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Surcharge de travail à l’hôpital : l’Europe menace la France | La CGT pour un Hôpital humain, d'accès universel et 100% public

Surcharge de travail à l’hôpital : l’Europe menace la France

Médecins et soignants des hôpitaux français travaillent trop, selon la Commission européenne. La France a deux mois pour se mettre en conformité avec la législation sur la durée du travail.
Surcharge de travail à l'hôpital : l'Europe menace la France
Une nuit aux urgences de l’hôpital Beaujon, à Clichy. JEROME MARS/JDD/SIPA

La Commision européenne lance un ultimatum à la France. Elle laisse deux mois au gouvernement français pour qu’il fasse en sorte que ses hôpitaux respecte la loi sur le temps de travail. La législation européenne fixe une durée maximale de travail de 48h aux soignants, et impose des périodes de repos minimales, à ces derniers, après la prestation d’heures supplémentaires de nuit. Une législation qui semble peu respectée en France, d’après les témoignages de nombreux soignants dans les hôpitaux.

Le ras-le bol des infirmiers 
« Des semaines de 60 heures, des cadences infernales, une pression de plus en plus forte, et au bout de cet enfer quotidien, le burn-out. » Ce cri de colère, c’est le témoignage d’une infirmière, membre du collectif « Ni bonnes, ni nonnes, ni pigeonnes », très actif dans les médias, et qui sert de porte-voix au ras-le-bol d’une profession.
Face à cette situation, elle confie aussi sur le réseau social Facebook que la qualité des soins s’en ressent. « Dans les couloirs des urgences, les brancards s’entrechoquent. Je n’ai plus le temps de parler aux malades, alors que, parfois, en pleine nuit, quand le patient est stressé, quelques minutes d’échange seraient plus efficaces qu’un cachet. On se met en danger et, en même temps, on met en danger la vie des patients », conclut-elle.

Un tiers des chirurgiens et des anesthésistes menacés par le burn-out
Mais les infirmières ne sont malheureusement pas les seuls soignants victimes de cette surcharge de travail à l’hôpital. Selon une étude de l’association Asspro scientifique menée fin 2012 auprès de 1024 spécialistes (chirurgiens orthopédistes, anesthésistes ou gynécologues), 30% des spécialistes de bloc opératoire (en établissements privés ou publics) ont un niveau de stress supérieur à 8 sur 10.
Cette situation de stress est évidemment lourde de conséquence, tant pour les soignants que pour leurs patients. Alors que l’on dénombre chaque année de 60 000 à 95 000 « événements indésirables graves » sur un total de 1,5 million d’interventions chirurgicales (soit 4 à 6 %), le stress des professionnels de santé est « un signal susceptible d’alerter sur un risque potentiel d’augmentation des accidents ». La peur de se retrouver dans une situation délicate, notamment sur le plan juridique, fait fuir les plus jeunes et menace de désaffection les spécialités les plus à risque (obstétrique, anesthésie).

Les conséquences d’un burn-out sont tout aussi ravageuses sur la santé du médecin lui-même : des études américaines font état d’un taux impressionnant de mises en invalidité pour cause de troubles psychiques parmi les professionnels de la santé, dont le taux de suicide (6%) est presque deux fois plus élevée que celui du reste de la population. « Les médecins ont parfois le sentiment d’être des surhommes, mais ils doivent admettre qu’ils sont des hommes comme les autres, et qu’ils doivent parfois se faire soigner eux aussi », soupirait Vincent Travers, chirurgien de la main et secrétaire général de l’association Asspro scientifique, contacté récemment par pourquoidocteur.

Les hospitaliers réclament l’accès au compte-épargne pénibilité

Pour toutes ces raisons, plusieurs syndicats de praticiens hospitaliers demandent d’ailleurs que la pénibilité de leur profession soit prise en compte au moment de partir en retraite. Ils souhaitent ainsi être directement concernés par le compte-épargne pénibilité qui sera créé par le gouvernement en 2015. Les hospitaliers en sont pour le moment toujours exclus, à cause de leur statut d’agent du service public.
Quoi qu’il en soit, la France devra réagir rapidement dans ce nouveau contentieux avec l’Europe. En effet, en vertu de la procédure d’infraction engagée par Bruxelles, la France dispose de deux mois pour communiquer à la Commission les mesures prises pour se mettre en conformité avec le droit de l’Union, à défaut elle pourrait être assignée devant la Cour de justice de l’Union européenne basée à Luxembourg.

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