Source CSP : Le sang des pauvres
C’est une simple feuille de papier pliée dans une enveloppe, qu’on déplie en sautant un battement de cœur. On a beau savoir qu’on a été soit sage comme une image soit qu’on s’est toujours rigoureusement protégé – c’est mon cas, se protéger je veux dire, sage, bon… – on sait que le seul mot qu’on va lire va influencer lourdement toutes les années qui restent.
– Sérodiagnostic HIV1 et HIV2 : négatif
Pfou.
La journée qui s’ensuit est d’une légèreté toute particulière.
C’était la semaine dernière et dans les jours qui ont suivis s’est imposée à moi une sorte de logique : mon sang étant hors de toute contamination ou altération, avec des résultats qui crèvent les plafonds en terme de taux de globules – le sang de CSP est logiquement riche et onctueux comme de la crème liquide, en doutiez-vous ? – et étant qui plus est donneur universel, il fallait que je pose un acte de reconnaissance, en quelque sorte. Partant, je suis allé donner mon sang manière d’être redevable à la communauté. Voilà.
Et c’est en cherchant un centre de don que je suis tombé sur la nouvelle, passée inaperçue dans la frénésie d’actualité du moment alors qu’elle est pourtant lourdes de risques et conséquences, et en même temps tellement dans la logique perverse de l’époque : la perte de monopole de l’EFS dans le don de sang, traduction : le début de l’ouverture  la concurrence dans le marché des produits sanguins avec la possibilité d’en arriver à des dons de sang rémunérés.
Il suffit d’un rapide survol de ce qui se pratique dans les pays qui rémunèrent le don de sang pour en avoir un début de malaise : en substance, venez tel jour à telle heure et votre don sera rémunéré environ 50 euros. Et 50 boules en des temps de crise systémique et de chômage de masse, ce n’est pas rien. De là à tout de suite voir que ça pourrait donner l’idée d’un complément de revenus trop bas, il n y a qu’un pas que le paupérisme obligera beaucoup à franchir.
Car qui seront les premiers à vendre leur fluides ? Les pauvres. Les crevards. Les fins de droits, les mères célibataires qui galèrent seules pour s’en sortir. Ceux qui souffrent le plus. 50€ et une collation gratuite ? Dans un pays à plus de 8 millions de personnes en dessous du seuil de pauvreté, on est certain de renouveler très vite les stocks. Mettons les sottes considérations éthiques de côté et extrayons des crevards jusqu’à la dernière goutte, dans le sens le plus littéral du terme. Pendant qu’on papotait avec l’infirmière qui me faisait la piqûre, celle-ci disait à demi-mot qu’ils commençaient déjà à voir des gens venir faire un don rien que pour manger ensuite. Oui, on en est là, en France, en 2015, dans un pays censé être une puissance mondiale. Des gens commencent à venir donner leur sang parce que ensuite on peut manger gratuitement. Et parti comme on est, ça va encore empirer.
On entend déjà les couinements de la secte néolibérale soutenant mordicus que du sang de pauvre c’est mieux que pas de sang du tout et mettant en avant le caractère « incitatif » de la rémunération – traduire : meugler « pognoooooon, pognonnnnnnn » et ça va résoudre tout d’un coup de baguette magique de la main invisible, le libéralisme étant fondamentalement un paralogisme entièrement basé sur une pensée magique hors de tout cadre rationnel – et chantant les louanges d’une roborative « ouverture à la concurrence », le monopole ouvrant de fait la voie aux miradors des goulags,quand je vous dis qu’à a affaire à des fous délirants, à la fin.
Mais citons dans le texte un de ces laudateurs du tout marché, concernant la commercialisation du sang :
« dans ce marché qui va devenir concurrentiel, il faut se doter des outils permettant de gagner. Il faut d’abord des produits de haute qualité, correspondant aux besoins des malades : l’innovation est un facteur clé et justifie les investissements considérables réalisés avec succès depuis quelques années (…). Il faut enfin être capable de vendre ces produits, et nous nous trouvons devant une échéance redoutable : ayant toujours privilégié les relais de distribution non-profit, la transfusion sanguine française n’a pas actuellement de forces commerciales« 
C’est beau comme un manuel de management d’HEC.
Oh, l’auteur de cette mirifique prose ?
Le docteur Michel Garretta. En 1989. Oui, le docteur Garretta de l’effrayant scandale du sang contaminé.
Mais c’était dans les années 80 n’est-ce pas, depuis on est passé à une économie de marché responsable et de telle dérives sont inenvisageables.
N’est-ce pas ?
C’est quand même curieux que dés qu’un commence à tirer sur le fil de quelque chose de déplaisant on en arrive systématiquement au gros pull sale du néolibéralisme.
Et quand on a les yeux pour voir, cette affaire de perte de monopole est présenté de manière fort pimpante et anodine, mais porte des sous-vêtements on ne peut plus douteux.
Que le don de sang en France ne soit pas l’acmé universel nul ne le prétend, il suffit de voir son incompréhensible interdiction aux homosexuels. Ceux-ci peuvent désormais se marier mais donner leurs plaquettes ? Faudrait pas déconner. C’est illogique, ça n’a aucun sens et il est plus que temps que les pouvoirs publics règlent cette aberration.
Toutefois la gratuité, de ce don, est à jalousement préserver, comme l’explique fort bien l’EFS lui-même. C’est un choix de société entre l’éthique du partage commun contre la barbarie de la marchandisation. Et ça va même plus loin encore.
Racontant mon don sur Twitter, j’ai été interpellé sur le ton de la plaisanterie par une personne me demandant si ça ne me dérangeait pas que mon sang allait pouvoir servir à un militant UMP, ou un banquier, ou quelqu’un de déplaisant en général. Je répondis que je n’avais pas à choisir, et que ce sang – riche et onctueux – ira à qui en aura besoin. Je ne choisis pas et n’aie pas à choisir.
Ça s’appelle l’égalité et, au fait : c’est de gauche.

10154003_10152192534077562_7267376068056564440_nREGARDEZ CE LIEN : http://www.klekoon.com/boamp/boamp-appels-offres-prestations-transports-pedestres-patients-brancardage-centre-hospitalier-universitaire-2307209.htm

Lamentable, le nouveau bâtiment URM du site de Purpan ouvre en juin 2015 et la direction décide unilatéralement, en plus du bionettoyage, que le brancardage sera privatisé. Les brancardiers au CHU de Toulouse sont traditionnellement aides-soignants pour une prise en charge meilleure, vouloir privatiser le brancardage veut dire une prise en charge de type « livreurs » non diplômés. Cette décision est inadmissible, la CGT empêchera par tous les moyens possibles la privatisation de l’hôpital…

 

 

Cela prendra place dans un contexte marqué par l’attaque de Charlie Hebdo suivi de l’attentat antisémite de la porte de Vincennes. Nous condamnons ces meurtres et nous refusons que cela soit utilisé pour banaliser l’islamophobie et renforcer les politiques d’État racistes et liberticides.

Nous refusons que cela soit utilisé pour légitimer les théories d’un « choc des civilisations » qui dressent des populations les unes contre les autres en raison de leur religion réelle ou supposée.

Nous condamnons l’islamophobie et l’antisémitisme et toutes les formes de racisme comme nous condamnons les stigmatisations contre les quartiers populaires.
Nous refusons les actes négrophobes.
Nous refusons la chasse aux migrantEs et aux Rroms et les limitations à la liberté de circuler.

Nous refusons toute restriction à nos capacités de résister aux politiques antisociales au nom d’une « union nationale ».
Nous refusons de nous résigner à la montée de l’extrême-droite qu’elle prenne la forme du Front national, des groupes ouvertement fascistes et agressivement islamophobes ou/et antisémites. Nous dénonçons les gouvernements qui ont renforcé la chasse aux sans-papiers, le quadrillage des quartiers populaires et qui contribuent pleinement à la montée du racisme et des idées réactionnaires, notamment homophobes et sexistes.

À cela nous opposons notre volonté de vivre ensemble et notre exigence d’égalité des droits et de justice sociale. C’est pourquoi le 21 mars nous manifesterons ensemble en France et dans tous les pays du monde contre le racisme et contre le fascisme.
Pas de discours, l’égalité ou rien !

Nous exigeons :
– la fin des contrôles au faciès,
– l’arrêt des démantèlements de camps de Rroms,
– le retrait des lois racistes dirigées contre les MusulmanEs,
– le retrait des lois liberticides et sécuritaires,
– la régularisation de touTEs les sans-papiers avec une carte de séjour de 10 ans,
– la fermeture de Frontex, des centres de rétention et la liberté de circulation et d’installation,
– le droit de vote des étrangers.

Parce que notre indignation n’est pas sélective, nous n’oublions pas, aux côtés des victimes des attaques de Charlie Hebdo et de l’Hyper-Cacher, les milliers de migrantEs disparuEs en Méditerranée et ailleurs, les victimes des violences policières dans nos quartiers ainsi que Rémi Fraisse, manifestant tué par la police. Nous n’oublions pas les mortEs de Gaza, de Homs, du Nigéria ou de Kobané et toutes les victimes de la guerre comme nous n’oublions pas les victimes de la violence d’extrême-droite.

C’est en leur mémoire que nous appelons à descendre massivement dans la rue le 21 mars prochain.

A Toulouse, les organisations appelant à la manifestation sont : Act-Up Sud-Ouest, ATTAC, CLIME (Collectif de Lutte et Information MigrantEs), CNT, collectif Palestine Libre, collectif pour une Union Antiraciste et Populaire 31, Coup pour coup 31, CREA, DAL Toulouse, Égalité Toulouse Mirail, Front populaire tunisien, Solidaires 31, Solidaires étudiant-e-s, SUD éducation 31, Survie 31, UAT, AL, NPA, OCML-VP.

UNSP (Union Nationale des Sans-Papiers)
4ACG (Anciens appelés en Algérie et leurs amis contre la guerre)
ACDR (Arts et Cultures des Deux Rives)
ACLEFEU
ACORT (Assemblée citoyenne des Originaires de Turquie)
ACTIT (Association Culturelle des Travailleurs Immigrés de Turquie)
Act Up-Paris
AFA (Action Antifasciste Paris Banlieue)
AIDDA (Association Interculturelle de production, de Diffusion et de Documentation Audiovisuelle)
Amnesty International Angers
AMDH – section Paris/IDF (Association Marocaine des Droits Humains)
AMF (Association des Marocains en France)
APCV (Agence de promotion des cultures et du voyage)
ARDLFM (Association pour la Reconnaissance des Droits et Libertés aux Femmes Musulmanes)
ASM (Afrique Survie Migrations)
ASTI93
ATF (Association des Tunisiens en France)
ATMF (Association des Travailleurs Maghrébins de France)
Association Marche pour l’égalite et contre le racisme de 1983
Association PLUS (Papiers Liberté Unité Solidarité)
Association Varec’h
ATTAC France
BAN (Brigade Anti-Négrophobie)
Brigade des Mères (Sevran)
Capjpo-Europalestine
Collectif 3C (Culture, Citoyenneté, Création)
Collectif 8 mars pour toutES
CAPAB (Collectif Antifasciste PAris Banlieue)
CEAL (Collectif enseignant pour l’abrogation de la loi de 2004)
CEDETIM/IPAM
CISPM (Coalition Internationale des Sans-Papiers et Migrants)
Collectif antifasciste 95
Collectif antifa La Horde
Collectif citoyens
Collectif contre l’islamophobie et les racismes-Paris 20
Collectif D’ailleurs Nous Sommes d’Ici 37
Collectif D’ailleurs Nous Sommes d’Ici Strasbourg
Collectif des habitants d’Arcueil contre le FN et les idées d’extrême droite
Collectif de Taksim
CFPE (Collectif Féministes Pour l’Egalité)
Collectif Stop le contrôle au faciès
CUAFA20 (Collectif unitaire antifasciste et antiraciste Paris 20ème)
Collectif Universel Paris 8
Collectif Urgence notre police assassine
Collectif Vérité et Justice pour Ali Ziri
Collectif Vérité et Justice pour Wissam
Collectif Paris 18 Charles Hermite contre le racisme et l’extrême-droite
CSP17-Foyer St Just
CSP75
CSP93
CSP95
CSP Livry gargan
CTSP Vitry-94
Coordination Régionale Rhône-Alpes de soutien aux sans-papiers et sans droits
DIEL (Droits Ici Et Là-bas)
Droits Devant!!
ENAR (Réseau européen de lutte contre le racisme)
EPI (Etudiants Pacifistes Internationaux)
ETM (Egalité Toulouse Mirail – Ecoles TiersMondes46)
FASTI (Fédération des Associations de Solidarité avec Tou-te-s les Immigré-e-s)
Femmes plurielles
Femmes en Luth
Femmes en lutte 93
Ferguson in Paris
FFR (Filles et Fils de la République)
Fondation Copernic
Fondation Frantz Fanon
FTCR (Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives)
FUIQP (Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires)
Génération Palestine – Paris
ICAD (Comité International contre les Disparitions Politiques)
IJAN (Réseau international juif antisioniste)
Intégration 21
La Voix des Rroms
Les Indivisibles
Liste des Sans-Voix-Paris 18
Lumière & Couleurs 93
MPF/HM2F (Musulman-e-s Progressistes de France / Homosexuel-le-s Musulman-e-s de France)
MTE (Mamans Toutes Egales)
Même droits pour Toutes et pour Tous
MILI (Mouvement InterLuttes Indépendant)
Respaix Conscience Musulmane
REMCC (Réseau Euro-Maghrébin Citoyenneté et Culture)
Riposte antifasciste
SKB (Union Socialiste des Femmes)
Sortir du Colonialisme
UJFP (Union Juive Française pour la Paix)
UTIT (Union des Travailleurs Immigrés Tunisiens)
Voix des Femmes Migrantes
YS (Young Struggle)
CNT-STE 75
Fédération Solidaires étudiant-e-s
Solidaires 84
Sud éducation 84
Sud éducation 89
Sud éducation-Créteil
Sud éducation Mayotte
Syndicat National Solidaires Justice
Union syndicale Solidaires
Alternative Libertaire
CGA (Coordination des Groupes Anarchistes)
Ensemble
EELV (Europe Ecologie Les Verts)
FCP (Force Citoyenne et Populaire)
Jeunes Pirates
Les Alternatifs
MJCF (Mouvement Jeunes Communistes de France)
NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste)
PCF (Parti Communiste Français)
OCML-Voie Prolétarienne
+ UD CGT Paris, VISA (Vigilance et Initiarives Syndicales Antifascistes), CAPJPO-Europalestine, Collectif contre l’islamophobie et les racismes-Paris 20, APCV (Agence de promotion des cultures et du voyage), Collectif antifasciste 95, Collectif des habitants d’Arcueil contre le FN et les idées d’extrême-droite, UNEF-Le Mans, Mouvement du Christianisme Social, Les Alternatifs, Solidarité Communiste, CGT Inspection du travail – Emploi – Formation professionnelle

Une note confidentielle de policiers et de gendarmes du service central du renseignement territorial l’annonce : les urgences hospitalières, saturées, sont au bord de l’implosion sociale.

Daniel Rosenweg | 10 Mars 2015, 07h47 | MAJ : 10 Mars 2015, 08h00

Cette note a été adressée à la présidence de la République, au Premier ministre, aux ministères de la Santé et de l’Intérieur.Elle dresse le tableau de l’hôpital français au bord de la crise de nerfs.
Cette note a été adressée à la présidence de la République, au Premier ministre, aux ministères de la Santé et de l’Intérieur.Elle dresse le tableau de l’hôpital français au bord de la crise de nerfs. (PhotoPQR/« Nice Matin »/Frantz Bouton.)

C’est une note confidentielle datée du 5 mars. Elle a été rédigée par le service central du renseignement territorial du ministère de l’Intérieur, constitué de policiers et de gendarmes. Un « état des lieux » des services d’urgences des hôpitaux à « diffusion restreinte ».

Il a été adressé aux plus hautes autorités (présidence de la République, Premier ministre, ministères de la Santé et de l’Intérieur) et pourrait bien révéler le prochain gros dossier de la ministre de la Santé.

« Le service des urgences malade d’un engorgement massif », est-il ainsi écrit en tête du premier paragraphe. Au point, précise la note, que « selon les syndicats, ce secteur semble au bord de l’implosion ».

Pas question de salaires, dans cette analyse, mais de la mise en lumière d’une dégradation des conditions de travail qui a déjà fait naître ici et là des mouvements de grève. Le plus souvent, la réduction du nombre de lits — pourtant en nombre élevé en France comparé à nos voisins européens — est évoquée comme contribuant, selon la note, à « saturer les services hospitaliers d’urgence ainsi que les unités d’hospitalisation de courte durée, en particulier avec les patients âgés ».

Ce document, que notre journal s’est procuré, cite ainsi les cas des hôpitaux de Lens (Pas-de-Calais), en grève depuis le 18 février, d’Orléans-la-Source (Loiret), où l’ensemble du personnel paramédical des urgences est en grève illimitée depuis le 1 er mars. Les cas du Mans (Sarthe), de Roanne (Loire) sont également évoqués… Sans compter la saturation des hôpitaux consécutive à la récente épidémie de grippe. A titre d’exemple, dans la région Poitou-Charentes, celle-ci n’a épargné « aucun des hôpitaux, que ce soit à Poitiers, Angoulême, La Rochelle, Niort ou encore Thouars ».

Et la note de mettre en garde contre un risque social : « Compte tenu de la fragilité économique des établissements hospitaliers et des annonces de restrictions budgétaires, quelques mouvements de protestation pourraient prendre corps. »

Interrogée sur ce document, Marisol Touraine, la ministre de la Santé, veut relativiser : « L’hiver est une période de grande fatigue pour le personnel des urgences qui a été confronté cette année à une épidémie de gastro à Noël, puis une importante épidémie de grippe. Il peut y avoir des situations de crise localement, nous les avons identifiées, nous les suivons de près avec les agences régionales de santé. »

La ministre met aussi en avant « le travail conduit depuis un an avec les urgentistes pour régler, notamment, le problème des lits et fluidifier le parcours des patients ». Elle rappelle aussi l’accord, signé le 23 décembre, après un jour de grève, qui instaure un paiement des heures supplémentaires effectuées au-delà de 39 heures et jusqu’à 48 heures hebdomadaires.

Il reste la note et son constat. Elle parle de manque de médecins dans les maisons de retraite, de manque de disponibilité des médecins de ville, de moins en moins nombreux… Un vrai chantier. Difficile à conduire à l’heure des économies.

 

Laurent Fargues

Publié27-02-2015 à 19h32Mis à jour le 28-02-2015 à 17h58

EXCLUSIF Marisol Touraine a présenté, à huis clos, les 3 milliards d’économies prévues. Quelque 860 millions proviennent de la « maîtrise de la masse salariale », soit l’équivalent de 22.000 postes.

les efforts demandés aux hôpitaux  (c) Challengesles efforts demandés aux hôpitaux (c) Challenges

En pleine épidémie de grippe, cela ferait désordre. En visite aux urgences de l’hôpital La Pitié Salpêtrière à Paris vendredi 27 février, Manuel Valls et Marisol Touraine se sont auto-congratulés d’avoir réagi « avec détermination » et « au bon moment » face au pic de la maladie.

En revanche, le Premier ministre et la ministre de la Santé n’ont pas dit mot sur les économies prévues dans les budgets des hôpitaux d’ici à 2017. Depuis quelques semaines, le gouvernement dispose pourtant du plan détaillé des 10 milliards d’économies sur les dépenses de santé annoncé il y a presqu’un an.

Facture détaillée

Le 2 février, lors d’une réunion à huit clos avenue Duquesne, Marisol Touraine a présenté les efforts demandés aux hôpitaux à quelques hauts fonctionnaires. D’après un document du ministère de la Santé, que Challenges Soir s’est procuré, la facture s’élève au bas mot à 3 milliards sur 3 ans.

La mutualisation des achats des hôpitaux et l’obtention de meilleurs tarifs auprès des fournisseurs doivent dégager 1,2 milliard. Les baisses de prix des médicaments et des dispositifs médicaux les plus coûteux rapporteraient 350 millions et les synergies liées aux rapprochements entre hôpitaux voisins quelque 450 millions.

Plus sensible, le développement de la chirurgie dite « ambulatoire », sans nuit à l’hôpital, doit générer 400 millions et la réduction des durées d’hospitalisation 600 millions. Le ministère affiche un objectif ambitieux de 57% d’opérations effectuées en ambulatoire en 2017, contre 43 % aujourd’hui, et estime à 15.000 le nombre de « réhospitalisations » qui pourraient être évitées.

« Le sujet est explosif, confie un connaisseur du dossier, puisque ces gains reposent majoritairement sur la réduction des dépenses de personnel ». Le ministère de la Santé table sur une « maîtrise de la masse salariale » de l’ordre de 860 millions soit l’équivalent de 22.000 postes et 2% des effectifs de la fonction publique hospitalière.

Médecins surveillés

Les médecins des hôpitaux seront mis à contribution sur d’autres postes budgétaires. Comme leurs collègues libéraux, ils devront prescrire de plus en plus de médicaments génériques et limiter les examens redondants. Les enjeux ne sont pas minces. L’amélioration de la pertinence des soins doit permettre d’économiser 3,1 milliards sur l’ensemble des dépenses de santé et la montée en puissance des génériques et biosimilaires 1,3 milliard. Le reste des efforts concerne les établissements médico-sociaux (500 millions), les baisses de prix des médicaments (1,6 milliard) et les gains sur les dispositifs médicaux et prothèses (250 millions). Autant de mesures délicates à annoncer au lendemain de la plus forte grippe à l’œuvre depuis 5 ans.

Contacté, le cabinet de Marisol Touraine n’a pas souhaité répondre aux questions de « Challenges ».

Laurent Fargues pour ChallengeSoir 

«Libération» a eu accès à un texte confidentiel qui prévoit des économies drastiques, des coupes dans les effectifs, et accroît la centralisation.

C’est un document à usage confidentiel. Il répond au nom de «Kit de déploiement régional du plan Ondam à destination des ARS». C’est un plan opérationnel sur trois ans, distribué le mois dernier aux directeurs des agences régionales de santé (ARS), avec mention explicite : «diffusion restreinte». La semaine dernière, le magazine Challenges avait fait état d’une version de ce document qui aurait été débattu avec la ministre de la Santé, Marisol Touraine. En tout cas, voilà un plan global décliné en 69 pages, comportant une succession de tableaux et d’indicateurs de performance, avec un seul objectif : 10 milliards d’économie à l’horizon 2017. Et, dans ce lot, la part des restrictions pour l’hôpital tourne autour de 3 milliards d’euros.

Par Eric Favereau

L’hôpital devra se serrer la ceinture et réduire ses effectifs

Un bouleversement à venir ? Assurément. Et nul ne conteste la nécessité d’une forte évolution du paysage hospitalier. En France, il y a en effet beaucoup d’hôpitaux, voire trop, et ils coûtent cher. L’hôpital représente 45% des dépenses de santé. Avec près de 3 000 établissements, la France est un pays largement doté, avec 6 lits pour 1 000 habitants, le double de la Suède ou de la Grande-Bretagne. Ces hôpitaux sont en outre souvent mal localisés : trop pour les soins de courte durée, pas assez pour les handicapés et les personnes âgées. Et ils sont trop nombreux dans les grandes villes comme Paris, Lyon ou Marseille.

Mais voilà, est-ce que ce «kit» du ministère de la Santé pour mener à bien cette révolution est la bonne façon de procéder ? «Des économies ? C’est possible», réagit Gérard Vincent, délégué général de la Fédération hospitalière de France. Mais ce responsable, qui rassemble la totalité des hôpitaux de France élève aussitôt le ton : «On a le sentiment d’un double langage. La ministre nous avait promis que ce serait à chaque région, à chaqueétablissement de s’adapter. Et, là, on voit la technostructure du ministère qui prend le pouvoir.» Et d’enfoncer le clou : «Avec ce plan, on assiste à l’étatisation rampante du système hospitalier. Où est la ministre ?»

Pour agir sur la masse budgétaire des hôpitaux, les pouvoirs publics ont un levier fort : l’Ondam hospitalier (objectif national de dépenses de l’assurance maladie), qui fixe d’une année à l’autre l’augmentation des budgets des hôpitaux. Si rien n’est fait, le budget des hôpitaux augmente automatiquement de 2,9%, et cela en particulier avec les hausses automatiques de salaires. Là, l’objectif est clair : en 2015, l’Ondam sera de 2,1% en 2015, de 2% en 2016 et de 1,9% en 2017.

En conséquence, les budgets des hôpitaux vont baisser fortement de plusieurs centaines de millions d’euros. «Si les hôpitaux ne veulent pas augmenter leur déficit, ils doivent faire des économies. Et le premier poste, ce sont les salaires, la masse salariale représentant 65% des charges des établissements de santé, donc de l’emploi», explique sans faux-fuyant un ancien directeur des hôpitaux. Et on arrive à la question sensible de l’emploi. Le chiffre de 22 000 postes supprimés a été évoqué pour les trois années à venir dans les hôpitaux. Mais, voilà, le gouvernement ne veut pas assumer. Mercredi, la ministre de la Santé a assuré à l’Assemblée nationale que son plan de 3 milliards d’euros d’économies pour les hôpitaux d’ici à 2017 n’avait pas vocation à «baisser les effectifs hospitaliers».

Est-ce bien sûr ? Quand on regarde le détail du «kit», c’est pourtant clair : il est prévu 860 millions d’économies sur la masse salariale pour 2015-2017. Afin d’y arriver, il est proposé tout un ensemble d’indicateurs et de pistes, comme : «la mise à plat des protocoles ARTT, le réexamen des avantages extrastatutaires ou non conventionnels, l’optimisation des dépenses de personnel médical, la réduction des coûts liés à l’intérim médical». Les bonnes pratiques sont détaillées : «mettre en place des maquettes organisationnelles par unités en fonction de leur taille et procéder à une harmonisation au sein de l’établissement». Si cela ne veut pas dire… diminuer les effectifs !

L’avenir, c’est l’ambulatoire

Autre axe central de ces économies, la montée en puissance de l’ambulatoire. C’est devenu un refrain ; les hôpitaux de demain ne doivent plus être des lieux de séjour, le patient ne faisant plus que passer. Aujourd’hui, indéniablement l’hôpital public est en retard par rapport au privé dans cette évolution, bien des interventions chirurgicales ne nécessitant pas d’hospitalisations.

Mais la mise en musique de la montée en puissance de l’ambulatoire dans ce plan est purement statistique, sans la moindre référence au coût, ni à l’intérêt en termes de santé publique. Des études indiquent, par exemple, que l’ambulatoire peut engendrer des inégalités d’accès aux soins. Qu’importe, un seul objectif est affiché : économiser un milliard en 3 ans. Et des chiffres : «52,1% en 2015, 54,2% en 2016, 57% en 2017».

8 blocs et 23 actions

Le plan se décline en 8 blocs, avec 23 actions. Certaines sont pleinement justifiées, comme celui concernant la pertinence des actes médicaux. Pourquoi certaines régions font deux fois de plus de césariennes que d’autres ? Et pourquoi il y a-t-il aussi des variations en chirurgie cardiaque ? «La réduction du nombre d’actes non pertinents est un enjeu fort», souligne le document.

Objectif : 140 millions d’euros, dont 50 millions sur les actes hospitaliers. Mais, là, il ne figure aucun conseil pertinent pour y arriver.

Une action forte est prévue, ensuite, sur les médicaments, avec la montée en puissance des génériques et, surtout, «une maîtrise médicalisée de médicaments de spécialités» : ces derniers sont en effet des médicaments extrêmement chers – comme on l’a vu encore récemment avec celui contre le virus de l’hépatite C (45 000 euros, le traitement sur un mois). Comment limiter les prescriptions sans ouvrir la voie à une médecine à plusieurs vitesses ? Pas de réponse. Là encore, juste un objectif économique à atteindre.

Autres économies : des actions sur le transport sanitaire. Et enfin ce qu’ils appellent les GHT, les groupes hospitaliers de territoire, qui visent à regrouper sur un même territoire des hôpitaux. Objectif : 400 millions d’euros d’économies.

D’aucuns voient dans le «kit» un plan désespérément technocratique, sans le moindre volet sanitaire. «Mais c’est un peu la loi du genre. Le problème est que ce sujet soit porté de façon cohérente», tempère un ancien ministre. Et de prendre un exemple récent : «Un jour, pour cause d’épidémie de grippe, le ministère va affirmer qu’il n’y aura pas de fermeture de lits. Et, en même temps, il fait paraître ces instructions. Comment voulez-vous mobiliser de cette façon-là ?»

Eric FAVEREAU