Pour information : 650.000.000 d’euros correspond à 16.250 ETP d’hospitaliers !!!!

17 juin 2015 | Par Michaël Hajdenberg et Pascale Pascariello – Mediapart.fr

En 2014, le nouveau traitement contre l’hépatite C a coûté la somme record de 650 millions d’euros à l’assurance maladie. En dépit des enjeux financiers colossaux, la question des conflits d’intérêts a été ignorée. Or des experts ayant travaillé au rapport commandé par le ministère de la santé étaient en même temps rémunérés par le laboratoire américain qui commercialise le médicament.

Existe-t-il un traitement qui soignerait la France de ses conflits d’intérêts ? Le Sovaldi, commercialisé par le laboratoire américain Gilead et présenté comme le médicament miracle pour lutter contre l’hépatite C, a coûté pas moins de 650 millions d’euros à la Sécurité sociale en 2014 (41 000 euros la cure). Soit l’un des médicaments les plus chers de l’histoire de l’assurance maladie. Dans le milieu sanitaire, l’efficacité du traitement emporte une grande majorité de suffrages : le virus n’est plus détectable dans le sang 12 semaines après l’arrêt du traitement pour 90 % des patients. Pourtant, les conditions dans lesquelles il a fait son apparition sur le marché français posent question. Le Formindep, une association de médecins, professionnels de santé et patients, vient de boucler une étude dont Mediapart a pris connaissance, qui montre que des conflits d’intérêts, multiples, ont été ignorés par le ministère de la santé. Si, après le scandale du Mediator, certains pensaient que la problématique des collusions entre l’intérêt général et des intérêts privés était réglée, ils en sont pour leurs frais.

Daniel Dhumeaux (à gauche), en compagnie de la ministre Marisol Touraine lors de la remise de son rapport en mai 2014Daniel Dhumeaux (à gauche), en compagnie de la ministre Marisol Touraine lors de la remise de son rapport en mai 2014

En effet, l’objet de l’étude de François Pesty, membre du Formindep, porte sur un rapport commandé en 2013 par le ministère de la santé, sous la direction du professeur Daniel Dhumeaux, et rendu en mai 2014. Si François Pesty fait part de certaines réserves sur l’efficacité du traitement (ne plus détecter le virus n’étant pas l’assurance de sa disparition à long terme) ; s’il s’interroge sur le stade de fibrose à partir duquel il faut avoir recours à ces nouveaux médicaments (« une question à plusieurs centaines de millions d’euros pour l’assurance maladie ») ; il pointe surtout des experts ayant travaillé à la fois pour le compte du ministère et pour le laboratoire Gilead.

Parmi les quelque 200 experts qui se sont penchés sur le sujet à l’occasion du rapport Dhumeaux, le Formindep s’intéresse particulièrement à deux groupes de travail cruciaux. Le groupe 7, en charge de « l’évaluation de la fibrose hépatique chez les patients atteints d’hépatites B et C ». Et le groupe 9, qui s’est penché sur les « conséquences cliniques et traitement de l’infection par le virus de l’hépatite C ».

Au sein de ces groupes, de nombreux experts émettaient des recommandations tout en étant parallèlement rémunérés par le laboratoire américain. Plusieurs de ces experts ont même participé à des boards, des réunions stratégiques lors desquelles les médecins donnent des conseils de développement à l’industriel, en 2013 et 2014. Au sein du groupe 9, ils sont 12 sur 20 dans ce cas ! Une telle double activité ne peut qu’engendrer des doutes sur l’appréciation portée par ces médecins.

Ces participations sont publiques : elles figurent sur la base de données du ministère. Mais à quoi cela sert-il de mettre ces informations en ligne, si c’est pour dans le même temps ne pas en tenir compte ?

Et qu’ont exactement touché ces experts, qui se sont trouvés être des leaders d’opinion efficaces dans les médias, comme on peut le voir par exemple dans cet article du Parisien ? Impossible à dire. En effet, sur le site du gouvernement, on trouve trace des frais payés par les laboratoires : restaurants, hébergements, frais de transport pour assister à un colloque par exemple. Ces frais cumulés s’élèvent généralement à quelques milliers d’euros par médecin. Grâce à l’association Regards Citoyens, qui a compilé les données existantes, on sait que Gilead a offert 1 460 000 euros de cadeaux aux médecins français entre janvier 2012 et juin 2014.

Mais, hypocrisie majeure, on ne sait rien du montant, nettement plus élevé, des conventions existant entre les médecins et les laboratoires pour des conseils de développement. En 2011, à la suite du scandale du Mediator, la loi Bertrand prévoyait que ces montants seraient rendus publics. Le ministère de la santé a cependant traîné des pieds avant de soustraire médecins et laboratoires à cette obligation. Il a fallu que le Conseil d’État se fâche, en février 2015, pour que le gouvernement remette à l’ordre du jour cette transparence de bon sens par un amendement à l’article 43 bis du projet de loi de modernisation du système de santé. Sans que cela se soit pour l’instant traduit dans les faits.

Par conséquent, on ne connaît toujours pas le montant de ces conventions. Or, ni les experts rémunérés par Gilead, ni le laboratoire américain n’ont souhaité répondre à nos questions à ce sujet.

Mais l’erreur n’était-elle pas inscrite dès le départ dans le processus ? À l’origine, c’est au professeur Delfraissy, directeur de l’ANRS (Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales), que la ministre a commandé le rapport, en janvier 2013.

Contacté par Mediapart, le professeur Delfraissy dément avoir participé à une réunion du « board » de Gilead Sciences le 18 décembre 2013, participation qui figure pourtant sur le site transparence.gouv.sante.fr.

« Depuis trois, quatre ans, j’ai cessé d’être rémunéré par les laboratoires. Mes revenus ont d’ailleurs été divisés par quatre. La rémunération d’une réunion à un board pour une journée varie entre 500 et 1 000 euros, me semble-t-il. Mais désormais ça m’arrive de façon exceptionnelle et l’ANRS prend en charge les frais. »

Mais le professeur dirige l’ANRS depuis 2005, donc une dizaine d’années. Pourquoi n’a-t-il cessé de se faire rémunérer par les laboratoires que depuis trois ans ? « C’est normal d’avoir des liens avec des laboratoires pour définir une stratégie. Le lien est nécessaire avec l’industrie pour se tenir au courant et rencontrer les dirigeants des laboratoires. » Il est pourtant possible de ne pas entretenir de conflits d’intérêts avec les laboratoires. Le professeur n’en est pas à une contradiction près puisqu’il explique, également, avoir rencontré dans un cadre légal, à l’ANRS, des représentants de l’industrie pharmaceutique et cela sans recevoir d’argent de leur part.

Minimisant l’importance des situations de conflits d’intérêts, Jean-François Delfraissy ajoute : « Un bon professionnel a des liens avec l’industrie. » Pourtant, au cours de l’entretien, le professeur Delfraissy admet avoir cessé d’être rémunéré pour des réunions de « boards » depuis trois ans « afin d’être totalement libre des laboratoires et compte tenu du contexte de suspicion qui régnait suite à l’affaire du Mediator ».

Le professeur Delfraissy insiste pour conclure sur l’importance d’avoir des liens d’intérêts avec différents laboratoires pharmaceutiques pour éviter les conflits d’intérêts majeurs. En somme, plus on a de liens d’intérêts, moins on a de conflits…

L’ANRS a confié à l’AFEF (Association française pour l’étude du foie) la mission de composer le groupe chargé de l’élaboration des recommandations – l’AFEF étant une société savante, dont les « partenaires » sont Gilead, Janssen-Cilag et Abbvie.

« Les déclarations d’intérêts, ce n’est pas mon obédience »

Le professeur Daniel Dhumeaux, hépatologue au CHU Henri-Mondor de Créteil, et qui a donc dirigé ce rapport sous l’égide de l’ANRS et de l’AFEF, a aussi accepté de répondre à nos questions. On peut lire dans sa déclaration d’intérêts qu’en novembre 2013, au cœur de sa mission, Gilead lui paie un voyage, l’hébergement, ses repas et son inscription (le tout pour 3 000 euros) à un colloque organisé par l’Association américaine pour l’étude des maladies du foie, qui se tenait à Chicago.

Pourquoi se faire offrir tout cela par Gilead ? « J’avais besoin d’assister au colloque pour le rapport que je préparais. Le ministère a refusé de prendre en charge mes frais. Et Gilead est le premier laboratoire à me l’avoir proposé. » Interrogé sur la question, le ministère nie avoir été saisi d’une demande officielle de prise en charge de ces frais, mais précise qu’il ne couvre de toute façon que les frais qui correspondent à un déplacement dans le cadre d’un ordre de mission individuel. Pour ce déplacement, le ministère renvoie la balle à l’ANRS.

Le professeur Jean-François Delfraissy, directeur de l’ANRS, admet avec embarras : « Ce n’est pas que ça ne me gêne pas. Je ne pense pas que Dhumeaux ait abusé mais il ne m’a jamais demandé de financer ce voyage. On aurait pu éviter cette situation. Mais ce n’est pas dramatique. » 

Au-delà de cette situation, le fait que plusieurs des experts ayant œuvré pour le ministère aient simultanément travaillé pour Gilead ne tracasse donc ni Jean-François Delfraissy, ni Daniel Dhumeaux. Ce dernier explique qu’il a mis en place un comité de validation et de synthèse qui « s’est affranchi du travail des experts ». Un argument repris à son compte par le ministère pour crédibiliser le rapport final. Mais pourquoi faire travailler des experts, si c’est pour « s’affranchir » de leurs conclusions ?

En réalité, c’est plutôt Daniel Dhumeaux qui s’affranchit des conflits d’intérêts, avec une franchise étonnante. « Les gens compétents ont des liens avec les industriels. Il n’y a pas d’experts compétents qui ne soient pas en lien avec des laboratoires. On est donc dans une impasse. La Haute Autorité de santé fonctionne certes différemment, mais en conséquence, elle n’a pas recours aux meilleurs experts. Je ne vais quand même pas faire un moins bon rapport avec des gens moins compétents. Les meilleurs, ce sont ceux qui ont le plus de liens avec les industriels. Car quand on travaille pour 4 ou 5 firmes différentes, les intérêts se neutralisent. »

Quand on le pousse un peu, Daniel Dhumeaux finit par admettre : « Bien sûr que non, je n’ai pas consulté les déclarations d’intérêts des experts du groupe, puisque je n’en tire aucune conséquence. » Mais dans ce cas, à quoi bon remplir des déclarations d’intérêts ? « Ce n’est pas à moi de répondre à cette question. Ce n’est pas mon obédience. »

À la Haute Autorité de santé, face aux questions sur ces conflits d’intérêts, on prend ses distances avec le rapport Dhumeaux. On explique que la HAS a son propre collège d’experts indépendants, et qu’ils ont pris le rapport Dhumeaux comme n’importe quel rapport extérieur : « La Commission de la transparence a l’habitude de travailler sur des études financées par des industriels. »

Il n’empêche : comment imaginer qu’un rapport commandé par la ministre, qui a pris plus d’un an à être rédigé, qui a mobilisé autant d’experts, n’ait pas eu d’influence sur la Haute Autorité de santé ? Et sinon : à quoi servait ce rapport ? D’ailleurs, dans ses recommandations, la Commission de la transparence de la HAS cite le rapport Dhumeaux à plusieurs reprises. La Commission de la transparence propose un taux de remboursement. Mais son avis impacte aussi directement le prix du médicament. Or si l’efficacité du traitement ne fait guère débat, son prix pose question, en France comme ailleurs (lire notre article).

Le décalage est frappant : comme le rappelait récemment Loïc Guillevin, président de la Commission de la transparence et membre du collège de la HAS, « les liens d’intérêts avec l’industrie, il y en a des majeurs et des mineurs. Les majeurs, c’est globalement d’avoir été investigateur principal d’un essai thérapeutique sur un des médicaments du laboratoire, c’est d’avoir été à un congrès invité par un laboratoire, c’est d’avoir fait des conférences rémunérées pour un laboratoire, ou d’avoir assisté à ce que l’on appelle les « boards » de laboratoire ». Loïc Guillevin expliquait : « Quand on a un lien, on n’instruit pas le dossier du médicament, on ne vote pas, on sort de la salle. » L’exact opposé de ce qui a été fait par les experts du rapport Dhumeaux.

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Société – Rassemblement CGT et Convergence 65 devant l’ARS et la préfecture

Le rassemblement s'est déroulé, dans un premier temps, devant l'Agence régionale de santé et s'est terminé devant la préfecture./ Photo DDM, Laurent Dard.
Le rassemblement s’est déroulé, dans un premier temps, devant l’Agence régionale de santé et s’est terminé devant la préfecture./ Photo DDM, Laurent Dard.
 

Que soit retiré le projet de loi santé et abandonné le plan d’économie de 3 milliards pour les hôpitaux. Cette revendication a été portée, hier, par l’union syndicale départementale Santé et Action sociale CGT, lors d’un rassemblement qui s’est déroulé place Ferré, devant l’ARS.

Une centaine de personnes y ont participé, brandissant des banderoles ou des slogans sur lesquels on pouvait lire : «La santé n’est pas une marchandise».

Secrétaire de l’USD 65, Wilfried Zapparoli a déroulé les nombreux points qui posent problèmes. «Moins de lits, une masse salariale à contrôler, une renégociation des accords sur les 35 heures», énumère-t-il, considérant qu’il faut stopper la politique de baisse des dépenses publiques, «mettre un coup d’arrêt aux suppressions de postes, à la dégradation des conditions de travail dans nos établissements, à la diminution de la qualité de prise en charge et de l’offre de soins».

Hôpitaux de Lannemezan : six services en grève

C’est donc une détérioration du service public qui est dénoncée. Georges Dussert, porte-parole du collectif Convergence 65, est venu affirmer sa solidarité avec les hospitaliers. Autre demande : le dégel du point d’indice dans la fonction publique. Les protestataires dénoncent, d’autre part, une nouvelle baisse de l’Ondam (Objectif national des dépenses d’assurance maladie). Et encore un motif d’inquiétude : «le projet de loi de modernisation de la santé rend obligatoire l’adhésion pour tous les hôpitaux à un Groupement hospitalier de territoire (GHT), prélude à la fusion des hôpitaux publics entre eux, mais aussi avec le secteur privé, et à la suppression massive de postes dans le service public hospitalier». Tout cela fait craindre à la CGT de nouveaux contrats de retour à l’équilibre et des suppressions de postes. Elle fait observer que les conditions de travail se dégradent également dans les maisons de retraite. La lutte contre ces mesures s’organise, notamment aux Hôpitaux de Lannemezan, représentés par Michel Dabat, où six services sont en grève pour «non -respect des projets médicaux et déqualification des postes». Sans compter que les thermes de Capvern sont menacés. D’autre part, on apprend qu’à l’Ormeau, des négociations sont en cours sur les NAO (Négociations annuelles obligatoires). Des délégations ont été reçues, hier matin, à l’ARS et à la préfecture.

25 juin 2015 | Par Mathilde Goanec – Mediapart.fr

Avec un objectif de dépenses « historiquement bas » pour 2016 et 2017, comme le relève le directeur de la Sécu en personne, l’hôpital est au régime sec, au point de provoquer la colère croissante des personnels, des médecins, mais aussi celle des directeurs. Une grève a lieu ce jeudi, à l’appel de la CGT, de FO et de SUD. 

À quelle sauce sera mangé le système de soins français, au-delà de la grogne de l’AP-HP ? Le conflit qui oppose depuis de longues semaines Martin Hirsch et les hôpitaux parisiens est un épiphénomène, à la fois exemplaire et singulier. « Il y a, forcément, une forte politisation autour de Paris à cause de la personnalité de Martin Hirsch, de la proximité avec les décideurs, de la taille des hôpitaux dans la capitale et du nombre de patients, résume Frédéric Pierru, sociologue spécialiste des politiques de santé. Mais l’AP-HP donne néanmoins le « la » au niveau national. » Et la négociation parisienne révèle en creux le dilemme auquel font face aujourd’hui les directeurs d’hôpitaux français.

Chaque année, un objectif national de dépenses d’assurance maladie (Ondam) est défini. Charge ensuite aux hôpitaux de faire avec les moyens alloués. En 2015, la progression des dépenses de l’Ondam a été fixée à 2,1 % par la loi de finances. Déjà trop peu pour les personnels soignants. Une grève a précisément lieu ce jeudi 25 juin, à l’appel de la CGT, de FO et de SUD, pour protester contre « l’austérité » à l’hôpital, qui doit déjà composer avec 500 millions d’euros en moins.

Mais le pire est à venir. Pour les deux années à venir, l’Ondam devrait chuter à 1,75 %, ce qui suppose 2,2 milliards d’euros d’économies supplémentaires d’ici 2017. Or, spontanément, les dépenses de soin augmentent d’environ 4 % par année. La faute à la démographie, au coût des médicaments, aux progrès médicaux et techniques, etc. « À 4 %, on se maintient. À 2,5 %, c’est compliqué. Sous les 2 %, c’est impossible, assure Frédéric Pierru. Vous ne pouvez pas faire fonctionner un tel système avec ce chiffre, ça le fait forcément plonger. Quand on fait ça, on fabrique sciemment du déficit pour les hôpitaux. » Et si la Sécurité sociale emprunte à des taux généralement très bas, c’est loin d’être le cas des établissements de santé, qui commencent à trouver que la note est salée.

Selon une note que Mediapart s’est procuré, rédigée par le directeur de la Sécurité sociale et adressée début juin aux différents ministres concernés (santé, affaires sociales, finances), la Sécu tire également la sonnette d’alarme. La procédure, en soi, n’a rien d’anormale, mais le ton est donné : « Cet exercice rituel en cette période est affecté cette année par des contraintes inédites. L’objectif global, fixé à 1,75 %, est historiquement bas. » Plus loin, la note met en garde : « Ce débasage vient réduire de façon pérenne les recettes des établissements de santé, ce qui tend davantage leur situation financière et augmente le risque que les économies Ondam 2016 se traduisent par une hausse du déficit hospitalier. » Dans les ministères “ sociaux ”, on s’étonne d’ailleurs de cette orthodoxie budgétaire acharnée déployée par les socialistes… « Une gestion de curé » imposée pour répondre aux exigences bruxelloises en termes de stabilité budgétaire alors que, pendant des années, la droite ne s’est pas privée de faire largement exploser les compteurs.

Le texte ne s’arrête pas là. Des « dépassements » vont avoir lieu en 2015 (typiquement, une épidémie de grippe), qui « constitueront autant d’économies supplémentaires à trouver en 2016 »« Il s’agit donc de durcir significativement la trajectoire », entre 2015 et 2017, « alors même que le respect de ce plan supposait déjà des efforts répétés jamais accomplis par le passé. » La perspective de ces nouvelles économies à venir fait frémir, bien au-delà des rangs de syndicats de salariés. « L’Ondam, ce n’est pas une extrapolation réelle de ce que va coûter un nombre d’actes définis, se plaint Michel Rosenblatt, secrétaire général du syndicat Syncass CFDT, qui regroupe cadres et directeurs des établissements sanitaires publics et privés. C’est un objectif à atteindre, que l’on ventile au doigt mouillé, pour tenter d’équilibrer les efforts. » L’ancien directeur des hospices civils de Lyon récuse cette « course sans fin », initiée sous Douste-Blazy, ministre de la santé en 2004 : « On fait la pirouette, en reportant sur l’année suivante les charges, en faisant du one shot et des économies de bouts de chandelle. Ce n’est pas possible de continuer ainsi. »

Ce qui fâche, c’est aussi tout ce que la ministre de la santé ne dit pas. Au début de l’année, Marisol Touraine a tenté le tour de passe-passe sémantique, en déclarant à l’AFP que les économies demandées à l’hôpital « doivent s’entendre non pas comme une réduction des dépenses mais comme une évolution maîtrisée de l’augmentation des dépenses ». Dont les instruments seraient une meilleure rationalisation des achats, de meilleurs tarifs auprès des fournisseurs, ou encore un repli des hospitalisations au profit de l’ambulatoire et de la médecine de ville. Or dans la loi santé récemment adoptée, l’objectif de renforcement d’un service territorial de santé, en dehors de l’hôpital, a fondu comme neige au soleil. Reste seulement l’incitation faite aux libéraux à s’organiser entre eux, ce qui est loin d’être suffisant pour soulager l’institution hospitalière. « Au-delà du discours politique, c’est une vraie dérégulation de la médecine de ville qui est à l’œuvre. Le dépassement d’honoraires n’a pas été réglé. La répartition géographique non plus. Les classes populaires, progressivement chassées de la médecine de ville, se retrouvent dans les permanences d’accès au soin ou aux urgences qui sont sans cesse engorgées, ajoute Frédéric Pierru. Mais pour tenir le rétrécissement progressif de l’Ondam, on a diminué drastiquement l’enveloppe Migac, censée financer ces missions d’intérêt général, qui ne sont pas soumises à la tarification à l’activité. Encore une fois, ce sont les plus fragiles qui vont trinquer. »

Un autre des leviers d’économie est évidemment l’emploi. Là aussi, la prudence est extrême. Pour le ministère, il est seulement question de « maîtrise de la masse salariale », selon un document révélé par Challenges en février. FO et la CGT ont fait leurs calculs à partir des tableaux ayant fuité : les syndicats craignent 20 à 30 000 emplois engloutis dans les trois années à venir quand, officiellement, il n’y a pas de réduction de postes. « Ce qui nous met en colère, c’est la logique de la langue de bois et que les choix ne soient pas assumés, tempête Michel Rosenblatt. Le plan triennal ne prévoit pas de suppressions d’emploi. Et factuellement c’est vrai. Mais quand on supprime l’équipe de nuit dans le cadre d’une réorganisation, on supprime de fait des emplois. On va aussi prendre plus de contractuels alors que c’est contradictoire avec les politiques de réduction de la baisse de la précarité dans la fonction publique… Et tout est à l’avenant. » Externalisation d’un nombre grandissant de tâches au privé, recours à l’intérim, aux CDD, à des internes étrangers, rappel sur repos des infirmières, les recettes sont connues. « Mais là, on touche à l’os », rappelle Frédéric Pierru.

Une autre option pour retrouver de l’air est la remise en cause des accords sur le temps de travail. Tous les établissements (à Marseille et à Lyon notamment) observent donc de près l’issue du conflit parisien, car c’est le choix qu’a fait Martin Hirsch, prenant appui sur l’accord plutôt avantageux signé à l’époque du passage aux 35 heures. Mais la mobilisation des soignants a rappelé que le régime horaire dont les hospitaliers bénéficient était la soupape nécessaire pour affronter des conditions de travail singulièrement dégradées. Le gouvernement ayant par ailleurs lâché Martin Hisrch en route, peu de directeurs se risqueront désormais à ouvrir le dossier chez eux.

La charge va donc inexorablement s’accentuer. La qualité du soin donné au patient tient encore, cahin-caha, au prix d’une détérioration des conditions de travail. Suicides en chaîne d’agents en 2012 au CHU de Lille, d’une anesthésiste à Châteauroux en 2014, les alertes se multiplient. « C’est une question plus large, celle d’un monde du travail qui rend les gens plus corvéables et davantage sous pression qu’autrefois, constate un observateur qui souhaite rester anonyme. L’hôpital est sans doute touché plus tard que les autres par ce changement et c’est forcément douloureux. »

Une des propositions des organisations patronales suscite particulièrement l’hostilité des syndicats : la mise en place d’une décote temporaire et dégressive pour tout départ à la retraite avant 65 ans.

Par Frédéric Cazenave

Avant même le début d’une nouvelle réunion de négociations au sujet de l’avenir financier des régimes de retraite complémentaire (Agirc-Arrco), patronat et syndicats ont évoqué un nouveau rendez-vous « en septembre ». Les positions des partenaires sociaux restent très éloignées.

Une des propositions des organisations patronales suscite particulièrement l’hostilité des syndicats : la mise en place d’une décote temporaire et dégressive pour tout départ à la retraite avant 65 ans. Selon cette proposition, à partir de 2019, un salarié arrêtant de travailler à 62 ans se verrait appliquer une décote de 30 % la première année, de 20 % la suivante, et de 10 % à 64 ans, avant de bénéficier d’une retraite à taux plein sur ses complémentaires à 65 ans.

Pour bien comprendre l’impact de cette mesure sur les pensions des retraités, nous avons demandé au cabinet Opitmaretraite de réaliser cette simulation pour un salarié cadre ayant travaillé tout au long de sa carrière.

Exemple : cadre gagnant 54 000 euros de salaire brut par an (salaire moyen des cadres selon l’Association pour l’emploi des cadres)
Règles actuelles : A 62 ans, il perçoit 29 290 euros de pension par an (2 440 euros par mois).
Règles voulues par le Medef : A 62 ans, il toucherait 25 567 euros de pension par an (2 130 euros par mois) ; puis 26 808 euros à 63 ans ; puis 28 049 euros à 64 ans, avant de retrouver le taux plein à 65 ans.

Au total, ce retraité perdrait donc 7 447 euros entre 62 et 65 ans par rapport à la situation actuelle.

La perte de revenu est telle que cette mesure serait de nature à obliger les Français à partir après 62 ans. La négociation autour de l’Agirc-Arrco servirait alors à repousser de facto l’âge de départ à la retraite.

paru dans CQFD n°131 (avril 2015), rubrique , par  Téklé Haimanot, illustré par 
mis en ligne le 02/06/2015 – commentaires

Par Rémy Cattelain. {PNG}Dans une Grèce frappée par un ouragan de réformes néolibérales, la population s’est souvent vue obligée, pour lui survivre, de compter sur ses propres forces. Exemple : depuis 2012, des cliniques autogérées ont remplacé un système de santé publique en voie d’effondrement.

Septembre 2014. « Il y a des fantômes dans ce pays ! On appelle comme ça les personnes oubliées, qui n’ont plus aucun droit : ni santé, ni instruction, ni logement. Aucun droit, sauf celui de payer. »

Nikos évoque à la fois une situation tragique et une résistance tenace, constructive. Il parle depuis la clinique sociale de Peristeriou, dans la banlieue nord-ouest d’Athènes. Ce centre de soins alternatif est l’une des douze cliniques et pharmacies qui, sur le territoire de la capitale, sont nées de la crise. Un réseau horizontal coordonne ces lieux avec ceux de tout le pays, une quarantaine environ. C’est grâce à de telles structures que, ces dernières années, une partie de la population, exclue du système de santé publique, a pu bénéficier de soins médicaux.

« Depuis quatre ans, le système de santé publique a d’énormes problèmes. Il a subi des diminutions drastiques de budget, jusqu’à 30 ou même 40%. Aujourd’hui, les hôpitaux ont un mal fou à s’approvisionner en médicaments, à assurer les conditions d’hygiène de base ou à se fournir en instruments médicaux. » L’application aveugle des mémorandums européens a eu des effets dévastateurs. D’un côté, l’État s’est déchargé de plus en plus sur les patients pour payer les frais du service. De l’autre, il a rendu inefficients les services, au détriment même de ceux qui disposent encore d’une mutuelle [1]. Au-delà des politiques gouvernementales, la crise économique a évidemment joué son rôle. Du temps de l’État-providence grec, c’était par le contrat de travail qu’on accédait à la protection sociale. Mais ce système s’est fracassé contre un chômage qui atteint les 27,6%, et jusqu’à 55,1% chez les jeunes [2]. On estime qu’aujourd’hui environ trois millions de personnes, soit 25% de la population, n’a pas accès à la santé publique [3].

Voilà pourquoi, depuis 2012, plusieurs dizaines de cliniques et pharmacies sociales ont été créées dans tout le pays. Développant leurs activités en toute illégalité, elles tentent de fournir consultations et médicaments gratuits à tous les patients dans la dèche. « Dans nos structures, on ne fait pas de discrimination ! Quand quelqu’un frappe à notre porte et a besoin de soins médicaux, il sera bien traité. Pas question de mutuelle, d’affiliation à la Sécu ou de papiers d’identité. Et il ne faut pas nous confondre avec les ONG qui travaillent ici, en Grèce. On fait pas de la charité, mais de la solidarité ! » Ces lieux sont gérées par des assemblées. Leur philosophie est celle de la démocratie directe et de la participation, en essayant d’impliquer les patients et les habitants du quartier. Les locaux sont soit donnés par des particuliers, soit prêtés par des écoles ou des mairies sympathisant avec le projet, ou alors ils se situent dans des immeubles squattés. La difficulté première reste l’approvisionnement en médicaments, matériel et instruments médicaux. « La grande différence entre nous et les ONG, c’est qu’elles sont financées par l’Union européenne ou d’autres institutions, alors que nous avons choisi de ne pas compter sur ce système-là. Quand on a besoin de quelque chose, comme des médicaments ou des appareils d’analyse, on les obtient par des dons solidaires. Et très souvent, ce sont des personnes “ordinaires” qui font ces dons. Par exemple, certains nous apportent les médicaments dont ils n’ont plus besoin. Ou des médecins qui partent à la retraite nous cèdent gratuitement leurs instruments. » À travers un réseau de solidarité local et international, en particulier avec l’Allemagne et l’Autriche, ces cliniques et pharmacies arrivent à surmonter, au moins partiellement, leurs difficultés matérielles. Au final, la collaboration entre cette quarantaine de structures sanitaires a permis de couvrir une demande de soins bien plus large que celle que chaque groupe pouvait espérer couvrir isolément, donnant parfois l’impression d’un véritable système de santé parallèle. « Quand on n’arrive pas à soigner certaines maladies graves par nos propres moyens, soit l’on fait pression sur les hôpitaux pour qu’ils prennent en charge gratuitement les patients, soit l’on passe par des médecins amis qui travaillent dans les établissements publics. Pendant leurs heures de travail, ces derniers contournent les contrôles et examinent, puis soignent les patients que nous leurs envoyons. »

Ces cliniques et pharmacies ne sont qu’un exemple parmi d’autres d’un phénomène de réorganisation sociale du pays par la base. Face à la crise économique et à la nécropolitique de la Troïka, la Grèce est aujourd’hui traversée par des expérimentations qui tendent vers une réappropriation de la politique et vers des formes d’autonomie de la société. En ne se focalisant que sur les derniers changements institutionnels, on risque de passer à côté de toute une série de pratiques autogestionnaires qui traversent la société grecque ces dernières années. Depuis janvier 2015, une question tourmente tous les médias d’Europe : « Que va réussir à obtenir le nouveau gouvernement Syriza-Anel ? » Alors que la question essentielle, qui permettrait de donner la parole à ces expérimentations et à la réalité sociale du pays, serait plutôt : « Jusqu’où iront les mouvements sociaux sous ce nouveau gouvernement ? »

La zone des ballastieres, quatre lacs situés à côté de l'Oncopole.
La zone des ballastières, quatre lacs situés à côté de l’Oncopole. – FrŽdŽric Scheiber/20MINUTES

Beatrice Colin

Alors que les premiers patients sont arrivés depuis plusieurs semaines maintenant sur le site de l’Oncopole, le maire de Toulouse a décidé de relancer le Ministre de la Défense sur la dépollution des ballastières.

Calendrier et procédé

Dans un courrier envoyé récemment à Jean-Yves Le Drian, Jean-Luc Moudenc rappelle que «la proximité immédiate des quatre ballastières et l’absence de réponse dans l’instruction du traitement de dépollution des 5.000 tonnes de nitrocellulose tendent à entretenir de fortes inquiétudes de la part des occupants».

L’élu sollicite ainsi le gouvernement pour savoir quel procédé a été retenu pour la dépollution et quel sera le calendrier.

Une demande qui fait écho à celle formulée en octobre par les élus écologistes lors de la venue à Toulouse du Premier Ministre pour l’inauguration de l’Institut Universitaire du Cancer, sur le site de l’Oncopole, à quelques mètres des ballastières.

Initialement résultat prévu pour… fin 2013

Il faut dire que ce dossier fait figure de véritable serpent de mer, pour ne pas dire d’arlésienne. Depuis l’explosion de l’usine AZF, les riverains attendent des réponses sur ce dossier. Après de multiples études sur la quantité de nitrocellulose – des bandelettes explosives inertes si elles sont enfouies dans l’eau -, mais aussi sur la possibilité de dépolluer sur place ou encore les procédés à utiliser, ils s’attendaient à avoir une réponse en fin d’année dernière.

Un engagement qu’avait pris la direction générale de l’Armement en juillet 2013. Lors d’une réunion, ils avaient présenté les résultats d’une ultime étude en vue de la réhabilitation de ces lacs. Avec trois options: brûler la nitrocellulose hors du site, l’éliminer sur place par biodégradation ou tout simplement mieux sécuriser le site et laisser la nitrocellulose là où elle est depuis les années 1920.

Infection, maladies cardiovasculaires
Les effets du changement climatique pourraient remettre en cause plus de 50 ans d’avancées en matière de santé publique. Des experts internationaux appellent à agir rapidement.

Jorge Saenz/AP/SIPA

Publié le 23.06.2015 à 13h17

Le réchauffement climatique pourrait ébranler un demi-siècle de progrès sanitaires, met en garde la Commission du Lancet sur la santé et le changement climatique dans unrapport publiée ce mardi.

« Les effets du changement climatique se font déjà sentir et les prévisions d’avenir représentent un risque inacceptable et potentiellement catastrophique pour la santé humaine », alertent les experts internationaux.

Au cours du dernier siècle, la hausse de la température a presque atteint 1 degrés Celsius. Un degré de trop qui bouleverse le climat mondial et entraîne des phénomènes météorologiques de plus en plus extrêmes et nombreux.

250 000 morts par an

Les inondations et les sécheresses à répétition mettront en péril la sécurité alimentaire et dégraderont la qualité de l’eau potable. Elles augmenteront le risque de maladies infectieuses, notamment le paludisme, la mortalité par maladies cardiovasculaires ourespiratoires.
En 2014, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a estimé que le changement climatique serait la cause de 250 000 morts supplémentaires chaque année entre 2030 et 2050.

Le changement climatique se présente donc comme le défi majeur du 21e siècle, estiment les auteurs. Et face à cette menace, ces derniers rappellent l’importance de limiter la hausse de température à 2 degrés d’ici la fin du siècle en limitant, mais surtout, en diminuant les émissions de gaz à effet de serre.

Promouvoir les villes durables

Pour y parvenir, les spécialistes recommandent de renforcer les systèmes de santé des pays en voie de développement, d’éliminer les énergies fossiles, tel que le charbon, et d’investir dans les énergies propres et renouvelables. Ils encouragent également la transition vers des villes durables dans lesquelles les modes de transport propres (vélo, marche à pied…) côtoient des immeubles économes en énergie et des espaces verts.

Dans son rapport, la Commission rappelle qu’aucune région du monde ne sera à l’abri. C’est donc à l’échelle de la planète que les décisions doivent être prises. Mais force est de constater que tous les accords signés jusqu’à maintenant ont peu ou pas été respectés.
Tous les yeux seront donc rivés sur Paris en décembre prochain pour la COP 21 qui doit aboutir à un accord international permettant de contenir le réchauffement global en deçà de 2°C.

http://lentreprise.lexpress.fr/actualites/1/actualites/les-souffrances-psychiques-au-travail-plus-couramment-detectees-etude_1692320.html

Paris, 22 juin 2015 – Les souffrances psychiques sont plus couramment détectées en France, selon une étude publiée mardi qui relève parallèlement que dépression, anxiété liée à l’emploi et burn-out touchent plus fréquemment les femmes que les hommes.

D’après ce travail de l’Institut national de veille sanitaire (INVS) publié mardi dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH), le taux de prévalence (à savoir la proportion d’une population atteinte par les troubles en question) est passé chez les hommes salariés de 1,1% en 2007 à 1,4% en 2012.

Pour les femmes salariées, ce taux a progressé également sur la période, passant de 2,3% en 2007 à 3,1% en 2012, soit à un niveau « deux fois plus élevé que chez les hommes« , observe l’étude qui n’apporte pas d’explication sur cette différence hommes/femmes.

Tous salariés confondus, la progression du nombre de cas de « souffrance psychique au travail« , telle que comptabilisée par les médecins du travail, peut s’expliquer par la « plus grande couverture médiatique des pathologies liées au travail« , estiment les épidémiologistes de l’INVS auteurs de l’étude.

Cette hausse peut aussi s’expliquer par une « libération de la parole auprès des médecins du travail » et par une plus grande sensibilisation de ces derniers sur ces troubles, selon ces chercheurs.

Mais ils estiment aussi que le phénomène « peut être mis en parallèle avec la détérioration des conditions de travail constatée ces dernières années« , notamment celles liées à l’organisation du travail et au durcissement des relations à la fois entre collègues et avec la hiérarchie.

Les « épisodes dépressifs légers » et les « troubles anxieux et dépressifs mixtes » – à savoir un mélange de plusieurs symptômes anxieux et dépressifs – sont statistiquement les troubles psychiques liés au travail les plus souvent rapportés chez les salariés. 

Le nombre de personnes souffrant de burn-out, à savoir d’épuisement physique et psychologique à cause du travail, a progressé régulièrement tout au long de la période étudiée mais ce trouble reste nettement moins courant que les dépressions légères et les troubles anxieux.

L’ensemble de ces symptômes touchent statistiquement plus fréquemment les salariés plus âgés: la probabilité d’en souffrir est « sept fois plus élevée pour les hommes de 45 à 54 ans par rapport au moins de 25 ans« , note l’étude.

« Cette probabilité augmente également avec la catégorie sociale« , à savoir la souffrance psychique est plus courante parmi les cadres que chez les ouvriers, relèvent encore les chercheurs de l’INVS.

18 juin 2015 | Par Caroline Coq-Chodorge – Mediapart.fr

Les revirements de Martin Hirsch à l’AP-HP et l’abandon de son projet de réaménagement du temps de travail n’ont pas apaisé la colère du personnel hospitalier, ni brisé le front syndical. Ces quatre semaines de conflit ont un seul mérite : dévoiler l’impasse budgétaire dans laquelle le gouvernement conduit l’hôpital.

À l’AP-HP, Martin Hirsch est en bien mauvaise posture. Quatre semaines de conflit social, sans une seule minute de négociation avec les syndicats, signe l’échec de sa méthode. Sur le sujet sensible du temps de travail, intriqué avec la vie privée, déjà éprouvé par les plans d’économies successifs, il a voulu imposer ses vues aux 75 000 personnels non médicaux de l’AP-HP. En supprimant 5 des 20 jours de RTT des agents, il promettait de renforcer la présence des soignants au lit des malades. Mais personne ne l’a cru, car l’AP-HP doit réaliser 150 millions d’euros d’économies en 2015, dont 20 à 30 millions d’euros sur la masse salariale.

D’errements en revirements, il a finalement abandonné son projet de réforme et tendu la main aux syndicats. Dans un courrier qu’il leur a adressé vendredi 12 juin, il admet : « La négociation sociale n’a pu véritablement s’engager et les instances consultatives du personnel, tant au niveau central que local, sont menacées de paralysie. » Il abandonne son projet et propose que s’ouvrent « des espaces d’expression et de discussion » sur « l’organisation et les conditions de travail » dans des services volontaires. Il n’est même plus question du temps de travail. À partir de cet état des lieux, la direction fera de nouvelles propositions. Bravache, il vise même « un accord majoritaire », c’est-à-dire incluant la signature de la CGT majoritaire et peu accommodante.

Mais l’intersyndicale, qui offre un front toujours uni, de Sud à la CFDT, a rejeté mardi cette main tendue. Elle craint « des expérimentations pendant l’été, donc un passage en force ». Mais surtout, « la colère ne retombe pas, assure Rose-May Rousseau, secrétaire générale de la CGT à l’AP-HP. Nos délégués ne veulent pas que le mouvement faiblisse. Car les personnels expriment une souffrance au travail trop longtemps contenue ». L’appel à la grève ce jeudi 18 juin a été maintenu et entendu. Si les manifestants étaient moins nombreux que les 21, 28 mai et 11 juin, ils étaient tout de même plusieurs milliers rassemblés au pied du siège de l’AP-HP.

18 juin 2015, dans la manifestation du personnel de l'AP-HP18 juin 2015, dans la manifestation du personnel de l’AP-HP © CCC / MP

Martin Hirsch a écorné son image sociale, construite à la présidence d’Emmaüs, puis comme haut commissaire aux solidarités actives de 2007 à 2010, où il a conçu le RSA. Les agents de l’AP-HP ont été blessés par son manque de considération envers la réalité de leurs conditions de travail. Ils voient une forme de duplicité chez le directeur général. « M. Martin à Emmaüs, M. Hirsch à l’AP-HP », pouvait-on lire sur une bannière de manifestants. Les syndicats s’interrogent : « Sommes-nous face à un haut fonctionnaire ou un homme politique ? »

« Martin Hirsch est un kouchnérien : il pense qu’avec une très grande volonté, il peut convaincre tout le monde de le suivre », analyse Patrick Pelloux, le président de l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf) et membre de la Commission médicale d’établissement (CME) de l’AP-HP. Martin Hirsch a en effet été le directeur de cabinet de Bernard Kouchner, lorsqu’il était secrétaire d’État à la santé (1998-1999).

« Les 35 heures autrement » : c’est ainsi que Martin Hirsch a voulu vendre aux personnels un renoncement à leurs acquis sociaux. Il est un adepte de la pensée positive. En créant le RSA déjà, il pensait avoir trouvé « la prestation miracle », selon le mot des chercheurs Bernard Gomel, Dominique Meda et Évelyne Serverin, auteurs d’un rapport cruel sur le « Pari perdu de la réduction de la pauvreté par le RSA ». En majorant les petits revenus avec le RSA activité, Martin Hirsch espérait sortir les chômeurs de leur « trappe à inactivité ». Cette réforme a été un lourd échec : deux tiers des bénéficiaires potentiels du RSA activité ne le demandent pas, parce que le dispositif est à la fois trop compliqué et stigmatisant. Le gouvernement a d’ailleurs fait le choix de l’abandonner au profit d’une nouvelle prime d’activité.

« Je le crois honnête, poursuit Patrick Pelloux. À l’AP-HP, il espère dégager de nouvelles marges de manœuvre en réorganisant le temps de travail. Mais je ne suis pas sûr qu’il y en ait tant que ça. » Pour le psychiatre Bernard Granger, lui aussi membre de la CME, « le sujet des RTT masque le vrai problème : les effectifs sont insuffisants au lit du malade. La productivité du personnel ne cesse d’augmenter, mais les limites sont atteintes, c’est ce qu’expriment avec force les manifestants ». « Nous sommes tous devenus des ouvriers spécialisés sur une chaîne de montage, renchérit Anne Gervais, praticien hospitalier et vice-présidente de la CME. Dans ce flux intensif, nous perdons notre engagement et notre motivation. »

Le front des médecins

Martin Hirsch aime les missions impossibles. Hier, faire passer une réforme sociale sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Aujourd’hui, communiquer sur la qualité de vie au travail, alors qu’il est chargé de mettre en œuvre un plan de rigueur sans précédent dans le plus grand CHU de France. Mais il reste un exécutant sur un siège éjectable. La ministre de la santé commence d’ailleurs à le mettre en garde : « des maladresses ont été commises », relaie son entourage. Mais Marisol Touraine « soutient la démarche de Martin Hirsch, qui est dans son rôle lorsqu’il veut faire évoluer les conditions de travail, au bénéfice du personnel et des patients. Le statu quo n’est pas possible ». Mais elle ajoute : « Les conditions de travail relèvent de la responsabilité de chaque établissement. » Une manière de prendre ses distances, au cas où Martin Hirsch se trouverait pris au piège dans la toile serrée de la contrainte budgétaire. Elle est colossale : le budget de l’AP-HP augmente de 2,05 % en 2015, ce qui implique en réalité 150 millions d’économies par rapport à une progression naturelle des dépenses de + 4 %. En 2016 et 2017, le budget sera plus contraint encore, en progression de + 1,75 % seulement.

Les médecins ont ouvert un front connexe, non contre Martin Hirsch, mais contre le gouvernement : le 9 juin dernier, la CME a « très majoritairement » rejeté les comptes pour 2015. L’avis n’est que consultatif. Mais les médecins expriment ainsi leur « refus du “matraquage” budgétaire que le gouvernement impose aux hôpitaux ». « Martin Hirsch ne peut pas se rebeller contre ce plan d’économies. Pourtant il est désespérant, parce qu’il consiste en des coups de rabot et ne porte aucune vision positive de l’hôpital », explique le psychiatre Bernard Granger. La vice-présidente de la CME, Anne Gervais, a elle refusé de participer à ce vote : « Il ne faut pas se moquer du monde. On ne vote pas quand il n’y a pas de choix. La contrainte budgétaire est externe à l’AP-HP. Et parce qu’elle est mise en œuvre dans le système de la tarification à l’activité, nous sommes sans cesse obligés d’augmenter notre activité, alors que nos tarifs baissent. Si l’on ne change rien à cela, nous sommes tous morts. Mais en trois ans, ce gouvernement n’a rien fait. Des économies sont possibles à l’hôpital, mais en ralentissant doucement le rythme, et en s’articulant bien avec la médecine de ville. Mais là encore, on en est loin. »

Le conseil de surveillance a adopté le budget 2015. Son vice-président Bernard Jomier, adjoint à la maire de Paris chargé de la santé et de l’AP-HP, s’en explique : « On peut combattre politiquement les choix budgétaires du gouvernement. Mais l’objectif de dépenses voté par le Parlement pour l’hôpital s’impose à l’AP-HP. » Il reconnaît cependant que « l’hôpital supporte des missions qui ne sont pas les siennes, parce qu’il est le dernier recours, et le déversoir de tous les problèmes d’organisation du système de santé. Or il y a un gros problème de répartition des médecins ». L’Ordre des médecins vient de rendre public son dernier Atlas de la démographie médicale : les médecins sont toujours plus nombreux et toujours plus mal répartis. La situation est la plus grave en Ile-de-France, où le nombre de médecins a chuté de 6 % entre 2007 en 2015. À Paris, sur cette même période, le nombre de médecins généralistes a chuté de 25 %.