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– Mediapart.fr

Il y a 67 ans jour pour jour, Ambroise Croizat, le père de notre régime général de la sécurité sociale décédait. Il laisse derrière lui un héritage révolutionnaire qu’il faut défendre et qu’il faut continuer. Oui, avec la voie ouverte par Croizat et la CGT, ils nous faut nous émanciper de la violence capitaliste. Merci Monsieur Ambroise Croizat !Qui connaît encore Ambroise Croizat ?

Essayez une expérience. Allez dans la rue et demandez aux passants qui est Ambroise Croizat. Beaucoup ne pourront pas vous répondre. Comment est-ce possible ? Pourquoi cet homme est-il oublié des livres d’histoire ? Pourquoi son œuvre n’est-elle pas étudiée ? Pourquoi sa mémoire n’est-elle pas honorée ? Parce qu’il est communiste ? Ou parce qu’il a mis en place une institution anticapitaliste de gestion communiste ? Il est pourtant l’homme qui permet aux soignants, aux parents, aux chômeurs, aux accidentés du travail, aux handicapés, aux malades d’avoir un salaire pour vivre en dehors de l’économie de marché. C’est pourtant l’homme qui a reçu un des plus grands hommages de toute l’histoire française : 1 million de personnes se sont déplacées sous une pluie torrentielle. Un hommage digne de celui de Victor Hugo. Si ce n’est pour ce dernier homme cité, jamais autant de personnes ne se sont déplacées pour rendre un tel hommage, alors pourquoi Ambroise est-il tombé dans l’oubli ?

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Ambroise Croizat, qui êtes-vous ?

Avant de vous parler de son œuvre révolutionnaire, laissez moi vous présenter rapidement l’homme. Ambroise est né le 28 janvier 1901, fils d’ouvrier et d’employée. Comme beaucoup d’enfants de son époque, il travaille à l’usine à l’âge de 13 ans dans la métallurgie.

En 1920, le Parti Communiste se crée en France et Ambroise s’y inscrit dés son ouverture. Il devient un militant convaincu du projet communiste et deviendra l’un des dirigeants des Jeunesses communistes entre 1920 et 1928. Il sera membre du bureau de la Fédération de la Jeunesse jusqu’à son décès. C’est en 1936 qu’il devient secrétaire général de la Fédération Unique de métallurgiste CGT, qui regroupe à l’époque 20 % de l’effectif du syndicat. Cette même année, il participera aux conquêtes sociales qui amèneront les congés payés, la semaine de 40 heures et la loi dont il est l’auteur sur les conventions collectives.

Mais la deuxième guerre mondiale approche et les communistes sont arrêtés et condamnés à la prison pour la seule et unique raison qu’ils sont communistes. Ambroise est condamné à 5 ans de prison et après avoir transité dans 14 prisons les fers aux pieds, il finira emprisonné à Alger. L’Algérie est libéré très tôt par l’intervention américaine, et c’est pendant ces années de résistance à Alger avec d’autres camarades que va mûrir l’idée d’un système de protection sociale novateur et révolutionnaire. A la Libération, il devient ministre du Travail de 1945 à 1947 et pendant ces 2 ans, il construira cette institution qui rend la France si unique dans le monde entier.

 

L’œuvre d’Ambroise Croizat            

Les ordonnances de 45 créent le Régime Général de la Sécurité Sociale. Il permet de socialiser une partie de la richesse produite annuellement (PIB), soit 20 % (480 milliards d’euros), afin d’être distribuée aux soignants, aux malades, aux chômeurs, aux retraités, aux parents.

Mais attention au mensonge construit par la classe dominante que l’on a tous intériorisé. Ce mensonge sur la création du Régime Général répété dans les universités et également dans certains syndicats qui est celui-ci :

  • Le Régime Général n’est qu’un organisme de solidarité entre les actifs et les inactifs
  • Le Régime Général n’est qu’une légitimation du capitalisme que le patronat a accepté volontier, décrédibilisé par sa collaboration avec les nazis.

Le but de ce mensonge est de dénaturer la subversion engagée d’Ambroise Croizat.

Alors d’une part, le Régime Général n’est pas qu’une institution de solidarité de ceux qui travaillent vers ceux qui ne travaillent pas ou plus. Le Régime est révolutionnaire car il crée une valeur économique alternative à la valeur capitaliste. Il socialise 500 milliards notamment par la cotisation pour les répartir vers différentes caisses qui elles, donneront un salaire aux soignants, aux retraités, aux parents… C’est à dire que ces personnes ont un salaire qui reconnaît un travail qui n’est pas sur le marché de l’emploi ! Les capitalistes n’ont aucune prise sur cette richesse.

Avec Croizat, une retraite n’est pas le droit d’avoir une pension qui reconnaît que l’on a travaillé auparavant, mais c’est le droit d’avoir un salaire qui reconnaît un travail quotidien, une production de valeur d’usage sans être sur le marché du travail. Idem pour les familles, les allocations familiales étaient appelées « sur-salaire » et constituées jusqu’à 50 % des revenus des ménages en 1945. C’est la reconnaissance du travail d’éducation des parents sans qu’ils le fassent sur le marché capitaliste.

Croizat sort donc le salaire de l’emploi, c’est à dire qu’il considère que les cotisations versées ne sont pas des aides, mais bel et bien du salaire et invente donc une autre reconnaissance du travail. Il ne suffit pas d’avoir un emploi pour avoir le droit à un salaire. Pourquoi si j’élève mon enfant, on me dit que je ne travaille pas alors que si c’est une auxiliaire qui le fait, cela devient du travail ? On se rend compte que la définition du travail capitaliste, ce n’est pas ce que l’on fait, mais c’est dans l’institution dans laquelle on le fait. Croizat change cette définition. Il reconnaît le travail quotidien en dehors du marché de l’emploi. La révolution de Croizat, c’est qu’il change la définition du travail. Ambroise a ouvert la voie de l’émancipation du modèle capitaliste.

La deuxième chose est « le patronat a accepté le régime car il était décrédibilisé par son collaborationnisme nazi ».

Non ! Le patronat n’était pas à genoux, il était omniprésent dans tous les partis du gouvernement de 1945 (Gaullistes, le SFIO, le MRP… ). Ils se sont tous accordés sur la continuité de l’interdiction des augmentations de salaire. Mais le PC gagne les élections législatives de 1945 avec 26 % des voix. Avec 5 ministres communistes au pouvoir dont Croizat et 5 millions d’adhérents à la CGT, le patronat tremble et organise la pénurie avec les députés non communistes ; l’interdiction de hausse des salaires avec augmentation des prix. Le pouvoir d’achat en 1947 est inférieur à celui de 1944. La classe dominante attend que les ouvriers se retournent contre la CGT et le PC. Mais l’intelligence de Croizat est prodigieuse. Il va contourner l’interdiction de valorisation salariale en doublant les allocations familiales, puis il introduit les 50 % pour les heures supplémentaires. Il supprime également la décote de 10 % sur les salaires féminins. Avant Croizat, une femme pour le même poste qu’un homme avec la même qualification perdait automatiquement 10 % de salaire. Croizat engendre une victoire de plus !

Puis en décembre 1946, les ministres communistes sont éliminés et Croizat partira en mai 47. C’est la fin de la participation communiste au gouvernement. Pour ce qui est de l’affaiblissement de la puissance de la CGT, c’est la CIA qui va s’en charger en organisant la scission de la CGT en 1947 avec l’aide du syndicaliste américain Irving Brown, pour créer Force ouvrière, afin de lutter contre les communistes. En effet, la CGT remettait en cause le Plan Marshall, la construction européenne et le statut du producteur avec le régime général de la sécurité sociale.

En conclusion, entre 1945 et 1947, 5 ministres communistes ont été suffisants pour révolutionner notre système social et de santé sur un mode de gestion communiste avec un salaire à vie, la co-propriété d’usage, le financement par l’investissement et tout cela avec une gestion ouvrière. Entre 1945 et 1960, le Régime était géré par 3/4 de salariés et 1/4 de patrons. De Gaulle qui a toujours été contre le programme social du Conseil National de la Résistance et du Régime Général de la sécurité sociale, détruira la démocratie sociale du Régime Général notamment en 1967 en confiant sa gestion au patronat.

Ambroise Croizat décédera en 1950 rongé par un cancer des poumons. Militant dans l’âme, ses derniers mots à l’assemblée seront « Jamais nous ne tolérerons que soit mis en péril un seul des avantages de la Sécurité sociale. Nous défendrons à en mourir et avec la dernière énergie cette loi humaine et de progrès ».

 

Et aujourd’hui ?

Depuis les années 80, les gouvernements successifs essaient de casser morceau par morceau la construction d’Ambroise Croizat, que ce soit l’UMP/LR ou le PS qui est le plus destructeur. Oui, le PS est le plus grand danger pour nos conquêtes sociales et ce sont ces derniers qui ont été le plus loin dans leurs démantèlements. Ambroise Croizat, que l’on appelait le ministre des travailleurs, était également le ministre de la subversion, de la solidarité, du courage. Il faut défendre ce qu’il a construit avec ses camarades de la CGT. Croizat est celui qui permet encore aujourd’hui aux chômeurs, aux parents, aux handicapés, aux malades, aux soignants, aux retraités de pouvoir vivre par la cotisation. La cotisation aujourd’hui détruite par les réformateurs de droite comme de gauche.
Merci Ambroise, merci ceux qui ont continué son combat. A nous maintenant de continuer la lutte.

La voie est toute tracée par le Régime Général de la sécurité sociale, cette institution de subversion communiste pour que comme le disait Croizat : « Mettre définitivement l’homme à l’abri du besoin, en finir avec la souffrance et les angoisses du lendemain… La sécurité sociale est la seule création de richesse sans capital. La seule qui ne va pas dans la poche des actionnaires mais est directement investie pour le bien-être de nos citoyens. Faire appel au budget des contribuables pour la financer serait subordonner l’efficacité de la politique sociale à des considérations purement financières. Ce que nous refusons. »

 

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Ce qu’il a fait :

la généralisation des retraites

un système de prestations familiales unique

Augmentation des allocations familiales

Suppression de l’inégalité salariale des femmes au poste pour la même qualification

Conventions Collectives

Participation au congés payés

les comités d’entreprise, la formation professionnelle,

la médecine du travail,

le statut des mineurs, des électriciens et gaziers,

la prévention dans l’entreprise,

la reconnaissance des maladies professionnelles,

Amélioration du Code du Travail,

la caisse d’intempérie du bâtiment,

la loi sur les heures supplémentaires

Donner un salaire sans être sur le marché de l’emploi (détachement du salaire de l’emploi)

  • « Ne parlez pas d’acquis sociaux, parlez de conquis sociaux, parce que le patronat ne désarme jamais » Ambroise Croizat

Dans un contexte de forte mobilisation des personnels pour l’amélioration des conditions de travail et de soin au CHU de Toulouse, nos organisations CGT et SUD avait alerté sur l’absence de publication de la nomination de la directrice par intérim créant un risque juridique majeur pour le CHU de Toulouse.
La direction a réagit dans la presse de manière excessive et déloyale envers nos deux organisations parlant de comportement « honteux et irresponsable » nous avons saisi un des plus important cabinet d’avocat au conseil d’état parisien qui confirme notre version en ces termes : Par principe en effet, le défaut ou l’insuffisance de publicité d’un acte administratif ne constitue pas un vice propre de cet acte et n’a pas, en soi, de répercussion juridique sur la régularité de l’acte. En revanche, l’absence ou l’insuffisance de publicité a une incidence sur l’entrée en vigueur de l’acte. Un tel acte est dépourvu de force obligatoire. Enfin, l’absence ou l’insuffisance de la publication peut entrainer, une irrégularité « par ricochet » des actes pris sur la base de la décision initiale. Le contentieux relatif à la publicité des délégations de signature ou de fonctions est particulièrement fourni dans la mesure où une décision signée par une autorité incompétente peut être annulée pour ce seul motif. Je reste à votre disposition pour m’entretenir avec vous en tant que de besoin. Bien cordialement.

Nous demandons la publication immédiate de l’arrêté de nomination au recueil des actes admininstratifs de la préfecture pour que le CHU de Toulouse ne soit plus en vacance de pouvoir. Nous exigeons la fin des procédures disciplinaires, le renouvellement de contrats et la stagiairisation de certains grévistes réprimés par cette direction.

La mobilisation se poursuit et s’amplifie au CHU de Toulouse, plus personne n’accepte l’arbitraire de cette direction appliquant les mesures de restrictions au détriment de la qualité des soins, des droits des agents et de leur santé.

Un grand rassemblement contre les mesures de restrictions et pour des embauches est prévu : Mardi 13 février 2018, 13h devant l’Hôtel Dieu.

La CGT et SUD du CHU de Toulouse

Mme la Directrice adjointe,

A de nombreuses reprises vous avez évoqué la jurisprudence qui interdirait de créditer les RTT générées pendant les congés de maternité, contrairement à la note de la DGOS qui indique bien que les congés de maternité ne sont pas visés par les dispositions qui interdisent la génération de RTT pendant les congés de maladie, puisque la maternité n’est pas une maladie.

Il est discriminatoire de placer les femmes en congé de maternité sur d’autres tableau de service théoriques que ceux qui ne bénéficient pas de ce congé.

L’intention du législateur est donc tout à fait claire et il convient de retenir que les décisions de justices concernent le cas jugé en fonction des arguments exposés. Les jurisprudences que vous devez évoquer doivent être du plus haut niveau et notamment au niveau de la jurisprudence européenne.

Or une telle analyse méconnait incontestablement les dispositions de la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 portant diverses dispositions d’adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations.

Dans sa version en vigueur  l’article 2 de cette loi prévoyait notamment que :

« Sans préjudice de l’application des autres règles assurant le respect du principe d’égalité :

[…] ;

3° Toute discrimination directe ou indirecte est interdite en raison de la grossesse ou de la maternité, y compris du congé de maternité. 
Ce principe ne fait pas obstacle aux mesures prises en faveur des femmes en raison de la grossesse ou la maternité, y compris du congé de maternité, ou de la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes ; ».

Cette loi transpose( de manière imparfaite) la directive 2006/54/CE du Parlement européen et du Conseil du 5 juillet 2006 relative à la mise en œuvre du principe de l’égalité des chances et de l’égalité de traitement entre hommes et femmes en matière d’emploi et de travail.

On citera, tout d’abord, les considérants de la directive qui soulignent l’importance de cette égalité :

(23)
Il ressort clairement de la jurisprudence de la Cour de justice qu’un traitement défavorable lié à la grossesse ou à la maternité infligé à une femme constitue une discrimination directe fondée sur le sexe. Un tel traitement devrait donc expressément être couvert par la présente directive. […] ».

L’article 2 de la directive définit ensuite un certain nombre de notions. Il dispose en particulier, en son paragraphe 2, que :

  1. c) tout traitement moins favorable d’une femme lié à la grossesse ou au congé de maternité au sens de la directive 92/85/CEE »

 

Enfin, aux termes de l’article 14 de la directive :

Interdiction de toute discrimination:

 

 les conditions d’emploi et de travail, y compris les conditions de licenciement ainsi que la rémunération, comme le prévoit l’article 141 du traité 

On soulignera ensuite que la Cour de Justice de l’Union européenne a déjà jugé que l’article 14 paragraphe 1 sous c) était d’effet direct :

« Sur la cinquième question

45      Par sa cinquième question, la juridiction de renvoi demande, en substance, si les dispositions des articles 14, paragraphe 1, sous c), et 15 de la directive 2006/54 sont suffisamment claires, précises et inconditionnelles pour pouvoir produire un effet direct.

46      À cet égard, il convient de rappeler que, selon une jurisprudence constante, dans tous les cas où les dispositions d’une directive apparaissent comme étant, du point de vue de leur contenu, inconditionnelles et suffisamment précises, les particuliers sont fondés à les invoquer devant la juridiction nationale à l’encontre de l’État membre (voir, notamment, arrêts du 12 juillet 1990, Foster e.a., C‑188/89, Rec. p. I‑3313, point 16, et du 20 mars 2003, Kutz‑Bauer, C‑187/00, Rec. p. I‑2741, point 69).

47      Or, force est de constater que les articles 14, paragraphe 1, sous c), et 15 de la directive 2006/54 satisfont à ces exigences.

48      En effet, s’agissant de l’article 14, paragraphe 1, sous c), de ladite directive, qui contient des dispositions mettant en œuvre le principe de l’égalité de traitement entre hommes et femmes en matière d’emploi et de travail, il y a lieu de relever qu’il exclut de manière générale et dans des termes non équivoques toute discrimination fondée sur le sexe dans les domaines qu’il énumère (voir, en ce sens, arrêt Sarkatzis Herrero, précité, point 36).

49      De la même manière, l’article 15 de la même directive prévoit en des termes clairs, précis et inconditionnels qu’une femme en congé de maternité a le droit, au terme de ce congé, de retrouver son emploi ou un emploi équivalent à des conditions qui ne lui soient pas moins favorables et de bénéficier de toute amélioration des conditions de travail à laquelle elle aurait eu droit durant son absence.

50      Les deux dispositions en cause ayant un effet direct, il convient encore de rappeler que, conformément à une jurisprudence constante, la juridiction nationale chargée d’appliquer, dans le cadre de sa compétence, les normes du droit de l’Union a l’obligation d’assurer le plein effet de ces normes en laissant au besoin inappliquée, de sa propre autorité, toute disposition contraire de la législation nationale, sans avoir à demander ou à attendre l’élimination préalable de celle-ci par voie législative ou par tout autre procédé constitutionnel (voir, notamment, arrêts du 9 mars 1978, Simmenthal, 106/77, Rec. p. 629, point 24, et Kutz-Bauer, précité, point 73). Dès lors, les articles 14, paragraphe 1, sous c), et 15 de la directive 2006/54 peuvent être invoqués par un justiciable à l’encontre de l’État membre considéré et appliqués par une juridiction nationale afin d’écarter l’application de toute disposition nationale non conforme auxdits articles.

51      Il résulte de l’ensemble des considérations qui précèdent qu’il y a lieu de répondre à la cinquième question que les dispositions des articles 14, paragraphe 1, sous c), et 15 de la directive 2006/54 sont suffisamment claires, précises et inconditionnelles pour pouvoir produire un effet direct » (CJUE, 6 mars 2014, affaire C‑595/12, Loredana Napoli c/ Ministero della Giustizia – Dipartimento dell’Amministrazione penitenziaria ».

La CGT persiste à ce que les RTT soient attribuées dans le cadre des congés de maternité.

Dans l’attente d’une proposition de date de réunion, comme vous nous l’aviez précédemment évoquée, veuillez accepter , Madame, nos respectueuses salutations.

Pour le syndicat Général

V Delort

I Doré

 

Syndicat Général CGT

Hôtel Dieu St Jacques

2 rue Viguerie

TSA 80035

31059 Toulouse Cedex 9

Tél. : 05 61 77 84 70 Fax : 05 61 77 84 69

Mail : syndicat.cgt.hd@chu-toulouse.fr

Site : www.cgtchutoulouse.fr

https://www.francetvpro.fr/france-5/programmes/11261531

Documentaire diffusé le mercredi 14 février 2018 à 20h50

De plus en plus fréquent, le burn-out n’a pourtant pas d’existence médicale. Pour comprendre cet effondrement professionnel mais également personnel, ce documentaire donne la parole à ceux qui l’ont éprouvé dans leur chair et dresse un état des lieux alarmant du monde du travail.

« Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. » « J’allais droit dans le mur. » « Et le mur, je l’ai pris en pleine poire »… Ils sont cadre bancaire, cuisinier, assistante sociale, berger ou encore responsable associatif, et le travail qu’ils aimaient a fini par les mettre à terre. « C’est comme si on traversait un feu. On ne voit rien extérieurement, mais à l’intérieur on est dévasté », explique Brigitte. Ce mal qui ronge les salariés, c’est le burn-out. Pour Danièle Linhart, sociologue du travail, « c’est un effondrement, une remise en question tellement importante de soi, de la confiance qu’on peut avoir en soi, de ce que l’on représente, de la valeur qu’on a. Elle est si violente qu’on ne peut plus retourner au travail. »

Afin de comprendre l’origine, les étapes et les caractéristiques de cette dépression particulièrement brutale liée au milieu professionnel, la réalisatrice Elsa Fayner a recueilli les témoignages de cinq « machines de guerre » au travail qui se sont effondrées : Brigitte, Hélène, Thierry, Frédéric et Jacques. Avec pudeur, chacun revient sur le jour où leur cerveau a dit stop et tous évoquent un état d’épuisement profond. Ils racontent leurs symptômes — troubles de mémoire, problème de concentration, perte de poids soudaine, anxiété… —, les conséquences sur leur santé, ainsi que leur lente et difficile reconstruction. Ils essayent aussi de saisir les causes de leur chute et soulignent une surcharge de travail, mais aussi des problèmes d’organisation ou managériaux, un manque de reconnaissance ou encore un conflit de valeurs.

Des méthodes de management toxiques

Cette souffrance psychique qui touche des salariés d’entreprises de secteurs et de tailles différentes n’est-elle pas aussi révélatrice de dysfonctionnements et de l’évolution des méthodes de management ? « On rend l’expérience et les compétences des salariés obsolètes par la pratique du changement permanent, condamne Danièle Linhart. On restructure les services sans cesse. On recompose les métiers sans arrêt. On change les logiciels. On impose des mobilités systématiques, des déménagements. On externalise, on réinternalise. Bref, on crée un mouvement perpétuel qui brouille tous les repères et qui fait que toute l’expérience constituée auparavant ne sert plus à rien. […] C’est une logique qui est véritablement stratégique, pour faire en sorte que les salariés ne puissent pas s’opposer ou résister à ces nouvelles manières de travailler qui ont été concoctées par des cabinets d’experts et qu’ils soient obligés de se conformer strictement à la manière dont on veut qu’ils travaillent. Parce que c’est cela qui reste l’enjeu fondamental de la mise au travail capitaliste. » Depuis 2002, l’employeur a pourtant l’obligation de « prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs ».* Mais alors que le burn-out est souvent vécu comme une véritable crise existentielle pour le salarié, peu d’entreprises acceptent de remettre en question leur organisation.

Amandine Deroubaix

* Art L. 4121-1 du Code du travail. Loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002.

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MORCEAUX CHOISIS

Hélène Fléchet, assistance sociale

« J’avais l’impression d’être un peu une technicienne, et ce n’est pas possible avec des êtres humains. »

« Quand j’ai rencontré pour la deuxième fois le médecin du travail après deux mois d’arrêt, elle m’a parlé de l’inaptitude au poste. Elle a pris des gants pour me le dire, parce que le mot “inapte”, on se le prend bien dans la figure. On a fait ça pendant neuf ans et, du jour au lendemain, on n’est plus capable de faire ce travail-là. »

Brigitte Kuntz, cadre de banque

« J’ai fait un semi-coma. Quand je me suis réveillée, j’avais perdu la vue, je n’entendais presque plus rien. »

« Ce n’est pas de la fatigue, c’est de la vieillesse. C’est l’usure complète du corps, du système nerveux, de tous les organes. »

« Il n’y avait personne pour mon départ, alors que j’avais travaillé plus de dix ans dans cette boîte. Juste une secrétaire qui m’a donné le contrat à signer, et c’était fini. »

Thierry Machard, berger

« Mon cœur est descendu en dessous des 50 pulsations par minute. Mon corps avait décidé que c’était le moment d’hiberner. »

« Mon troupeau a été plusieurs fois l’objet d’attaques de chien, donc je m’étais armé. Je n’aime pas en parler, mais j’ai été obligé de laisser le fusil chez quelqu’un pour être sûr de ne pas m’en servir. »

Jacques Le Barbier, chef cuisinier

« Dans mon éducation, il y a un côté un peu pervers en ce qui concerne le travail. Quelqu’un qui ne travaille pas, c’est un faignant. C’est la raison pour laquelle je n’ai jamais été en arrêt de travail. J’ai été éduqué comme ça : on ne s’arrête pas de travailler. »

« Je ne vis pas spécialement bien mon arrêt de travail, parce que je me sens un peu inutile vis-à-vis de la société, de ma femme. J’en souffre. Ce n’est pas de gaieté de cœur. »

Frédéric Amiel, ex-responsable associatif pour la Cop 21

« D’une part, j’avais plein de contingences extérieures qui pesaient sur mon travail et qui m’empêchaient de le faire : projets de manifestations annulés, contraintes importantes de la préfecture et stress après les attentats. Mais en plus, en interne, j’avais ce que j’ai appelé le syndrome de la porte fermée, c’est-à-dire qu’ils s’étaient mis à prendre les décisions sans m’associer à la discussion. »

« Je suis heureux aujourd’hui. Je ne suis pas en dépression, mais c’est plutôt cette incapacité à imaginer la suite que je vois plus comme une tristesse. J’ai perdu un truc. »

Samuel Michalon, psychologue du travail

« Dans les facteurs d’émergence de l’épuisement professionnel, il y a l’exposition au stress chronique, mais aussi l’amour de l’activité, ce que l’on appelle l’investissement au travail. Ce sont des individus qui aiment leur activité, il y a donc un lien affectif. »

Danièle Linhart, sociologue du travail

« Le salarié vertueux, il est flexible, mobile, disponible, loyal, il vise l’excellence, il s’engage à fond, mais surtout, et on ne l’a pas assez dit, c’est celui qui accepte de se remettre en question, de prendre des risques et même de se mettre en danger. »

Robert Neuburger, psychiatre, psychanalyste

« Il y a beaucoup d’entreprises qui vous demandent de vous investir totalement, il ne faut pas. Il faut garder quelque part une petite lumière, un endroit où on récupère, où vous vous sentez bien. Bien entouré et confortable. »

« La liberté de l’humain, c’est de pouvoir choisir ses aliénations. »