est une nouvelle annonce de baisse des salaires et des pensions et de hausse du temps de travail. Donc globalement du pouvoir d’achat.
4. Parce que les marchés financiers ne sont pas touchés, pire cette réforme veut nous pousser à souscrire à des produits financiers pour compléter nos retraites.
5. Parce que nous avons contribué à la défaite de Sarkozy pour le retrait de sa réforme des retraites !!! Pas pour se voir servir la même copie par Hollande. Le PS était avec nous dans les cortèges en 2010, amnésie ???
6. Parce que l’espérance de vie en bonne santé est tombée à 62,5 ans en 2012 et que
+ 1 % d’augmentation des salaires = 2,5 milliards pour la Sécurité Sociale (dont la moitié pour les retraites)

La CGT met en débat des propositions réalistes et solides pour améliorer la retraite de toutes les générations et en assurer un financement durable :

Plus d’emplois, de bons salaires en reconnaissance de notre travail qualifié : c’est plus de cotisations pour les retraites,
La déconnexion du salaire de l’emploi, pour un salaire réellement continué au chômage, en maladie, en retraite et pour une émancipation réelle du «marché du travail»
Égalité salariale : c’est aussi plus de cotisations. Un salaire qui reconnaît les qualifications des métiers à prédominance féminine, c’est la garantie d’une meilleure retraite pour les femmes et qui ramène les pensions au même niveau que celles des hommes,
Partage des richesses : arrêts des exonérations de cotisations sociales et fiscales,
Départ à la retraite à partir de 60 ans et retour à 55 ans pour les métiers de santé.
Pension égale à 75 % du dernier salaire, pas de pension inférieure au SMIC,
Validation des années d’étude et de précarité,
Départ anticipé pour les travaux pénibles : horaires postés, travail de nuit, port de charges lourdes (comme les patient-e-s), utilisation de produits dangereux, températures élevées (buanderie-lingeries…).

L’EGALITE ça paye !
Augmenter le salaire et le taux d’activité des femmes, réduire les inégalités professionnelles femmes/hommes, c’est aussi augmenter les ressources du système de retraite. Une simulation de la CNAV démontre que cela générerait 5.5 millards de recettes positives d’ici à l’horizon 2050 !

les-systemes-de-retraites-04-06-10AVEC LA REFORME AYRAULT, NOUS ENTRERIONS DANS LE TOP 5 DES PIRES SYSTEMES D’EUROPE !!!

A l’échelle européenne, avec 43 années de cotisation, la France deviendrait le 5ème pire système de retraite d’Europe pour les hommes et le 4ème  pire système pour les femmes.
Ce document publié par la fondation Schuman pour comparer les systèmes de retraites européens est en soi une preuve que les années de cotisations n’ont qu’un seul but : faire baisser les pensions. Certains systèmes peuvent fonctionner avec 10, 20 ou même moins d’années de cotisations. Et c’est tout à fait normal car dans les systèmes par répartition les actifs cotisent chaque mois et les cotisations sont immédiatement transférées en pension, donc pas besoin de cumuler pendant des années.

A noter aussi le très faible taux d’emploi des plus de 55 ans en France qui rend inopérant la réforme !

Une nouvelle preuve que la réforme Ayrault est une mesure d’austérité inacceptable alors que le PIB français n’a jamais été aussi haut de l’histoire !!! 2000 milliards d’euros c’est à dire le PIB cumulé des 126 pays les plus pauvres de la planète. Nous avons les moyens de payer les retraites, même de les augmenter, ainsi que les salaires. Alors imposons donc tous ensemble de vrais choix économiques pour sortir de la crise.

28 août 2013 | Par Laurent Mauduit – Mediapart.fr

« Le capitalisme noie toute chose dans les eaux glacées du calcul égoïste. » À examiner de près la réforme des retraites que le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a dévoilé mardi soir, on en vient presque à éprouver l’envie d’interpeller le gouvernement socialiste en usant de la formule célèbre de Karl Marx. Car s’il faut dire les choses brutalement et user d’une phraséologie qui est depuis longtemps passée de mode, c’est une réforme de classe qui a été dévoilée. Une réforme qui fait, encore une fois, la part belle au capital et qui fait bien peu de cas du travail.

On peut, certes, se consoler en pensant que la réforme aurait pu être plus violente. Que l’allongement de la durée d’activité de 41,5 ans actuellement à 43 ans aurait pu intervenir non pas de 2020 à 2035, mais beaucoup plus tôt ; que le gouvernement aurait pu dans la foulée remettre en cause le principe même de la retraite à 60 ans ; qu’il aurait pu aussi envisager d’engager à la hache une réforme des régimes spéciaux de retraite ; ou encore qu’il aurait pu aussi appliquer aux régimes de retraites de base la violente désindexation que les partenaires sociaux ont décidé de mettre en œuvre pour les régimes complémentaires…

Dans la logique libérale qui est la sienne, le gouvernement aurait pu, en somme, être plus brutal. Et c’est ce dont lui font grief, en chœur, depuis que la réforme est connue, les milieux patronaux et la grande majorité des éditorialistes de la presse bien pensante : comme souvent, François Hollande a la main qui tremble ; il va dans le bon sens, mais il pourrait manifester plus d’entrain…

Dans ces applaudissements, assortis d’invitations à réformer plus vite et plus fort, transparaissent pourtant ce qui est le constat central à laquelle invite cette réforme : envers et contre tout, elle tourne radicalement le dos aux aspirations des milieux populaires qui ont assuré la victoire de François Hollande. Pour tout dire, c’est une réforme pro-patronale ou si l’on préfère une réforme antisociale, qui va accentuer les inégalités, au lieu de les réduire. On en trouvera confirmation en se reportant à l’article de Mediapart qui présente le détail de la réforme : Retraite : ce sera cotiser plus et plus longtemps.

En somme, le seul grand mérite de cette réforme, c’est qu’elle aurait pu être… bien pire ! Et pour sévère qu’il soit, ce constat est facile à étayer. Il suffit de chercher les réponses aux principales questions que pose cette réforme :

1. Qui va payer ?

La réponse est stupéfiante dans sa simplicité : ce sont les salariés qui supporteront la quasi totalité du poids de la réforme. Pas l’essentiel du poids, non… effectivement, sa quasi totalité ! Et les entreprises, elles, seront quasiment exonérées, en bout de course, de toute contribution.

On peut le vérifier en se reportant au dossier de presse que les services du premier ministre ont diffusé, mardi soir, lors de l’annonce de la réforme (on peut le télécharger ici) ou en consultant le tableau ci-dessous qui en est extrait :

Concrètement, sur les 16 milliards d’euros qui doivent être financés d’ici à 2040, les salariés vont d’abord prendre à leur charge 5,6 milliards d’euros via l’allongement de 41,5 ans actuellement à 43 ans de la durée d’activité, qui va commencer en 2020 et qui s’échelonnera jusqu’en 2035. Beaucoup d’observateurs ont relevé l’habileté d’un dispositif qui n’entrera pas en vigueur tout de suite, et qui pourrait donc ne pas susciter une fronde sociale immédiate. Les mêmes observateurs oublient souvent de relever ce qu’était le dernier vote émis par un congrès socialiste sur cette question de la durée d’activité. C’était en 2003, à l’époque de la réforme Fillon : à l’époque, les militants socialistes avaient estimé que la justice sociale exigeait que la durée d’activité n’aille pas au-delà de 40 ans d’activité.

François Hollande a donc décidé de violer cet engagement. Plus grave que cela ! La supposée habileté du dispositif à retardement est en réalité une injustice puisque la mesure revient à faire payer la réforme par les salariés… les plus jeunes. C’est en effet la génération née en 1973 et après qui, à partir de 2035, passera aux 43 ans d’activité exigibles pour une retraite à taux plein.

Quant aux hausses de cotisations sociales, elles sont optiquement équilibrées, puisque les salariés vont apporter 3,2 milliards d’euros sous la forme d’une hausse de 0,3 point des cotisations retraite, échelonnées de 2014 à 2017 ; et les entreprises vont aussi apporter 3,2 milliards sous la forme d’une hausse de leurs propres cotisations retraites. Mais on sait que cet équilibre n’est qu’apparent, puisque Jean-Marc Ayrault a, dans la foulée, promis aux entreprises de prolonger le « choc de compétitivité » engagé l’an passé.

Après les 20 milliards d’euros de crédit d’impôt offerts aux entreprises l’an passé, sans la moindre contrepartie, ces mêmes entreprises vont donc profiter d’une nouvelle mesure d’allègement de charges sociales, visant à compenser les 3,2 milliards d’euros découlant de leurs hausses de cotisation retraite. De telle sorte que la réforme des retraites, mise à part quelques mesures annexes, comme sur la pénibilité, soit pour elles quasiment indolore et que le coût du travail reste inchangé.

Or qui va donc, en bout de course, payer cette somme de 3,2 milliards d’euros, qui seront prélevées dans un premier temps sur les entreprises sous la forme d’une hausse de leurs cotisations retraite, et qui leur sera tout aussitôt restituée sous la forme d’un autre allègement de charges sociales ? Pour l’heure, le gouvernement n’a pas encore dit précisément les modalités de cette réforme complémentaire. Mais on sait qu’il réfléchit dans la foulée à une réforme du financement de la protection sociale, au terme de laquelle les cotisations familiales employeurs pourraient être allégées ou supprimées.

Il n’est donc pas besoin d’être grand clerc pour deviner le tour de bonneteau qui se prépare : via la CSG ou l’impôt, ce devraient donc être les salariés qui, en fin de compte, seront les dindons de la farce, puisque, au total, ce sont eux qui paieront en lieu et place des entreprises.

Ce choix est donc économiquement et socialement hautement contestable, pour de très nombreuses raisons. Parce que le pouvoir d’achat des Français enregistre déjà actuellement une chute historique, depuis 1984, et que cette rafale de nouvelles ponctions vont encore contribuer à le dégrader. Et puis parce que ce dispositif va contribuer à déformer encore un peu plus le partage des richesses entre capital et travail ; et va contribuer aussi à creuser les inégalités des Français face au système fiscal français.

2. Pourquoi les entreprises sont-elles épargnées ?

C’est évidemment une question-clef car au travers de cette réforme des retraites, qui protège le capital et accable le travail, le gouvernement vient confirmer (s’il en était besoin !) qu’il entend mener une politique de l’offre, celle préconisée de longue date par la droite et les milieux d’affaires, et tourner le dos à une politique de la demande, qui a longtemps été le cap privilégiée par la gauche. Et cette soumission à la doxa libérale est dangereuse, pour plusieurs raisons majeures.

La première raison a trait au partage des richesses entre capital et travail, qui s’est de plus en plus déformé ces dernières décennies, à l’avantage du premier et au détriment du second. C’est la politique dite de « désinflation compétitive » (en clair, la politique des salaires bas et du chômage élevé) lancée par les socialistes en 1982-1983 qui a inauguré cette déformation historique. Et puis le basculement progressif du capitalisme français vers un modèle à l’anglo-saxonne, avec pour règle un primat des actionnaires, a encore creusé la tendance.

Résultat : la France est entrée dans un nouveau capitalisme, beaucoup plus tyrannique que le précédent; un capitalisme où les actionnaires comptent beaucoup, et les salariés très peu – un capitalisme donc qui ignore le compromis social. C’est en quelque sorte cette soumission à ce capitalisme patrimonial de la part des socialistes que révèle donc cette réforme des retraites.

Car, le gouvernement avait, avec ce difficile dossier, une formidable occasion pour redessiner ce partage entre capital et travail. Mais finalement, il y a donc renoncé. Et la reculade, comme on vient de le voir, est totale. Pas la moindre esquisse de compromis entre le monde des employeurs et celui du monde des salariés ! Cette réforme des retraites révèle le partage radicalement inégal qui est la règle sous ce capitalisme d’actionnaires : tout à la charge des salariés ! Rien à la charge des entreprises et de leurs actionnaires ! C’était la règle sous Nicolas Sarkozy ; tristement, cela reste la règle sous François Hollande. Et il n’y a pas même un petit geste, fut-il symbolique, sauf dans le cas de la pénibilité, pour faire illusion.

Et le plus grave dans ce renoncement, c’est que le gouvernement n’a pas la moindre explication à avancer pour le justifier. Ou plutôt si, il en a une : ce serait la compétitivité des entreprises qui exige ce choix. Mais cette excuse, en vérité, n’en est pas une. A l’automne 2012, Matignon et l’Elysée avaient en effet déjà usé de cette argutie, pour justifier le cadeau de 20 milliards d’euros apporté aux entreprises sous la forme d’un crédit d’impôt – c’est-à-dire la mise en œuvre, sous des modalités à peine différentes, du plan défendu pendant la campagne présidentielle par Nicolas Sarkozy, et vivement contesté par… François Hollande.

Mais de nombreuses études ont, à l’époque, établi que, contrairement à ce que prétendaient le patronat et la droite, la France ne souffrait d’aucun problème de coût du travail, notamment vis-à-vis de l’Allemagne, et qu’il y avait une véritable campagne d’intox autour de ce soi-disant problème de compétitivité des entreprises françaises. Toutes ces études, il est possible de les retrouver en consultant les analyses que j’avais écrites à l’époque : Economie : Hollande se renie et copie Sarkozy ou Compétitivité : sous le choc, l’intox.

L’intox autour de cette question de la compétitivité est d’autant plus avéré que le cadeau de 20 milliards d’euros fait aux entreprises, sur le dos des consommateurs assujettis à la TVA, n’a donc été assorti d’une aucune contrepartie. En clair, pas d’accord contractuel pour favoriser l’emploi ou l’investissement : le crédit d’impôt ne va générer que des effets d’aubaine. Un groupe du CAC 40 peut tout bonnement profiter des bonnes grâces du gouvernement et s’en servir pour arrondir… les dividendes servis à ses actionnaires. C’est la mise en garde lancée à l’époque par de nombreux économistes : cet immense transfert de charges au profit des entreprises et au détriment des salariés va générer seulement des effets d’aubaine, mais pas d’effets économiques.

En clair, c’est une politique de redistribution pour laquelle les socialistes ont opté. Mais une redistribution à l’envers : les consommateurs modestes, et même pauvres, vont partiellement financer des cadeaux dont pourront éventuellement profiter les actionnaires des groupes les plus riches. Les bras vous en tombent !

C’est donc dans cette même logique que s’inscrit totalement la nouvelle réforme des retraites. Elle vient couronner ce que, dans un livre récent, j’avais appelé une « étrange capitulation » (ici le compte-rendu sur Mediapart), dans un clin d’œil à l’essai célèbre du grand historien Marc Bloch, L’Étrange défaite.

3. Les inégalités sociales vont-elles encore se creuser ?

C’est la seconde très grave inquiétude que soulève cette réforme des retraites, car elle vient prolonger une autre démission, celle face à la réforme fiscale qui avait été promise par François Hollande pour corriger les inégalités.

Cette réforme des retraites comprend en effet une autre surprise : le gouvernement fait donc appel aux cotisations retraite et non pas un autre prélèvement, par exemple la Contribution sociale généralisée (CSG) pour boucher les trous du régime. Or, on le sait, les cotisations sociales, même déplafonnées, sont socialement beaucoup plus injustes que la CSG, qui, elle,  a une assiette d’imposition très large et frappe non seulement les revenus du travail mais aussi ceux, partiellement, de l’épargne.

Le choix des cotisations retraite est donc socialement très contestable. D’autant que cette priorité donnée par le gouvernement aux prélèvements les plus inégalitaires n’est pas franchement une nouveauté. Déjà, François Hollande a donc pris la très lourde responsabilité de recourir partiellement à une hausse de la TVA pour financer le « choc » de compétitivité – TVA que les socialistes ont toujours dénoncé dans le passé comme figurant parmi les impôts les plus injustes. Et puis, il y a donc vraisemblablement dans les tuyaux une nouvelle hausse de prélèvements, sans doute du même type, pour financer la compensation promise au Medef pour annuler la hausse des cotisations retraites.

En résumé, les socialistes sont donc en train de remodeler le système français des prélèvements sociaux et fiscaux de la pire des manières qui soit : en privilégiant les prélèvements les plus inégalitaires, ceux qui sont les plus dégressifs, c’est-à-dire, ceux qui pèsent le plus sur les salariés les plus modestes, sinon même les pauvres.

Or cette cascade de prélèvements nouveaux intervient alors que le gouvernement a renoncé dans le même temps à la « révolution fiscale » promise pendant la campagne présidentielle, visant à refonder en France, un grand impôt citoyen et progressif, assujettissant enfin un peu plus les hauts revenus, et redonnant du pouvoir d’achat aux plus modestes, sur le modèle de ce que préconisait par exemple l’économiste Thomas Piketty.

Tout cela est évidemment pathétiquement logique : puisque le gouvernement, dès l’alternance, a renoncé à une grande réforme fiscale, pour rendre le système fiscal un peu plus juste, il en est réduit à piocher désormais dans les prélèvements sociaux les plus inégalitaires. Et le résultat de tout cela est accablant : comme l’avait établi une étude dès l’an passé (lire Impôts : les injustices n’ont (presque pas été corrigées), la France reste un pays qui a des allures de paradis fiscal pour les plus riches tandis que le travail est accablé. En somme, la fameuse « Nuit du 4-Août » promise par la gauche n’a jamais été engagée. Et les privilèges, fiscaux mais pas seulement, n’ont en rien été ébranlés par l’alternance.

Bref, la réforme des retraites aurait certes pu être encore plus violente. Il n’empêche ! Sa philosophie est toute entière empruntée aux cercles dominants des milieux d’affaires et de la droite. Dans l’Étrange défaite, à laquelle je faisais à l’instant allusion, Marc Bloch a ces mots terribles : « Il est bon, il est sain que, dans un pays libre, les philosophies sociales contraires s’affrontent. Il est, dans l’état présent de nos sociétés, inévitable que les diverses classes aient des intérêts opposés et prennent conscience de leurs antagonismes. Le malheur de la patrie commence quand la légitimité de ces heurts n’est pas comprise. »

C’est un peu le malheur de nos socialistes d’aujourd’hui, qui gouvernent la France comme des notaires tristes…

Lisez ce document qui est en soi une preuve que les années de cotisations n’ont qu’un seul but : faire baisser les pensions. Certains systèmes peuvent fonctionner avec 10, 20 ou même moins d’années de cotisations. Et c’est tout à fait normal, dans les systèmes par répartition les actifs cotisent chaque mois et les cotisations sont immédiatement transférées en pension, donc pas besoin de cumuler pendant des années.

Une nouvelle preuve que la réforme Ayrault est une mesure d’austérité inacceptable alors que le PIB français n’a jamais été aussi haut de l’histoire !!! 2000 milliards d’euros c’est à dire le PIB cumulé des 126 pays les plus pauvres de la planète. Nous avons les moyens de payer les retraites, même es augmenter, ainsi que les salaires. Alors imposons de vrais choix économiques pour sortir de la crise.

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Tract retraites 10 septembreCinquième réforme en 20 ans : les précédentes ont échoué à équilibrer les régimes de retraite, pourtant l’actuel gouvernement reconduit les mêmes dispositifs, avec la même argumentation fallacieuse.

Elles sont dictées par le Fonds Monétaire International, la Banque Centrale Européenne et la Commission Européenne (la Troïka). Les salaires, les minimas sociaux stagnent ou régressent, le chômage continu sa hausse insupportable, les conditions de travail se dégradent, la jeunesse galère de petits boulots en sales boulots. La perspective d’une retraite bien méritée et d’une reconnaissance de la pénibilité au travail s’éloignent… Nous vivons de plus en plus mal l’aggravation des inégalités, l’intensification de la précarité et de la misère.

Pendant que le gouvernement abdique chaque jour davantage face aux marchés financiers, le patronat en réclame toujours plus… De nouveau, c’est à nos retraites qu’il veut s’en prendre pour réduire le «coût du travail» faire éclater notre système de sécurité sociale fondée sur la répartition des richesses fondées sur le travail. Dans le même temps, la Troïka promeut le développement de l’épargne retraite. Elle prétend ainsi interdire aux citoyens de financer les régimes publics de retraite, seuls capables de garantir un niveau de pension suffisant, au profit des opérateurs financiers privés (banque et assurance)… Mais ces derniers ne prennent aucun engagement sur les prestations qu’ils font miroiter.
L’allongement de la durée de cotisation à 43 puis 44 ans : autant d’emplois qui ne vont pas se libérer pour les jeunes dont 25 % sont au chômage ! Encore plus de précarité pour les 33 % de seniors privés de toute activité professionnelle avant la liquidation de leurs retraites ! Des millions de gens qui ne travaillent pas alors que des millions de gens travaillent trop ! Il y a surement d’autres solutions que de nous priver de nos droits…

Construire l’avenir des retraites pour tous, c’est :
¬    Une réforme ambitieuse du système de retraite par répartition, avec un âge d’ouverture des droits dès 60 ans avec la prise en compte de la pénibilité.
¬    Garantir à cet âge un niveau de pension représentant au minimum 75 % du salaire de fin de carrière, primes comprises, aucune pension nette ne pouvant par ailleurs être inférieure au SMIC net.
¬    La reconquête des politiques publiques, des services et de l’emploi publics : Exigeons une autre répartition des richesses et des emplois publics.
¬    Sécuriser le travail et les salariés : gagnons un statut du travail salarié et une sécurité sociale professionnelle constituée d’un socle de droits attachés à la personne et non à son emploi.
¬    Le rattrapage du retard des salaires des femmes au niveau de celui des hommes.
Pour que cela change vraiment, la seule alternative c’est d’agir tous ensemble dans l’unité et le rassemblement le plus large dès la rentrée.