Les agents de la Stérilisation des hôpitaux de Toulouse ont déposé un préavis de grève le 20 juillet 2017 , pour dénoncer la dégradation de leurs conditions de travail.Depuis 7 ans , date d’ouverture de la nouvelle stérilisation, les agents dénoncent régulièrement la dégradation de leurs conditions de travail. Le CHU s’est engagé dans une marche forcée de restructuration des services de soins pour en faire une machine à produire et non à soigner .

Cela fait plusieurs années que l’organisation de cette structure se retrouve avec une surcharge de travail du fait , entre autre ,du manque de rigueur des blocs opératoires qui régulièrement dérogent aux règles établies pour faire la demande de boites en priorité .

Cette situation est le résultat de la mise en place de la T2A qui expose tous les acteurs de la chaine à des rendements croissants .

En 2014 déjà il y avait eu une alerte lancée à la demande du personnel , car l’engorgement des locaux n’était plus acceptable .

On peut se poser la question , est- ce la crainte de l’attentat qui a fait une nouvelle fois exploser le volume des demandes de dispositifs médicaux en priorité à traiter le 13/07/2017 ? L’activité s’est vu ce jour- là augmentée de plus de 50%. 

La négociation, qui a eu lieu avec des représentants de la direction et les agents de la stérilisation n’a rien amenée de concret .

Si ce n’est de mettre une personne au niveau des blocs opératoires du CHU de Toulouse pour informer les agents de la conduite à tenir pour faire les demandes de boites en priorité .

Mise en place le logiciel Stélib sur tous les blocs , au 1er novembre ?

Mise en place du logiciel optim /opéra dans 18 MOIS ? 

Pas satisfaisant pour les agents de la stérilisation qui ont décidé de se mettre en grève illimitée à partir du 28 juillet 2017 à partir de 00heures du matin .Dans l’attente que des nouvelles propositions soient émises par la direction .

 

Rendez-vous à 8h à la Stérilisation

20 avenue Thibault Larrieu

Dans le contexte de la grève du personnel et de campagne contre la privatisation lancée par des parents, une forte désinformation est organisée par la direction concernant ce projet. Grâce à quelques « leaks » nous en savons les grandes lignes.

Quel type de montage ?

La direction souhaite externaliser la « gestion et l’exploitation » de la crèche, c’est à dire ne pas avoir recours à un « marché public » classique pour reconstruire la crèche de Purpan (vétuste)  mais passer par une « délégation de service public » qui équivaut à une privatisation de la gestion et de l’exploitation tout en gardant la mission de service public, et la propriété effective des bâtiments, mais pas dans l’immédiat.

La différence c’est que dans le cadre d’un marché public c’est l’hôpital qui investit dans le bâtiment et il lui appartient tout de suite. Dans le cadre d’une « délégation de service public » c’est le prestataire qui investit, construit et récupère son investissement par les « résultats d’exploitation » c’est à dire en dégageant des marges sur l’activité de la crèche, par une hausse de productivité, de prix ou par la recherche de subventions.

Deux solutions : ou le prestataire est à but lucratif, et là les marges doivent être importantes, ou il est à but non lucratif mais déjà les marges à dégager pour le remboursement de son investissement sont une charge importante qui pèsera sur le bon fonctionnement de la crèche.

Le problème c’est que le projet porte sur Rangueil et Purpan, or la construction du bâtiment concerne Purpan seulement, alors pourquoi privatiser Rangueil aussi ? Peut être parce que le projet à d’autres objectifs…

Le personnel ?

Dans un premier temps, il sera proposé au personnel une « mise à disposition » c’est à dire que les agents qui le souhaite resteront de statut publics, mais les conditions de travail seront soumises au code du travail (enfin ce qu’il en restera si Macron réussit son opération « retour 100 ans en arrière ») c’est à dire des conditions moins bonnes pour les agents et en conséquence pour les enfants.

La direction a déjà décidé de proposer au bout de trois ans aux agents publics leur intégration dans la crèche privée, mais aussi que les nouveaux embauchés auront un statut privé, il s’agit donc bien à long terme d’une privatisation totale dont qu’il est question.

Mais plus fort encore, alors que beaucoup d’agents actuels veulent rester en crèche, la médecine du travail propose aux agents de  Rangueil, des consultations dans le cadre de « la prévention des risques de désinsertion professionnelle » (sic!) ce qui ne présage rien de bon… Nous pensons que le prestataire doit poser ses exigences en terme de reprise de personnel public (nombre et ancienneté…) … Rappelez vous ! Il faudra faire des marges !!! Sur le dos des agents et des enfants…

Quel prestataire ?

Nous n’avons pas d’information officielle mais nous savons que ce n’est pas la MNH (qui un temps était sur le projet) mais un prestataire  à but lucratif, (On a entendu parlé des « petits chaperons rouges », tristement célèbre pour son activité assez intéressée !

Les conditions d’accueil ?

La direction prétend imposer un cahier des charges équivalent aux conditions actuelles, voire même moins cher… Déjà, au vu de ce que demande les grévistes, les conditions actuelles déjà ne sont pas idéales. Ceci étant dit, la situation actuelle : l’amplitude de 6h-22h, le nombre de berceau par rapport au nombre d’enfants, l’ouverture partielle le samedi,  le même taux d’encadrement, le conseil technique des crèches, l’accueil d’enfants malades, avec un long traitement ou avec un handicap mais aussi le prix actuel… Il nous semble… Ne seront pas des conditions acceptables pour un prestataire qui veut récupérer son investissement et/ou faire du profit. Ou alors avec un accord à court terme pour pouvoir récupérer la gestion et restructurer ensuite…

Comment résister ?

Évidemment pour toutes ces raisons, un projet de privatisation est INACCEPTABLE pour les agents et pour les enfants. Nous sommes bien sûr POUR la reconstruction de la crèche de Purpan, l’amélioration du réseau avec les crèches plus proches des domiciles, la baisse du prix, mais dans le cadre d’un « marché public » et pas d’une « délégation de service public ». La direction a conscience du risque juridique (oui un juge peut requalifier le contrat de délégation de service public en marché public) mais aussi de la colère que provoque ce projet.

Il faut continuer à signer la pétition des parents, continuer à soutenir financièrement la grève des agents et surtout mobiliser autour de vous pour que la désinformation de la direction ne marche pas.

Comme pour les autres privatisations du plan « Avenir » du directeur général, brancardage, bionettoyage, parkings, etc. la CGT exige la ré-internalisation et l’abandon des projets de privatisation. Mais aussi que l’hôpital reçoive son investissement de la sécurité sociale (et pas de l’état, encore moins des banques) et ce en augmentant les cotisations sociales, c’est le seul moyen de ne pas générer de dette, et de ne pas tomber dans l’escarcelle d’investisseurs privés.

Les représentants du CTE des syndicats CGT CFDT SUD constatent que, de nouveau, des points mis à l’ordre du jour par les représentants du personnel ont été supprimé pour la réunion du 13 juillet 2017. Nous constatons aussi que les CTE et CHSCT extraordinaires demandés sont entravés alors que le sujet relève de l’organisation générale du CHU et de la santé des agents.

Le manque de démocratie et de respect du code de la santé publique par cette direction est insupportable. La décision de s’attaquer aux représentants du personnel (mutations arbitraires, blâmes, entraves, mises en gardes) dans un contexte de plan de retour à l’équilibre (Plan “Avenir”) alors que l’effectif baisse depuis deux ans – 39  ETP (Équivalent Temps Plein) en 2015 et – 56 ETP en 2016, ou les agents en grève ne sont même plus reçus en réunion de négociation. Nous notons aussi que la confiance du personnel envers la direction s’écroule (-13 points depuis 2014 dans le baromètre social) et la souffrance au travail est toujours à un niveau jamais atteint.


Pourquoi c’est important

M Le Directeur,

En tant que parents d’enfants accueillis au sein des crèches de Purpan et Rangueil, nous souhaitons vous exprimer notre mécontentement concernant plusieurs points. Nous entendons parler de privatisation des crèches du CHU. Cependant aucune information à ce sujet ne nous est communiquée de manière officielle par la direction, qui semble se retrouver autant dans le flou que nous. Alors que nos enfants seront les principaux concernés par le changement.

Premièrement, il paraîtrait que le personnel auxiliaire de puériculture titulaire serait fortement encouragé à quitter la crèche et postuler sur la bourse de l’emploi afin de retourner dans les soins. Nous ne voulons pas que nos enfants perdent leurs repères dans une structure qui leur demande déjà beaucoup d’adaptation. Changer le personnel en cours reviendrait à les déstabiliser totalement.

Deuxièmement, la crèche hospitalière offre une possibilité d’accueil sur une large plage horaire, de 6h à 22H afin que les professionnels en horaires décalées puissent faire garder leurs enfants sans difficulté. Mais elle est également ouverte pendant les vacances scolaires, ce qui concerne tous les agents. Nous ne souhaitons pas qu’une privatisation vienne modifier ce mode de fonctionnement totalement en adéquation avec nos rythmes de travail. Car en effet, beaucoup d’agents sont dans l’obligation de travailler en horaires atypiques, afin de permettre la continuité des soins.

Troisièmement, nous n’avons aucune donnée en ce qui concerne une modification de tarification si la crèche était privatisée, ainsi que les conséquences sur l’environnement de l’enfant (matériel, jouets, livres…).

Comprenez bien que nous avons choisi de confier nos enfants à la crèche publique de l’hôpital de manière délibérée pour sa proximité sur notre lieu de travail, sa flexibilité, pour la valeur des soignants y exerçant. De très bonne réputation, elle correspond à notre choix d’exercer nos métiers au sein de l’hôpital public, le choix de la confiance, de l’exigence, de l’humanité. Vous allez mettre de façon délibérée notre qualité de vie au travail en difficulté, malgré ce que vous affichez dans vos publications.

Pour ces raisons, nous vous faisons parvenir une pétition afin de vous signifier notre désapprobation concernant votre projet de privatisation des crèches du CHU.

Cordialement,
Les usagers, anciens usagers des crèches publiques de l’hôpital et personnes solidaires.

SIGNEZ LA PETITION

Ce lundi 10 juillet les agents grévistes de la crèche du CHU de Toulouse se sont rendues pour la cinquième fois à l’Hôtel Dieu pour être reçues par le directeur général.

Jusqu’à présent nous étions face un refus net et les membres de la direction nous disaient « qu’ils ne céderaient pas à la pression »!

C’est donc une première victoire pour les agents grévistes, même si bien évidemment les revendications doivent maintenant être entendues! Elles poursuivent donc évidemment leur mouvement et seront en grève demain.

Nous appelons donc à un rassemblement à partir de 12H mardi 11 juillet dans la cour de l’Hôtel Dieu. La réunion de négociation aura lieu à 14H, il est important de les soutenir.

La CGT CHU Toulouse

Les agents de la crèche de l’hôpital de Purpan sont en grève depuis mardi 27 juin. Depuis le début de ce conflit la direction cherche à épuiser les grévistes et utilise des méthodes honteuses pour leur mettre la pression.Les conséquences de cette grève sont importantes sur tout le fonctionnement de l’hôpital.

Les grévistes demandent à voir le directeur général, le DRH refuse. La direction de l’hôpital accorde visiblement le même traitement aux enfants des hospitaliers qu’aux hospitaliers eux mêmes.

Les grévistes occupent la direction. Nous faisons appel aux soutiens extérieurs pour les rejoindre à l’Hôtel Dieu, 2 ème étage à la direction générale.

La CGT CHU Toulouse

Les agents de la crèche sont en grève depuis le mardi 27 juin.

Il a fallu envahir deux fois la direction générale pour qu’ils se décident enfin à faire des propositions écrites aux grévistes.

Ces propositions montrent un premier fléchissement de ceux et celles qui disaient au début de la mobilisation qu’ils ne lâcheraient rien, mais elles restent scandaleuses!

Le mépris se poursuit ainsi que la pression. La direction cherche à diviser les grévistes entre elles et à les éloigner des organisations syndicales. Mais cela ne fonctionne pas!

Elles restent soudées et ont décidé de poursuivre leur mobilisation. Signe supplémentaire de désintérêt, le directeur général refuse toujours de les recevoir!

Les grévistes ont fait ce matin une demande de rendez-vous pour vendredi, si un nouveau refus est opposé, elles s’y rendront et resteront jusqu’à ce qu’il accepte de les recevoir.

Les conséquences de cette grève sont importantes sur le fonctionnement de l’hôpital. La direction en porte la responsabilité.

Venez les soutenir jeudi 6 juillet de 11H à 14H devant l’hôpital Purpan.

 

Les personnels de la crèche du CHU de Toulouse sont en grève illimitée depuis le mardi 27 juin. Leurs revendications sont simples: elles se battent contre la privatisation de la crèche qui aurait des conséquences importantes sur la qualité de prise en charge des enfants, pour la reconnaissance de leur statut d’active leur permettant de partir à la retraite à 57 ans et pour le recrutement des effectifs nécessaires au bon fonctionnement du service.

Mais depuis le début de leur mouvement la direction fait la sourde oreille, pire encore elle affiche un mépris totale face à ces agents hospitaliers. Depuis le mardi 27 juin la crèche est ouverte partiellement car les agents ne font pas une journée de grève entière. Mais ce jour mercredi 4 juin la direction a décidé de hausser le ton en fermant la crèche et en envoyant les grévistes dans les services de l’hôpital! Certaines à l’accueil, d’autres au brancardage, d’autres encore dans des services de soins assez lourds alors que pour beaucoup elles ne travaillent plus dans les services de soins depuis des années.

Pour ce faire la direction les menace de sanctions disciplinaires et de retenues sur salaire! Cette pratique est totalement illégale et met en danger à la fois les enfants et à la fois les agents!

Les grévistes ne se laisseront pas faire, elles ne cèderont pas à ces pressions et seront présentes ce jour sur la crèche.

La direction du CHU vient encore de franchir un cap dans le mépris et la répression de ses agents, cela doit cesser. (voir article de médiacités du 3 juillet)

A défaut de réunion de négociation les grévistes se rendront ce jour à 11H à l’hôtel dieu pour imposer une rencontre au directeur général.

mediacites.fr/enquete/2017/06/13/pourquoi-la-situation-est-explosive-au-chu-de-toulouse/

Alice Patalacci 13/06/2017

« On sent que la direction est en train de sonner la fin de la récré ». Pauline Salingue, déléguée CGT et membre du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de l’hôpital de Purpan à Toulouse, tapote nerveusement sur la table en bois, au milieu du jardin d’enfants de sa résidence du quartier de Jolimont. La trentenaire surveille sa fille qui glisse sur un toboggan. Dans ses mains, elle tient trois feuilles. Ce sont trois convocations disciplinaires, signées de la main du directeur général du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Toulouse et du directeur adjoint du pôle Ressources humaines. « Et j’en ai encore trois autres comme ça, qui visent toutes des membres de la CGT », annonce-t-elle. Autant de preuves d’une situation devenue intenable entre les syndicats et la direction de l’hôpital.

Un suicide met le feu aux poudres

Le dialogue social était déjà tendu depuis plusieurs années, selon la CGT. Mais, le 13 juin 2016, tout s’emballe. Dans la nuit, un infirmier du service d’hypertension artérielle du site de Rangueil met fin à ses jours. Sa collègue le retrouve enfermé dans le bureau qu’ils partagent, vers 9 heures. Une fois la porte forcée par les employés de sécurité, le personnel de l’hôpital ne peut que constater le suicide. Par « injection de curare [substance qui provoque une paralysie des muscles, NDLR] et anesthésiant », précise le rapport de la commission d’enquête interne du CHU, daté de juillet 2016 et consulté par Mediacités. Le jour-même du suicide, une procédure de Danger grave et imminent (DGI) est initiée pour permettre la tenue, sous 24 heures, d’un CHSCT extraordinaire. Le personnel est réuni le 13 juin à 13 h 30, puis l’épouse de l’infirmier et sa sœur sont reçues une heure plus tard.

Une cellule de soutien psychologique arrivée trop tardivement

Le cabinet Addhoc est chargé par le CHSCT du CHU de Toulouse de l’enquête concernant le suicide. Plusieurs mois avant le drame, dès le début de l’année 2016, un membre du CHSCT avait déjà rencontré un consultant d’Addhoc, dans le cadre d’une conférence. Après discussion, ils avaient convenu de se revoir, car le CHSCT avait déjà été alerté sur la santé psychosociale « fragile » de certains salariés,
« pouvant aller jusqu’au suicide », indique un expert du cabinet à Médiacités.

Le 7 novembre 2016, après 62 jours d’enquête et 67 entretiens, Addhoc rend son premier rapport concernant le suicide de l’infirmier. Résultat : un document de 228 pages, qui met notamment en lumière l’absence de cellule de soutien psychologique pendant de longues semaines après le drame. « Nous l’avons demandé avant de commencer les entretiens mais, malgré nos relances, elle n’a été mise en place qu’en octobre », déplore un membre du cabinet. La direction hospitalière explique qu’un tel dispositif est « long à instaurer ». Elle ajoute également qu’un suivi individuel et collectif a été temporairement proposé avec la psychologue et la médecine du travail, « mais qu’il a été très peu sollicité ».

Le Code du travail indique que l’employeur a une obligation de sécurité envers ses salariés, notamment en prenant des mesures de prévention. « Or, s’il y a un blessé ou un mort, c’est le signe d’un échec en la matière, souligne Addhoc. Même s’il n’est pas le premier responsable, il n’a pas réussi à le protéger. »

Pour mieux comprendre le geste de l’infirmier, le cabinet s’est également intéressé aux circonstances du drame. Il travaillait à l’hôpital depuis une trentaine d’années et était « impliqué dans son travail au sein du service de Réanimation cardiovasculaire », rappelle la direction de l’hôpital. En 2011, l’infirmier doit faire face à des soucis de santé. Après un arrêt de travail prolongé, un poste lui est aménagé au sein du service d’hypertension artérielle. « C’est un travail très différent (…), à ses yeux, vécu comme moins valorisant », est-il précisé dans le rapport de la commission d’enquête interne de l’hôpital.

De nombreux personnels sont « en situation de détresse », indique le rapport d’expertise Addhoc. « Les indicateurs d’alerte sont au rouge et les troubles sont visibles et alarmants : burn out, dépression, tentatives de suicides, suicides. »

Trois autres suicides en quatre semaines

En quatre semaines, trois autres drames ont terni l’image de l’hôpital. Le 20 juin 2016, un infirmier de 41 ans, qui travaillait au service des urgences de l’hôpital de Purpan, a été retrouvé mort, au volant de son véhicule, au nord de Toulouse. Deux jours plus tard, une étudiante de 43 ans, en deuxième année de l’Institut de formation en soins infirmiers (IFSI), s’est suicidée à son domicile, après avoir effectué un stage au CHU. Le 1er juillet, une auxiliaire puéricultrice de 54 ans, qui travaillait en consultation à l’hôpital des enfants, met fin à ses jours.

Après ces trois nouveaux suicides, le CHSCT du CHU de Toulouse sollicite le cabinet Addhoc, pour une deuxième enquête, étendue à l’ensemble du centre hospitalier et non plus sur le seul site de Rangueil. Le travail des consultants se complique.
« L’enquête n’a commencé qu’en mars, car la direction jouait au chat et à la souris », confie un des consultants du cabinet. A ce jour, l’enquête n’est pas achevée. Addhoc dit même avoir été contraint de suspendre ses travaux sur l’hôpital des enfants après s’être vu reprocher par l’encadrement que son intervention constituait « un facteur de risques psychosociaux supplémentaire nourrissant un risque de suicide » ! Le cabinet déplore que les conditions de ses interventions de terrain « ne semblent pas réunies ».

« Ils entravent notre enquête »

Mediacités a consulté des mails échangés par Addhoc et la direction. Ils montrent les difficultés éprouvées par le cabinet pour collecter des informations nécessaires à l’enquête. Le 13 octobre, une consultante tente ainsi d’obtenir deux documents, déjà demandés trois jours plus tôt : les organigrammes généraux par pôle et par service, ainsi que les effectifs par pôle. Richard Barthes, le directeur du pôle Ressources humaines du CHU de Toulouse, lui répond sept jours plus tard, en ne lui faisant parvenir que le second document. « Concernant les organigrammes de pôle, il n’existe pas de document les retraçant. Néanmoins, ils ont tous la même configuration », balaie-t-il. Un heure après avoir reçu ce mail, la consultante insiste en répétant avoir besoin de ces données. Le 17 novembre, elle renouvelle sa demande auprès de Richard Barthes, en lui demandant a minima le tableau des emplois du CHU. Quatre jours plus tard, après une relance de la CGT, le cabinet finit par recevoir un trombinoscope et « la dernière version de la carte des métiers ».
« Ils nous demandaient tellement de choses, il nous fallait du temps pour collecter certaines informations », se défend la direction du centre hospitalier.

Le difficile passage à la caisse

Après les problèmes d’obtention de documents, c’est celui du paiement qui s’est posé. Dans un mail daté du 16 décembre, Richard Barthes demande de « revoir à la baisse » la proposition du cabinet d’expertise. Ce dernier avait proposé deux fourchettes, une haute (180 jours) et une basse (129 jours), pour 1 800 euros par jour d’intervention, sans compter les frais de déplacement (11 481 euros). Soit un total de 243 681 euros pour 129 jours, ou 335 481 euros pour 180 jours. Trop cher, tranche Richard Barthes, qui explique que cela équivaut à « la création d’une dizaine de postes d’infirmières » sur l’année. Et pourtant, à partir de la date de saisie du cabinet Addhoc, la direction de l’hôpital avait 15 jours pour contester ses tarifs ou sa légitimité. « Ce qu’ils n’ont pas fait », selon un des consultants.

Rentabilité avant tout

Mais pourquoi la situation va-t-elle si mal au sein du CHU de Toulouse ? Pour Addhoc, le constat est simple : le débat de la santé publique n’est pris que sous l’angle économique. « Les effectifs sont calculés en fonction de l’activité et de la rentabilité générée par un pôle », explique un des experts. Et ces logiques économiques et financières avancent, depuis un ou deux an(s), « à visage découvert ». « Avant, les directions se cachaient derrière de jolis mots, ajoute-t-il.. Maintenant, les termes “rentabilité” et “performance” sont souvent prononcés »…

« La grande nouveauté, c’est la réduction des effectifs : on ne vise plus un travail de qualité », continue le consultant Addhoc. En janvier 2017, la CGT assurait que 200 postes seraient supprimés sur le CHU de Toulouse en deux ans, ce que conteste la direction. L’épanouissement des salariés ? La direction du CHU de la Ville rose ne s’en cache pas : « ce qui importe, c’est le soin au patient ». Quelles que soient les conditions de travail, donc. « Nous avons une obligation d’assurer la continuité des soins, 24h/24 et 7j/7 », enchaîne-t-elle.

Les réductions de postes provoquent inévitablement des mutations de personnel. La direction hospitalière précise que « les mutations ne se font qu’au sein d’un même pôle ». Il y a par exemple cinq unités différentes au sein du service cardiovasculaire, et les employés de ces unités peuvent éventuellement être permutables. « On mutualise en respectant les compétences et certains salariés sont volontaires. Et ça nous évite de rappeler le personnel en repos », assure-t-elle. Certes, mais il est « illégal » d’appeler un salarié en jour de repos, pour le faire travailler, rappelle la CGT, en citant l’article D3141-1 du Code du travail.

Le problème de la formation des dirigeants d’hôpitaux

Pour le cabinet Addhoc, le problème prend son origine bien plus loin, jusque dans la formation des dirigeants d’hôpitaux. « Ils viennent tous de Rennes [l’Ecole des hautes études en santé publique, EHESP, NDLR]. Ils sortent aliénés de cette formation et sont persuadés que tout n’est qu’une lubie du syndicat », explique-t-il. Les consultants mettent également en avant le point faible de la direction : « Ils ne savent pas ce qu’il se passe sur le terrain, leur vision est faussée. Ils n’ont que les remontées hiérarchiques pour se faire une idée », analysent-ils.

Extrait de convocation disciplinaire.
Extrait d’une convocation disciplinaire.

Aujourd’hui, le dialogue entre la direction et les syndicats semble au point mort. La première déplore que « les expertises deviennent le nouveau mode de dialogue », quand les seconds agitent leurs convocations disciplinaires en criant à l’injustice.
« Ils arrivent dans l’hôpital des enfants et empêchent le service de fonctionner. Il faut mettre un terme à cet agissement », appuie la direction du CHU. Sourire en coin, Pauline Salingue lit les motifs quasi-kafkaïens de la convocation disciplinaire : « vous arrivez en groupe dans la salle de soins de l’unité de chirurgie pédiatrique C2, sans préavis auprès de Mme G., cadre de santé, pour lui présenter des revendications ». Elle s’arrête, puis rigole : « nous sommes syndicalistes, c’est un peu notre rôle de revendiquer des choses, même sans prévenir ».

Extrait d'une convocation disciplinaire.
Extrait d’une convocation disciplinaire.

Assise devant sa table en bois, Pauline Salingue reste déterminée, malgré la fatigue accumulée. « Tous les jours, j’entends des collègues dire que, s’ils n’avaient pas leur famille, ils se suicideraient. Nous, on n’a pas envie de laisser les gens crever », souffle-t-elle, avant d’attraper sa fille par la main et de filer à une énième réunion syndicale.

Eric Dourel 03/07/2017

Le 14 juin, cinq agents élus CGT au comité d’hygiène et de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de Purpan-Est, se sont vu infliger un blâme par la direction de l’hôpital toulousain. Comme nous l’indiquions le 13 juin dernier, des procédures disciplinaires planaient au dessus de la tête de certains salariés encartés à la CGT. Elles se sont finalement transformées en sanctions. Toutes concernent des élus qui interviennent dans le secteur de l’Hôpital des enfants. Là où, en mars dernier, le cabinet d’expertise Addhoc a dû suspendre ses travaux après s’être vu reprocher par l’encadrement que son intervention constituait « un facteur de risques psychosociaux supplémentaire nourrissant un risque de suicide ». Rappelons qu’Addhoc a été chargé par le CHSCT de rédiger des rapports sur les risques psychosociaux des personnels et sur leurs conditions de travail, suite à la vague de suicides qui a endeuillé le CHU au début de l’été 2016.

Toulouse : un infirmier du CHU de Rangueil s’est suicidé dans son bureau lundi matin http://dlvr.it/LZyq0f 

Qu’ont donc fait ces salariés pour être sanctionnés de la sorte ? L’une est « intervenue sans prévenir avec d’autres représentants syndicaux » auprès d’une cadre de santé. Une autre « a pris l’initiative de photocopier la liste établie au 10 mars 2017 des sorties de l’établissement des enfants hospitalisés ». Un autre « s’est présenté dans le bureau du cadre de santé, sans rendez-vous préalable, en vue de contrôler l’élaboration des plannings du service ». Sauf que, comme le rappelle la CGT du CHU, « ces faits constituent l’activité naturelle des représentants du personnel. Que ce soit la libre circulation des élus CHSCT, la demande de documents sans autorisation, sans rendez-vous préalable, ou encore la demande d’informations auprès des cadres lorsque la réglementation n’est pas appliquée, cela fait partie de leurs missions. »

Ce que la direction reproche surtout, c’est la « manière inappropriée et agressive » des interventions de ces élus, ce qui constitue à ses yeux, « une volonté manifeste d’intimider et de discréditer l’encadrement ». Pour avancer ces accusations, elle s’appuie sur des témoignages, rapports ou déclarations d’événements écrits par des cadres et personnels du CHU. Ce que la CGT conteste vigoureusement en parlant de « dossiers à charge ».

Un fait est particulièrement accablant : le 14 mars, une cadre de l’Hôpital des enfants voit débouler trois des représentants du personnel qui viennent lui parler d’un souci de planning. « Ils m’encerclent et m’interpellent (…), écrit-elle dans un rapport à sa supérieure hiérarchique. Je réalise qu’ils me coincent (…) Je me dirige alors vers l’extérieur du service en téléphonant aux CSS (cadres supérieurs de santé) pour me réfugier dans leur bureau. Ils me poursuivent (…) Je suis désemparée et me sens agressée ». Le jour même, elle rédige un courriel de signalement « pour acte de violence » à la direction. Et le 28 avril, soit un mois et demi après les faits, elle porte plainte pour « harcèlement moral » au commissariat de police du Mirail.

Dans le procès verbal de plainte, elle raconte : « Les 3 délégués syndicaux m’ont poursuivie dans l’hôpital ». Or toute la scène a été enregistrée avec un téléphone portable. Mediacités a consulté cet enregistrement. Les trois élus se présentent sous l’étiquette CGT, sans agressivité. Mais la cadre ne veut pas discuter avec eux : « Non mais c’est bon, c’est bon, vous voyez avec les cadres sup’ et avec le DRH, mais pas avec moi ». A-t-elle été poursuivie ? Sur ce point, on l’entend très clairement dire dans l’enregistrement : « Je continue mon travail, si vous voulez me suivre, vous me suivez ». Les élus : « Mais du coup, on voit ça avec… » – la cadre s’éloigne – « madame, juste une seconde, je contacte la cadre sup’ ? » La cadre : « Vous me suivez, on y va si vous voulez ».

Les autres syndicats s’en mêlent

Contactée par Mediacités, la direction de l’hôpital « ne voit pas pourquoi il y aurait un papier là-dessus, car quand les règles sont outrepassées, il y a des procédures disciplinaires, c’est la vie d’une entreprise ». Telle n’est pas la vision de la CGT du CHU qui a donc décidé de porter l’affaire devant le tribunal administratif. Depuis, le syndicat a reçu l’appui de trois autres organisations syndicales (CFDT, FO et SUD).

Le 30 juin, celles-ci ont quitté, avec la CGT, le Comité Technique d’Etablissement (l’équivalent du conseil d’administration) « car la direction a refusé de mettre un point à l’ordre du jour concernant les sanctions disciplinaires, mutations arbitraires (NDLR : ce 3 juillet, l’ancienne secrétaire CGT du CHSCT Purpan Est est mutée à Rangueil), plaintes et mise en garde faîtes à plusieurs membres du CHSCT ». Pour eux, « ce refus viole le code de la santé publique (article 1 R.6144-40-2 sur les compétences du Comité Technique d’Etablissement) ». Et d’enfoncer le clou en dénonçant « un abus de pouvoir qui a pour conséquence de priver les organisations syndicales de leur droit d’expression et de réduire leurs possibilités d’action ». Au CHU de Toulouse, la tension est encore montée d’un cran.