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Publiée en Juin 2018

Lettre ouverte « Basique » à Mr Macron

Monsieur le président de la République,

Nous venons d’écouter votre discours ce 13 avril 2020 et comme nous le dénoncions dans notre clip tourné en juin 2018, vous n’avez toujours pas les bases…

Notre première réaction se dirige vers votre annonce de “Jours heureux” qui nous interroge au plus haut point, cette référence au programme du Conseil National de la Résistance est malvenue au moment où vous baissez les cotisations sociales, c’est à dire les sources de financement presque exclusives des hôpitaux et de la santé en France…

Vous annoncez un déconfinement au 11 mai… Alors que nul ne sait si un traitement curatif ou préventif existera et même si la présence d’anticorps dans le sang protège réellement du virus et de la maladie COVID-19. Vous annoncez rouvrir les écoles en premier (pour permettre aux parents d’aller travailler, nous avons bien compris…) mais vous ne garantissez pas de matériel pour les enseignants, les enfants, le soignants ou les citoyens. 

Permettez-nous de trouver ces mesures totalement irresponsables et la référence au CNR déconnectée de votre politique.  

Où sont les moyens supplémentaires pour les hôpitaux ? Où sont les augmentations de salaires immédiates de 300 euros mensuel pour les hospitalier.e.s ? Où sont les créations massives de postes et de lits dans les hôpitaux demandées depuis des années ? Allez vous continuer à sacrifier la vie des hospitalier.e.s ?

Nous avons appris l’éviction du directeur de l’Agence Régionale de Santé du Grand Est suite à ses propos concernant la poursuite de sa “trajectoire” du COPERMO (suppression de 174 lits et de 598 postes) en pleine pandémie… vous reconnaissez donc vous-même l’indécence de ces dispositifs.

Nous avons bien entendu vos propos indiquant que « des biens et des services ne devraient pas être soumis à la loi du marché » et « la crise sanitaire doit être solutionnée, quoiqu’il en coûte » dans votre discours du 11 mars 2020

.« Le jour d’après ne sera pas un retour au jour d’avant » dans votre discours du 16 mars

Il est donc légitime de demander aujourd’hui où en est notre COPERMO (plan de restriction pour un retour à « l’équilibre financier» dont nous n’avons pas à ce jour les détails, pourtant demandés de façon insistante aux différentes directions du CHUT…) 

Notre question est claire : le COPERMO du CHU de Toulouse est-il maintenu, oui ou non ? 

Le CHU de Toulouse est soumis à cette procédure de restriction en continu depuis 2016 malgré les désastres humains que nous avons vécus, liés à une dégradation générale de la santé de nos collègues. Pour ne citer que deux exemples : nous avons eu à déplorer le suicide d’un collègue infirmier sur son lieu de travail en juin 2016 ainsi que la mort par épuisement d’une infirmière sur le lieu de travail en décembre 2018, les deux situations ont été reconnues imputables au service. La liste de toutes les personnes souffrant d’épuisement professionnel serait trop longue.  Nous nous tenons à votre disposition pour vous les détailler. Plus de 20 expertises indépendantes CHSCT ont été pratiquées sur le CHU de Toulouse faisant un état des lieux désastreux de la situation et notamment du management.

Beaucoup de nos collègues et camarades syndicalistes ont payé dans leur chair par la répression antisyndicale les multiples alertes faites pour sauver l’hôpital et la qualité des soins.

Les mobilisations des professionnel.les ont été nombreuses et diverses sur le CHU et systématiquement méprisées ou réprimées. Vous avez sûrement entendu parler du clip « Basique » des agents mobilisés, tourné en 2018, qui a été vu des millions de fois, et ce, juste au moment où il aurait fallu nous écouter… Nous espérons et demandons aujourd’hui un changement de politique sans quoi nous appellerons rapidement à un changement d’interlocuteur. 

Nous affrontons aujourd’hui l’une des plus grandes crises sanitaires de cette ère et sans les moyens de protections nécessaires. Vous avez droit aux masques FFP2 lorsque vous circulez dans un hôpital, nous y avons droit seulement lorsqu’un patient COVID positif déclaré nous contamine au cours d’un soin ou risque de nous cracher dessus… Nous doutons que vous mesuriez la colère des hospitalier.e.s. La première vague épidémique a moins touché notre CHU que d’autres régions, pour autant, le nombre de personnes en réanimation est en forte hausse, la déprogrammation des examens et des consultations vont entraîner un retard des soins et des dommages collatéraux. Les patients sortants de réanimation auront besoin de rééducation et d’un suivi spécifique, ils seront soumis à des protocoles de recherche. Pour cela, il faut d’ores et déjà des moyens exceptionnels en matériel et en professionnels… Il faut d‘ores et déjà préparer la suite… Nous ne savons pas à ce jour s’il y aura des sorties d’école et la possibilité de recruter des jeunes professionnel.les en juin. Il faut donc lancer aujourd’hui un grand programme de recrutements, beaucoup sont prêts à s’engager ou à se réengager dans l’hôpital public s’ils retrouvent son sens premier et si les professionnels, à travers leurs carrières,  sont enfin reconnus. Les mesures promises doivent être rapides et à la hauteur au minimum des revendications que nous avons portées localement et nationalement.

Nous souhaitons rappeler que notre CHU est, et sera sûrement appelé à soutenir d’autres régions ou d’autres pays.

Nous sommes loin de pouvoir prévoir encore tous les besoins, mais nous savons qu’il faudra ouvrir des lits de Soins de Suite et Réadaptation, des centres de rééducation, des maisons de santé pluridisciplinaires dans les quartiers de Toulouse, de sa banlieue et dans de plus petites villes de la région. Il faut finaliser le projet de grand hôpital des enfants et créer une grande structure de prévention, de recherche et de traitement immunologique et d’infectiologie qui pourrait se situer au nord de Toulouse où les besoins en santé sont criants.

Pour cela, il nous faut l’assurance que les budgets suivront, il nous faut la garantie immédiate de l’annulation de la dette illégitime du CHU de Toulouse qui s’élève dans sa totalité à 400 millions d’euros. Il nous faut la certitude que l’impôt sur les hôpitaux,  nommé « taxe sur les salaires » qui représente près de 40 millions d’euros par an (l’équivalent de 1000 postes d’infirmières…), sera supprimé. Cela fait des années que l’on nous ri au nez, maintenant ces revendications sont des mesures d’urgences sanitaires. La santé de chacun d’entre nous en dépend.

Nous devons avoir la certitude que la tristement célèbre « tarification à l’activité », symbole et outil suprême de la marchandisation de la santé et de l’hôpital, sera abrogée, ainsi que la loi HPST qui détruit notre système de santé 

Aussi, nous devons savoir comment vous allez financer l’hôpital alors que vous exonérez les entreprises des cotisations sociales… seule source de financement des hôpitaux. L’urgence est à rebâtir la Sécurité Sociale en remettant en place les cotisations « Maladies » et en augmentant ces cotisations sociales… Votre logiciel de pensée doit changer. Et vous pouvez compter sur nous pour vous aider dans ce changement.

Nous vous proposons d’anticiper, cette fois, pour que l’on ne se retrouve pas en première ligne d’une seconde crise sanitaire qui découlerait une fois de plus, de l’absence décisions fortes et respectueuses de nos conquêtes sociales issues du CNR qui au sortir de la guerre ont permis aux français de sortir de la misère pour « Mettre définitivement l’homme à l’abri du besoin, en finir avec la souffrance et les angoisses du lendemain » Ambroise croizat, reprenant (lui, avec légitimité)  le programme du Conseil National de la Résistance.

Bien évidemment, si vous poursuiviez votre politique de privatisation de la santé par la mise en place des GHT, des partenariats public/Privé, de l’alternative à l’hospitalisation et autres mesures d’austérité, alors vous seriez désormais le seul responsable de l’incurie de 40 ans politique néo-libérale en matière de santé, et le constat s’imposerait : vous n’avez toujours pas les bases…

Nous sommes nombreux.ses à penser que vous et votre politique avons fait leur temps.

La CGT du CHU de Toulouse

9 thoughts on “Mr Macron, vous n’avez toujours pas les bases…

  1. J’espère que la privatisation des services publics va cesser mais j’ai quelques inquiétudes car il n’y pas une réelle volonté de réduire cette frainesie de la consommation comme si l’être humain était devenu une valeur marchande tel un objet .

  2. bonjour,
    pour la phrase de conclusion, il convient de changer la personne : « Nous sommes nombreux à pensez que vous et votre politique avez fait leur ( votre ) temps. »
    Sinon ça veut dire que c’est nous les soignants qui avons fait notre temps.
    Votre lettre est claire; pour les non spécialistes, vous pourriez rappeler ce que sont les GHT.

  3. super texte bravo j’espère que nous serons nombreux à vos côtés quand nous pourrons à nouveau sortir si ils ne profitent pas de cette situation pour grignoter nos libertés d’expression déjà bien entamées

  4. excusez-moi, un rectificatif : il faut lire « organisation des hôpitaux »(et cliniques d’ailleurs) et non « organisation des tribunaux ».
    HC

  5. Très bon message (ORELSAN… J’ai peur, cependant, cet individu et ses paroles sentent le sulfure qui n’est tout de même pas un ingrédient utilisé par les « soignants » de France et de Navarre).
    Je voudrais simplement ajouter que le programme du CNR a un nom qui est la « Déclaration des droits économiques et sociaux » dont le président se moque éperdument alors que cette Déclaration a une valeur constitutionnelle, sinon de composante de droits fondamentaux qui autorise les juges à invalider les actes ou les abstentions, y compris financières des autorités administratives compétentes pour l’organisation et la gestion des tribunaux.
    Cette référence à la fois constitutionnelle et de droits fondamentaux est essentielle pour des personnes comme vous si vous voulez combattre le « complexe haut-administrativo-grand capitaliste » (vous trouverez une meilleure expression) qui par Conseil d’Etat interposé et « autorités indépendantes » gangrénées par « l’effet de capture » foulent au pieds cette Déclaration et ces droits fondamentaux.
    IL FAUT VRAIMENT mettre en valeur ces références.

    Henri Courivaud (Lyon)…. pas dans « facebook », s’il vous plaît, ni dans « Google ».

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