La dépêche du midi – Publié le 30/09/2013 à 03:52, Mis à jour le 30/09/2013 à 10:17 | 26

interview

«Le harcèlement moral est un mode de management»

Médecin aux urgences de Purpan, aujourd’hui en libéral à Cugnaux, Elisabeth Dès publie un livre sur le harcèlement moral. Grâce à son expérience et au témoignage de veuves de cadres qui se sont suicidés.

Urgentiste durant seize ans à l’hôpital Purpan, aujourd’hui pneumologue-allergologue en libéral à Cugnaux, Elisabeth Dès vient d’être éditée aux éditions «Les points sur les i» pour son mémoire «Le harcèlement au travail, mémoire d’un combat». Un recueil dans lequel le médecin dénonce les violences subies par les salariés dans le secteur de la santé et plus largement dans tous les milieux professionnels.

Que raconterez-vous dans ce mémoire ?

J’y décris le harcèlement moral et la dérive mafieuse dont j’ai été victime et témoin entre 1996 et 2000 alors que j’exerçais au service des urgences de Purpan, en parallèle de mon activité libérale en cabinet. La première tentative de déstabilisation psychologique a eu lieu fin 1996, par une collègue, alors que ma mère vivait ses derniers instants et les choses se sont dégradées fin 1998 par de nouvelles attaques personnelles sur ma vie privée et ma soi-disant «dépression». En janvier 1999, alors que j’étais en convalescence chez moi, après une virose, j’ai reçu la visite du futur chef de service des urgences et de la surveillante qui m’ont conseillé de prendre un congé maladie de trois mois, de suivre une psychothérapie de soutien et m’ont demandé une partie de mes vacations. J’ai été finalement évincée du service des urgences en novembre 2000 après quatre années de pression.

Pourquoi ce mémoire, treize ans après avoir quitté le service des urgences ?

En 2002, j’ai voulu saisir la justice en déposant une plainte pour harcèlement moral mais la procédure n’a jamais démarré. Lorsque j’ai pris conscience que les violences psychologiques et les pressions exercées sur les soignants en milieu hospitalier pouvaient se solder par des suicides comme cela a été le cas pour le docteur Martine Marchand, anesthésiste toulousaine, j’ai décidé d’aller au-delà de mon combat personnel. Pour moi, les suicides sur harcèlement moral sont des assassinats. J’ai découvert que le harcèlement moral était un mode de management, couramment pratiqué dans le milieu médical. Avec la privatisation du secteur de la santé, les soignants subissent des pressions énormes et des conditions de travail parfois proches de la torture mais ils n’osent pas parler. C’est l’omerta. Pourtant même l’INVS (Institut nationale de veille sanitaire) le dit, le secteur de la santé et de l’action sociale présente le taux de mortalité par suicide le plus élevé !

C’est pourquoi vous semblez assez isolée dans votre combat ?

Je le suis moins cette année avec le soutien de la CGT et d’Attac Santé. Je me suis aussi rapprochée de plusieurs veuves de salariés qui se sont suicidés, des cadres de la Poste, de Thalès ou du Technocentre Renault. Avec ce mémoire, je voudrais aider à une prise de conscience sur les réalités du monde du travail actuel et prévenir les «burn-out» qui ont conduit à ces gestes extrêmes.

Propos recueillis par Johanna Decorse

http://www.ladepeche.fr/article/2013/09/30/1720269-le-harcelement-moral-est-un-mode-de-management.html

Depuis plusieurs mois, l’EPSM E. Gourmelen connaît une situation difficile marquée par un déficit budgétaire ayant conduit la direction à des décisions de gel massif de postes, de modifications des conditions de travail pour les agents (et notamment par la suppression de trois jours de RTT ; les cadres, les médecins et les directeurs n’étant pas concernés). Ces décisions touchent en premier lieu les catégories de personnel les plus précaires en particulier les agents contractuels. Situation paradoxale, l’EPSM ayant vu le périmètre de ses missions s’élargir progressivement sous l’effet d’injonctions sociales multiples, les personnels ayant répondu le plus souvent à moyen constant en se réorganisant. Aujourd’hui il nous est demandé d’en faire plus avec moins.

Ce déficit est lié d’une part au non financement d’une partie de l’activité de l’EPSM (activité psychiatrique aux urgences du CHIC, activité d’une unité d’hospitalisation au long cours financée sur la base des critères du médico-social) et d’autre part par un plan d’investissement très lourd justifié par la rénovation indispensable de locaux vétustes et enfin aggravé par la décision de l’ARS d’un taux de reconduction des Dotation Annuelle de Financement à 0% infligés aux secteurs de psychiatrie.

Cela a conduit la direction à prendre des décisions sans concertation, sans réelle discussion, l’espace nécessaire de négociation n’existant plus en raison de la diminution des moyens financiers alloués à l’EPSM.

Nous, médecins de l’EPSM, avons privilégié autant que possible la discussion à travers les instances de l’EPSM mise en place par la loi HPST. Nous constatons que, malgré les votes négatifs qui se sont succédés, la direction a décidé d’un passage en force, décision contrainte par le positionnement dogmatique de l’agence régionale de santé.

Dans un contexte national de réduction des dépenses publiques, nous comprenons la nécessité d’un effort de l’ensemble des ministères, du ministère de la santé notamment. Néanmoins, nous ne pouvons que déplorer que cet effort ne repose que sur les seuls personnels des hôpitaux publics et des usagers. Ces décisions politiques se traduisent à l’échelon régional par la mise en place de mesures décidées au niveau des agences régionales de santé, décision que notre direction est amenée à appliquer sans aucune marge de manœuvre en termes de négociation.

Considérant cette situation et les conséquences que nous observons sur la dégradation des conditions de travail à l’EPSM Gourmelen et surtout le risque de la dégradation de la qualité des soins pour les usagers de l’EPSM notamment parce que la réalisation effective de ces gels de postes nous contraindraient à la fermeture de structures de soins heurtant gravement nos obligations déontologiques et l’éthique soignante, nous demandons à l’agence régionale de santé de reconsidérer sa position en revoyant le financement de l’EPSM à hauteur des besoins de la population et non à partir d’éléments uniquement comptables.


Les personnels non médicaux en action au Porzou à Concarneau

Dans l’attente, nous médecins de l’EPSM Gourmelen, nous nous unissons aux personnels déjà mobilisés. Nous envisageons différentes modalités d’action afin de pouvoir être entendus :

-  Nous annonçons la participation de la communauté médicale à la mobilisation de l’ensemble des personnels de l’EPSM.

-  Considérant l’absence de prise en compte de notre parole lorsqu’elle est portée dans les différentes instances de l’établissement, nous décidons de ne plus participer aux instances et aux différentes commissions .

-  Nous informerons la population de nos difficultés et des différentes actions envisagées.

- Nous demandons l’ouverture rapide de réelles discussions en présence de l’agence régionale de santé, notamment sur l’absolue nécessité de récupérer le financement auprès du CHIC de l’activité importante réalisée par le personnel de l’EPSM au sein des urgences.

-  Nous appelons les élus locaux à s’intéresser à notre situation, situation qui conduira à ne plus pouvoir répondre aux besoins d’une population dont nous connaissons malheureusement les difficultés (faut-il rappeler la situation bretonne concernant l’usage des toxiques et le taux de décès par suicide ?).

-  Nous appelons l’ensemble des personnels de l’EPSM (personnel administratif et direction inclus) à rejoindre ce mouvement ayant pour but de défendre la qualité des soins pour les patients Nous appelons l’ensemble des personnels des structures sanitaires de psychiatrie dans la région à s’associer à nos préoccupations et actions envisagées.

-  Nous appelons aussi les associations d’usagers et de familles à nous soutenir afin de ne pas assister à un recul historique en matière de soins. Nous ne pouvons que dénoncer le double discours officiel insistant d’un côté sur la bien-traitance, la prévention, la qualité et la sécurité des soins et de l’autre…, encourageant à des réductions massives des effectifs soignants qui inévitablement pèseront sur le temps passé auprès des patients, les personnels soignants étant la seule ressource en psychiatrie.

Les médecins de l’EPSM E. Gourmelen

Comme nouvelle étape du processus engagé, la CGT s’engage dans la construction d’une semaine d’action du 7 au 11 octobre 2013 à l’occasion de l’ouverture du débat parlementaire sur le projet de loi Retraite, avec la perspective d’une journée nationale unitaire et interprofessionnelle de grève et de manifestations. Elle mettra tout en œuvre au niveau national, professionnel et territorial pour que cette mobilisation soit la plus large possible.

Dans ce sens, nous proposerons rapidement à l’ensemble des autres organisations syndicales et de jeunesse, une rencontre afin de finaliser ce prochain rendez-vous d’action.

Ces prochains jours, elle invite les syndicats et les salariés à interpeller leurs députés sur le contenu de la réforme et les attentes sociales exprimées le 10 septembre et majoritairement soutenues dans les sondages. La CGT insiste également, pour que la question des retraites ne soit pas traitée uniquement par le biais des déficits publics. D’ailleurs, ces derniers sont essentiellement dus à la financiarisation à outrance. Pour le capital, la crise est finie. L’envolée du CAC 40 en est la démonstration puisqu’il retrouve son niveau record de 2007. Et on voudrait nous faire croire qu’il n’y a pas d’argent.

La CGT invite tous les syndicats à être à l’offensive avec les salariés en partant de leurs revendications.

D’ores et déjà, plusieurs initiatives d’actions sont prévues comme dans la Santé, les Cheminots et dans certains groupes de Métallurgie, de la Chimie, etc…

Plus que jamais, l’action à l’offensive est à l’ordre du jour.

 

Montreuil, le 18 septembre 2013

18 septembre 2013 | Par Marianne Niosi – Mediapart.fr

« Les efforts de meilleure gestion et de réorganisation doivent être amplifiés », « l’ensemble des établissements hospitaliers doit s’engager dans des mutations indispensables ». Dans son rapport sur la Sécurité sociale rendu public mardi 17 septembre, la Cour des comptes consacre pas moins de 6 chapitres, sur 18, à l’hôpital. Sous l’angle, désormais habituel, de « la maîtrise des dépenses hospitalières ». Pourtant sur le terrain, l’hôpital est en souffrance. Et son bourreau connu : la financiarisation.

Dans le service d’hépatologie de l’hôpital Beaujon, à Clichy, la peinture s’écaille, le mobilier tangue et le réseau informatique tombe régulièrement en panne. Le chef du service, le professeur Dominique Valla, est exaspéré : les moyens manquent et la paperasse a envahi ses journées. À 61 ans, il a décidé de renoncer à son poste de chef de service.

« Depuis cinq ans, je suis en colère permanente », déclare ce spécialiste des maladies du foie. Il y a cinq ans, débutait la discussion de la loi Hôpital, patient, santé et territoire (HPST), promulguée en 2009, et décriée par la quasi-totalité des hospitaliers. Et pour cause : alors que Nicolas Sarkozy justifiait la loi en disant « il faut un vrai patron à l’hôpital », les médecins étaient écartés des commissions médicales d’établissement, réduits au rôle de consultant dans l’administration. Cette loi succédait à la généralisation de la tarification à l’activité (T2A) adoptée en 2008. Les hôpitaux ne reçoivent plus de budgets globaux, mais sont rétribués selon le nombre et la nature des soins qu’ils dispensent.

« L’argent passe devant tout », s’exaspère le Pr Valla. Il a entendu, entre espoir et lassitude, la ministre de la santé et des affaires sociales Marisol Touraine promettre de revenir sur certaines des mesures emblématiques de l’ère Sarkozy.

Mais la stratégie nationale de santé, présentée en 2012 comme une « réforme de fond », tarde à se préciser. En juillet, le rapport tant attendu a fait l’objet d’une fuite. Et le ministère promet désormais une feuille de route pour septembre. Pendant ce temps, médecins et soignants, exaspérés par des années de coupes budgétaires assorties de réorganisations diverses, craignent d’en être arrivés au point de rupture.

Dans le service du professeur Valla, il y a sept ans que le budget ne permet plus de payer les gardes du week-end des médecins seniors. Il leur a donc demandé de se relayer pour assurer des gardes bénévoles. Une organisation “de secours”, qui commence à lasser. Sur le bureau du chef de service, le mail d’un collègue annonce qu’il met fin à ces astreintes « qui s’ajoutent à un programme très chargé et probablement excessif »…

Dans les couloirs du service d’hospitalisation de jour, un médecin du service discute avec la famille d’un patient.Dans les couloirs du service d’hospitalisation de jour, un médecin du service discute avec la famille d’un patient.© MN / MP

L’efficience, cette chasse ouverte aux économies dans le système de santé, occupe tous les esprits. Car même si les budgets de la santé sont en progression constante en France, passant de 10 à 11,6 % du PIB entre 2000 et 2010, les charges de santé, elles, explosent. Vieillissement de la population, montée en flèche du nombre de malades chroniques (plus de 15 millions) : on estime que les besoins augmentent de 3,5 % par an. Ce décalage entre l’augmentation des charges et celle des budgets force les hôpitaux à se serrer la ceinture un peu plus chaque année.

À l’Assistance publique hôpitaux de Paris (AP-HP), l’effort global demandé cette année est de 155 millions d’euros (sur un total de près de 7 milliards). « Irréalisable », ont tonné les dizaines de médecins signataires d’une lettre ouverte : « Changer de logiciel », au ministère de la santé. « Inatteignable », s’est indigné dans Le Parisien le président du Conseil de surveillance de l’AP-HP, le député socialiste Jean-Marie Le Guen, qui craint que l’hôpital public ne « sombre dans l’anémie ».

« Comment voulez-vous mobiliser les équipes si on donne la priorité aux économies plutôt qu’aux patients ? » s’indigne le Pr Valla. L’ascendant des préoccupations financières sur le médical s’illustre notamment par l’organisation du codage des soins. Pour que l’hôpital soit payé, chaque soin doit être codé en fonction d’un montant remboursé par la Sécurité sociale. C’est le travail d’une secrétaire du service. Or la recherche clinique nécessite un codage distinct afin de passer les traitements administrés au crible des analyses statistiques. Mais il n’y a plus assez d’argent pour payer deux secrétaires…

L’édifice principal de l’hôpital Nicolas Beaujon est un imposant immeuble de briques rouges, construit dans les années 1930. Deux rangées d’immeubles bas complètent le pâté de maisons de ce CHU de banlieue. Avec son service des urgences (30 000 passages par an) et sa maternité (2 000 naissances), il dessert un bassin de population de 600 000 habitants et disposait en 2012 d’un budget de 728 millions. Au bout d’une rue étroite, le secteur d’hospitalisation du service d’hépatologie occupe les deux étages d’un petit immeuble vétuste. Au rez-de-chaussée, les chambres d’hospitalisation de jour et de semaine. Au premier, les équipes se relaient nuit et jour sans relâche.

L’hôpital n’attire plus les professionnels

Cécile Grignard attend depuis plus d’un an son binôme. Elle partira alors en formation pour obtenir le titre officiel de cadre.
Cécile Grignard attend depuis plus d’un an son binôme. Elle partira alors en formation pour obtenir le titre officiel de cadre.© MN / MP

Céline Grignard y « fait office de cadre » depuis plus d’un an. Elle obtiendra officiellement le titre quand son binôme, qui attend lui-même son remplaçant, arrivera et qu’elle pourra partir en formation. Métier-pivot des services hospitaliers, elle applique désormais les méthodes du secteur privé : entretien annuel, objectifs et primes. “La cadre” – communément appelée “la surveillante” – est le relais de l’administration dans les services. C’est aussi elle qui dispense les ressources de plus en plus rares. Un médecin a pris la décision de faire interner un patient sans la consulter. « Qui va rester jusqu’à 20 heures pour trouver un lit ? Pas lui ! » lance-t-elle. Par souci d’économie, la plupart des services ont un taux de remplissage des lits de plus de 90 %. Et la gestion des places, source d’innombrables tensions dans les hôpitaux, est en passe de devenir un métier. La ministre l’a fait savoir en avril, 150 hôpitaux devraient se voir dotés de services de « gestion de lits ».

Autrefois considéré comme le nec plus ultra de la pratique médicale, l’hôpital a perdu de son prestige. « Il y a quelques années, j’avais au moins deux ou trois candidats par poste de médecin. Aujourd’hui, j’en ai souvent un, et quelquefois aucun », constate le Pr Valla. Chez les infirmières, le constat est catastrophique : à l’AP-HP, il y a eu jusqu’à 430 postes non comblés en 2012. Le taux d’absentéisme, dû en grande partie à l’épuisement du personnel, avoisine les 10 %. Les journées de récupération dues excèdent le million. Ces conditions de travail expliquent sans doute le peu d’attractivité du secteur. Mais la différence de salaire entre l’hôpital et le privé y contribue également, constate le Pr Valla. : « On est dans une société du “moi je vaux ça”. On compte tout, et du coup, on n’a plus les sous pour payer. »

Grille des salaires des praticiens hospitaliersGrille des salaires des praticiens hospitaliers

 

L’état de délabrement de certains services témoigne de la déshérence de l’hôpital public. « Il n’y a pas eu de travaux d’entretien depuis 20 ans. Je parle de peinture, de plomberie, de visserie, de circuits électriques », constate amèrement Dominique Valla en traversant les couloirs de son service. « Venez, je vais vous montrer. C’est monstrueux ! » On croise le Dr Lebrec, professeur émérite. « Ils n’ont rien touché. Sauf ça ! » Il désigne un seuil en bois qui évite aux chariots de perdre leurs roues à force de se cogner contre une marche malvenue.

L'état de délabrement de l'hôpital
L’état de délabrement de l’hôpital © MN / MP

Hors norme de sécurité

La directrice du Groupe hospitalier du nord parisien, Élisabeth de Larochelambert, nous reçoit dans son grand bureau (à la peinture blanche immaculée) situé au premier étage de l’immeuble principal de l’hôpital Bichat, accompagnée d’un conseiller de l’AP-HP, Pierre-Emmanuel Lecerf. « Monde concurrentiel », « arbitrages difficiles » entre équipements de pointe et rénovations : « on ne peut pas tout payer », explique-t-elle. « On a augmenté le financement des investissements ces dernières années de 500 millions d’euros », ajoute Pierre-Emmanuel Lecerf. « Malgré cela, notre immobilier se dégrade. Aujourd’hui, ce parc, on n’arrive pas à l’entretenir malgré cet effort qui n’a cessé d’augmenter. »

L’idée même qu’il faudrait choisir entre des équipements sophistiqués et la peinture suffit à mettre le Pr Valla hors de lui. « Ce ne sont jamais les politiques ou les administrateurs, ceux qui ont mission de décider cela, qui vont voir les malades pour leur dire : “Votre chambre est dégoûtante. Je viens vous le dire personnellement puisque c’est moi qui décide.” »

L’hôpital de 460 lits ne répond plus aux normes actuelles. Selon la sous-commission départementale contre les risques d’incendie, Beaujon n’est plus conforme depuis cinq ans. Pour la direction, il en coûterait 400 millions d’euros pour rénover les hôpitaux Bichat et Beaujon dont 236 millions pour une seule mise aux normes de sécurité. Si bien que l’hypothèse d’un nouvel hôpital pour le nord parisien est à l’étude. La question devrait être tranchée à l’automne par un arbitrage ministériel.

Après des années de vaches maigres, comment maintenir les hôpitaux à flot ? Depuis la généralisation de la tarification à l’activité, la cagnotte se remplit au gré des soins tarifés. Au groupe hospitalier nord-parisien, le défi de l’année sera de « faire en sorte que les recettes à activité constante soient meilleures », explique Élisabeth de Larochelambert. Autrement dit, les personnels hospitaliers seront priés de partir à la recherche des actes « tarifables » qui auraient échappé à leur attention.

Développée pour encourager les économies, la T2A a donné lieu à toutes sortes de stratégies de contournement. Certains soins étant mieux remboursés que d’autres, on change les parcours de soins pour qu’ils soient plus rentables. Comme le dit le professeur André Grimaldi, porte-parole du Mouvement de défense de l’hôpital public (MDHP) et auteur de La Santé écartelée (éd. Dialogues, 2013), « on coule la Sécu pour renflouer l’hôpital ». En retour, la Sécurité sociale ajuste tous les ans – à la baisse – les montants des remboursements.

Le professeur Dominique VallaLe professeur Dominique Valla© MN / MP

En ce jeudi d’avril, le Pr Valla examine le dossier d’une patiente. Il est question de l’hospitaliser en priorité. Il a déjà revu le dossier, prescrit des examens, communiqué avec le médecin traitant. Il fera voir les examens à plusieurs collègues radiologistes dans l’après-midi. Ce suivi – qui représente 3 heures de travail de divers médecins – sera facturé le tarif d’une consultation de recours par un professeur, 64 euros, et ce seulement si la patiente est vue dans le service. Une mauvaise affaire pour les gestionnaires…

L’hépatologue, comme ses collègues du MDHP, voudrait avant tout rompre avec une logique d’industrialisation de la médecine qui désespère le personnel hospitalier. « On ne soigne plus les gens, mais une maladie », déplore-t-il. Ce penchant idéologique a profondément modifié le langage des décideurs, souligne André Grimaldi. « Les médecins sont des “producteurs de soins” et les hôpitaux ont un “service-clients”. Les hôpitaux “gagnent des parts de marché”. » Ce fantasme d’une médecine mieux « gérée », le chirurgien urologue Guy Vallancien l’a résumé en affirmant que « l’hôpital est une entreprise comme une autre ».

Une médecine fordiste, sans imprévus… Tout le contraire de ce que vit le Pr Valla dont les malades porteront à vie les stigmates de leur maladie. Un dimanche d’août, un patient suivi de longue date est tombé gravement malade au Kazakhstan. Le médecin a passé une partie de la nuit à échanger des mails avec ses collègues kazakhs. Le patient, qui avait eu la mauvaise fortune de faire une rechute à des milliers de kilomètres du service de pointe de Beaujon, n’a pas survécu.

 

Redonner de la valeur au temps

Djélika Koné est infirmière de coordination au Centre de référence des maladies vasculaires du foie.Djélika Koné est infirmière de coordination au Centre de référence des maladies vasculaires du foie.© MN / MP

Parmi les professionnels croisés dans les couloirs de l’hôpital, une infirmière semble heureuse de son sort. Djelika Koné est infirmière de coordination pour le Centre de référence des maladies vasculaires du foie. Ses instruments de travail : le téléphone, la photocopieuse et la parole. Dans son petit bureau tapissé de schémas pédagogiques, elle organise les séjours en hôpital des patients venus de toute la France. Elle prend les rendez-vous chez les divers spécialistes, transfère les dossiers, explique et parle de ce « qu’on n’ose pas demander à son médecin » : des bas de contention mal ajustés, une incompréhension profonde du diagnostic…, ces « petites choses » qui peuvent changer le cours d’un traitement.

Son poste, totalement hors T2A, est financé grâce à une labellisation obtenue par le Pr Valla. Il s’agit pourtant d’un métier “de demain”, particulièrement adapté aux maladies chroniques.

L’un des grands espoirs suscités par la réforme du financement des hôpitaux promise par Marisol Touraine est de voir se multiplier ce type de postes grâce à un financement qui redonnerait de la valeur au temps des soignants plutôt qu’à une addition de soins précis et codables. En attendant, les hôpitaux doivent continuer d’augmenter l’activité, ou restreindre les dépenses.

Pour le groupe hospitalier nord-parisien, les économies pourraient passer par une réorganisation de la restauration. Des économies de ce type, les hôpitaux en ont fait des centaines au cours des dernières années : centralisation de la blanchisserie, du brancardage, externalisation des services de ménage. Les résultats n’ont pas toujours été probants. Pénuries de draps, brancardiers aux abonnés absents… À Beaujon, le ménage laisse franchement à désirer. Les patients le déplorent. Sur le site hopital.fr, les éloges faits aux équipes soignantes côtoient le constat d’une « hygiène déplorable », des « chambres très sales », de « lavabos et W.-C. pas nettoyés ». Le professeur Valla ne les contredirait pas : il vérifie lui-même régulièrement l’état des sanitaires jouxtant son bureau.

Claire Compagnon, représentante des usagers à l’hôpital Georges-Pompidou et co-auteure de L’Hôpital, un monde sans pitié (avec Thomas Sannié, éd. L’Éditeur, 2012), dresse un constat très noir de la qualité de l’accueil à l’hôpital public : patients contraints de porter des couches par manque de personnel disponible pour les accompagner aux toilettes, familles fournissant le linge de lit, personnes âgées lavées une fois par semaine… Elle craint que la qualité des soins ne pâtisse de la lutte contre les déficits hospitaliers. « On était sur des questions d’esthétique ou de confort. Mais les plaintes commencent à remonter concernant des éléments du soin. Par exemple, sur un manque d’appareils qui rend difficile une prise en charge correcte », explique celle qui vient d’être nommée à la tête d’une mission nationale sur la place des usagers à l’hôpital.

L’accroissement des inégalités d’accès aux soins est indiscutable. Le professeur Valla le constate à l’échelle de son service hyper-spécialisé. Si les maladies du foie touchent beaucoup les personnes alcooliques et toxicomanes, ces patients sont devenus rares dans les consultations. « Avec les délais qu’on a, comment voulez-vous qu’ils se battent pour arriver dans ce service ? Je me retrouve à soigner les gens de beaux quartiers alors que j’ai fait ce métier pour traiter les plus vulnérables. »

Pris à la gorge, l’hôpital fait l’objet de pressions croissantes. L’OCDE préconise de réduire de 1,3 % la part des dépenses de santé dans le PIB, soit un retour à leur niveau du début des années 2000. En mai, un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) et de l’Inspection générale des finances a pointé l’endettement massif des hôpitaux français et préconisé une meilleure maîtrise des investissements. Sans compter, donc, le rapport de la Cour des comptes publié ce mardi 17 septembre.

Pour le Pr Valla, si la réforme est souhaitable, il aimerait que le gouvernement aille plus loin. Le Mouvement de défense de l’hôpital public a demandé la tenue d’États généraux de l’hôpital public : une « concertation », qui réunirait les professionnels, leurs représentants institutionnels et syndicaux, et les associations de patients, les élus locaux et plus généralement la population. « Il faut que nous décidions comme société de ce que nous pouvons financer, affirme Dominique Valla. Nous ne pouvons pas, nous les médecins, soigner et en même temps penser aux économies. Qu’on nous dise “tel traitement coûte trop cher, nous ne pouvons pas le payer”, d’accord, mais qu’on ne nous demande pas de prendre ces décisions seuls devant nos patients. »

APPEL DU CNF DES 12 ET 13 SEPTEMBRE 2013

Suites aux violences d’une extrême gravité dont ont été victimes des personnels des hôpitaux publics de Marseille, mais aussi face aux violences verbales, physiques vécues au quotidien dans tous nos établissements hospitaliers et d’action sociale, la CGT exige :

Que le gouvernement se préoccupe activement et réellement des problèmes de notre pays (misère, violences, ghettos, chômage, bas salaire, casse des services publics…)

Que le ministère de la santé mette en œuvre, avec l’octroi de budgets supplémentaires, tous les moyens en personnel et en matériel nécessaires pour que nous puissions exercer nos fonctions en toute sécurité. Le manque de personnel et de moyens est directement à l’origine de la grande majorité des violences constatées. Nous exigeons d’urgence le remplacement de tous les postes vacants, des congés maternité et de maladie et le renforcement des équipes à la demande des salariés.

De rapidement retisser tout le réseau public de prévention qui a été méthodiquement démantelés par les différentes réformes libérales. Un grand Service Public de santé et d’action sociale et de prévention de la délinquance, efficace avec les moyens humains nécessaires est une réelle solution de prévention des violences vécues au quotidien.

Des moyens importants pour le respect des préconisations et avis des CHSCT, et la mise en place d’un délit d’entrave dans les Hôpitaux en cas de non-respect de cette instance par les directions.

Les personnels hospitaliers méritent patience et respect car ils font de leur mieux dans les conditions de travail qui sont fortement dégradées par les restrictions budgétaires appliquées à notre secteur.

Nous exigeons une rencontre avec le gouvernement pour mettre en place un plan d’action et nous invitons les agents et les usagers à se mobiliser de façon coordonnée contre tous les plans de restrictions budgétaires (fermetures, suppressions de postes, restructurations) dans nos établissements notamment à l’occasion du vote de la loi de finance et de la loi de financement de la sécurité sociale.

Motion à la fédération du Parti Socialiste de la Haute-Garonne,

aux parlementaires socialistes du département.

Les organisations syndicales CGT, CGT-FO, FSU et Solidaires, qui représentent la grande majorité des salariés de la Haute-Garonne interpellent la fédération du Parti Socialiste et les parlementaires PS sur les questions des retraites, de l’emploi et des salaires.

Après la Conférence sociale et les concertations de l’été, le 1er ministre a annoncé, fin août, les grandes mesures que son gouvernement compte prendre.

Ses déclarations ne vont pas dans le sens des intérêts des salariés, des retraités et des demandeurs d’emploi qui attendent des mesures pour atteindre le plein emploi, augmenter significativement les salaires et financer la protection sociale.

L’allongement du temps de travail ne va pas dans le sens du progrès social. Il a pour seul effet de réduire les pensions et d’accroître le chômage.

La retraite, les prestations familiales, l’assurance maladie, et l’autonomie sont des droits légitimes. Leur financement doit être garanti par les cotisations sociales. La polémique sur le thème fallacieux du « coût du travail » doit faire place à un débat de fond sur l’utilité sociale des entreprises, la répartition des richesses et l’accès aux services publics.

Les organisations syndicales ont déjà largement fait part de leur analyse sur le rapport Moreau et des mesures qu’elles ne sauraient accepter. Malgré cela, Jean-Marc AYRAULT a annoncé que les salariés verront leurs retraites baisser en même temps qu’ils subiront un allongement de la durée de cotisation. Tous les salariés seront pénalisés, aussi bien ceux du publics que ceux du privé, mais les retraités, les privés d’emplois, les femmes et les jeunes seront encore plus durement touchés.

Le financement de la branche famille par la fiscalité représente un cadeau sans précédent au patronat et méconnaît l’importance de la démographie pour la bonne marche de l’économie.

Le débat parlementaire doit empêcher de telles mesures et permettre de revenir sur la réforme FILLON. Pérenniser le système solidaire de retraite par répartition nécessite de réparer les injustices dues aux précédentes réformes.

 Il faut sortir des logiques qui ont diminué le niveau des pensions et créé des inégalités notamment entre les femmes et les hommes.

L’allongement de la durée de cotisation, déjà engagé, fixe des conditions inaccessibles aux plus jeunes dont la durée d’étude, de formation, de recherche d’emploi est allongée par rapport aux générations antérieures.

Le financement des retraites nécessite de construire des alternatives par l’apport de ressources nouvelles, tout particulièrement en améliorant le pouvoir d’achat des salariés et en créant des emplois. Il est urgent d’augmenter l’ensemble des salaires, du privé comme du public, ce qui impose d’en finir avec le gel du point d’indice et de revaloriser réellement le SMIC.

Il est nécessaire de redonner confiance aux salariés, particulièrement aux jeunes générations dans le système de retraite solidaire en particulier et dans notre protection sociale en général.

Pour changer de cap et faire face à la situation, il faut rompre avec les politiques d’austérité.

Les intérêts du MEDEF, ne doivent pas servir de feuille de route au gouvernement.

Les organisations syndicales CGT, CGT-FO, FSU et Solidaires, ont appelé à une première journée nationale d’action interprofessionnelle avec grèves et manifestations le 10 septembre 2013. La mobilisation se renforce pour imposer d’autres choix qui ne soient pas basés sur la concurrence de tous contre tous, mais qui favorisent une coopération génératrice de solidarité et de bien-être.

Aussi, nous vous demandons que les députés et les sénateurs appartenant à la majorité gouvernementale du département s’inscrivent dans le débat parlementaire sur la base des attentes des salariés qui les ont élus. Le temps est venu de traduire dans la Loi l’expression des attentes de justice sociale et les promesses de campagne du Président.

de CGT CH Montauban

Plusieurs centaines d’agents ont participé de fait aux négociations avec la direction puisqu’ils ont été consultés à chaque étape des discussions et le résultat final est dû à leur forte mobilisation.

Rappelons que la proposition de l’administration au début des discussions était : 37 heures 30 pour tous, soit la perte de 9 RTT pour les repos variables et 7 pour les repos fixes, ainsi que deux ATT pour les cadres.

Après plus de 10 heures de négociations, 2 envahissements de la salle, 4 interruptions de séance pour consulter les agents, l’intervention de l’agence régionale de santé au téléphone, puis la médiation de la députée de la circonscription Valérie Rabault ; la direction a finalement accepté le compromis que nous lui avions proposé avec l’accord des personnels en milieu de soirée.

 Soit , des journées de travail de :

7h40 pour les agents en repos fixe

7h45 pour les agents en repos variables.

Cela se traduira par la perte de 2,6 jours de RTT.

 Les conséquences de ces engagements pour les personnels de nuit sont, soit sans effet soit négligeables (plus ou moins 3 minutes).

Cette mobilisation exceptionnelle et l’expression de la détermination de chacun auront permis ce résultat qui a grandement limité les pertes en termes de conditions de vie et de travail.

Les conséquences en termes de perte d’emploi seront-elles aussi amoindries, nous continuerons à nous battre pour sauvegarder l’emploi des CDD menacés.

Vendredi matin nous avons rencontré l’ARS en présence de la direction.

Elle a fait le constat que la situation du centre hospitalier de Montauban et l’action menée jeudi soir par les personnels appelait de sa part à ne pas laisser l’hôpital dans cette situation de tension.

Lundi après-midi nous rencontrerons la direction en présence de représentants de l’ARS pour discuter des autres points qui étaient inscrits à l’ordre du jour des négociations.

Les difficultés de l’hôpital demeurent, aucun engagement concret en termes financiers n’a été pris.

La mobilisation est toujours nécessaire pour obtenir les moyens indispensables au fonctionnement de notre hôpital. Il en va de la qualité des soins, et de nos conditions de vie et de travail.

Tract IUCNous sommes à quatre mois des premiers déménagements et le projet est extrêmement avancé, même complètement ficelé, de notre point de vue l’information et la consultation des agents est égale à zéro ! Alors que l’on vous demande de vous positionner, nous ne voudrions pas que ce projet se retourne contre les agents sachant que des réponses nous manque.

La direction sous la pression du ministère de la santé veut ouvrir à tout prix le Cancéropôle (ou IUCT Institut Universitaire du Cancer Toulousain) qui a coûté 300 millions d’euros.
Alors que tout est imposé et précipité, la direction nous demande de rendre un avis au CHSCT Central et au CTE.

Nous avons besoin de vous au CHSCT du 18 septembre pour vous exprimer sur ce projet dont plusieurs aspects nous inquiètent fortement :

  • 12 heures imposées le week-end et jours fériés avec des semaines de 54 heures.
  • Mutualisation de personnel qui nous rendra ultra polyvalents et moins compétents.
  • Non organisation du remplacement des absences et des énormes besoins de formation.
  • Globalement le CHU va déployer des activités à effectif constant ce qui entrainera 1) Un manque de sécurité lié aux privatisations dans la maintenance, le bionettoyage, la logistique, la pharmacie, au recours à la sous-traitance. 2) Une surcharge de travail pour les administratifs, les soignants, les techniques.
  • Un recours très important au CDD.
  • L’absence de réponse claire sur la dépollution du site notamment les ballastières (4500 tonnes de poudres sous l’eau a proximité du site)

Au niveau du projet :

  • La logique de «prendre soin» de l’Institut Claudius Régaud (ICR) est mise à mal. L’ICR a toujours fonctionné sans dépassement d’honoraire, avec des repas très élaborés, avec du personnel pour prévenir, éduquer et écouter.
  • Dans les infos que nous avons reçues, la place est faite pour la privatisation au niveau du pôle piste, biologie et EHL…
  • Nous constatons un montage administratif compatible avec une privatisation : Groupement Sanitaire, et Fondations privées (dont une avec 10 millions d’euros de TOTAL !!!)
  • Un gros flou sur les brevets issus de la recherche

Nous proposons :

  • La dépollution totale du site.
  • Le non-recours au CDD, et un renfort important de personnel pour la sécurité, pour les besoins de formation pour un projet médical accompagnant les malades et les familles, permettant la prévention. Un bien vivre au travail, accompagnement à la mobilité, des places de crèches et parkings
  • Le retrait des 12h imposées.
  • Un montage administratif garantissant le maintien du Cancéropôle dans le service public hospitalier.
  • Le non recours aux dépassements d’honoraires à l’IUCT

Nous venons d’apprendre le décès de Jacques Richaud, ex-praticien hospitalier neurochirurgien au CHU de Toulouse. Nous sommes extrêmement attristés par son départ brutal et précipité à 69 ans.

Son humanité et son enthousiasme constant, sa rigueur et son engagement on fait de lui un précieux compagnon de route de notre Syndicat dans nos mobilisations, nos actions auprès d’agents victimes d’injustices et au Comité de Défense de l’Hôpital Public.

La qualité de son travail d’analyse sur les questions de santé et de protection sociale, mais aussi sur les questions internationales, nous manquera mais nous reprendrons le fil de son travail pour toujours décortiquer les attaques capitalistes contre notre bien commun qu’est la protection sociale.

Il était un des rares médecins qui s’est opposé avec courage toute sa carrière à l’adhésion à l’ordre des médecins, dénonçant le caractère réactionnaire de cette institution.

En sa mémoire, nous donnerons toute notre énergie pour déjouer la dernière attaque indécente de la minorité de puissants contre notre retraite ainsi que la tentative de création d’ordres paramédicaux obligatoires.

Au revoir, Jacques, nous sommes malgré tout heureux d’avoir pu croiser ton chemin.

Nous serons présents le lundi 16 septembre à 9h30 au funérarium de Cornebarieu.

La CGT du CHU de Toulouse.

Réunie en Commission Exécutive Générale le 5 septembre 2013, la CGT du CHU de TOULOUSE exprime toute sa solidarité avec la grande mobilisation des agents du CH de Montauban contre le projet de plan de restriction.

Les restrictions dans les hôpitaux sont un scandale, elles sont supportées par les agents et au final par les usagers en terme d’accès aux soins et de même maintenant, malgré le dévouement des hospitaliers, de qualité de prise en charge.

Ce que vivent les hospitaliers de Montauban arrive ou peut arriver à tous les hospitaliers. En ce moment le CH de Lannemezan est mobilisé, l’Hotel Dieu à Paris est occupé , Pamiers, St Gaudens et la psychiatrie du CHU de Toulouse sont toujours en grève. En ne revenant pas sur la loi Bachelot, la tarification à l’activité et la gestion par pôle, le gouvernement continue le processus de privatisation des hôpitaux entamé par le gouvernement précédant. Pire, en baissant les tarifs de remboursement sécu, le gouvernement met dans le rouge volontairement les hôpitaux pour les libéralisés.

L’hôpital rime aujourd’hui avec management, productivité, benchmarking, emprunts privés, triple A (oui !), intéressement aux bénéfices, burn-out, agressions, perte de savoir faire.

La CGT se bat avec les hospitaliers pour que l’Hôpital rime avec Service Public, Prévention, Qualité, Suivi, Accueil Universel, Ecoute, Formation, Prendre Soin et Emancipation au travail. Un chantier à mener tous ensemble contre les immobilismes et les privatiseurs gouvernementaux ou locaux.

La CGT du CHU de Toulouse est favorable à une coordination régionale de toutes les luttes dans le cadres d’actions communes.

Le constat est alarmant. Dans un rapport intitulé « Crise financière, austérité et santé en Europe », publié le 27 mars dernier, la revue médicale britannique The Lancet démontre que la santé des Européens se dégrade, en particulier dans les pays frappés par les politiques d’austérité imposées par la « troïka » (Commission européenne, Banque centrale européenne [Bce] et Fonds monétaire international [Fmi]). Ses deux auteurs, David Stuckler et Sanjay Basu, récidivent le 20mai, avec la publication d’un ouvrage paru au Royaume-Uni, The Body Economic. Why Austerity Kills ( « Le corps économique. Pourquoi l’austérité tue »). Les deux chercheurs accusent les politiques d’austérité d’être responsables de la mort de milliers de personnes. On ne peut pourtant pas taxer les deux hommes de « gauchisme ». Le premier est professeur à la très respectable université d’Oxford, au Royaume-Uni, le second est épidémiologiste à l’université Stanford, aux Etats-Unis.

Dans leur ouvrage, les deux hommes mettent en évidence les liens entre politiques d’austérité et explosion des suicides, dont ils ont recensé plus de 10000 cas depuis 2008, en Europe et aux Etats-Unis, directement imputables à la crise. Ils décrivent aussi la montée en flèche du sida, des dépressions, le retour des « maladies de la pauvreté », comme la tuberculose, un accès aux soins devenu extrêmement difficile, voire impossible, pour des millions d’Européens, et l’abandon, aux conséquences dramatiques, des politiques de prévention… Pour les deux auteurs, la crise est certes à l’origine d’une situation sanitaire et sociale catastrophique, mais si l’Europe s’enfonce dans la précarité, c’est plus en raison des politiques d’austérité appliquées pour tenter d’y remédier.
« Nos dirigeants politiques doivent prendre en compte les conséquences graves sur la santé de leurs choix économiques », écrit David Stuckler, qui ajoute : « Le lien entre coupes budgétaires et dégradation de la santé peut paraître évident, mais il nous semblait important de le souligner, tant les discussions actuelles autour des déficits semblent s’intéresser essentiellement à la bonne santé des marchés et ignorent l’impact sanitaire et humain des politiques de la rigueur… La récession peut fragiliser la situation des personnes, mais ce sont les politiques menées pour y faire face – comme les coupes budgétaires dans le secteur social de la santé – qui sont les déclencheurs. »
De son côté, dès 2009, le Dr Margaret Chan, directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé (Oms), alertait : « Dans chaque pays, l’augmentation du chômage, la faillite des systèmes de protection sociale et la diminution des dépenses de santé risquent d’entraîner une dégradation de la situation sanitaire. La maladie mentale, l’angoisse et une éventuelle augmentation brutale de la consommation de tabac, d’alcool et d’autres sub-stances nocives sont préoccupantes. »

En Grèce, au Portugal, mais aussi, dans une moindre mesure, dans tous les autres pays européens qui tentent de réduire leur endettement en sabrant dans les budgets sociaux, ce sont les plus modestes qui en payent le prix.
David Stuckler et Sanjay Basu en appellent à un nouveau New Deal1<http://www.viva.presse.fr/sante-etat-urgence-est-declare-en-europe-167956#footnote1_7d5ri99>, à l’image de ce qui se fait en Islande et en Suède, deux pays qui ont fait le choix d’investir dans la protection sociale, selon la théorie de Keynes, qui veut qu’un euro dépensé, c’est trois euros de plus pour l’économie. Le Bureau international du travail le confirme : « Lorsqu’il existe un bon système de protection sociale, l’incidence des crises sur la santé mentale peut être considérablement diminuée. » Il cite une étude, menée dans 40 pays touchés par la crise, qui montre qu’un investissement de 10dollars par personne dans des programmes favorisant le marché du travail permet de réduire considérablement le nombre de suicides.
Quant à la France, les études prouvent que notre « bon système de protection sociale » a, plus qu’ailleurs, joué les airbags de la crise, mais pour combien de temps ? Les exemples grec, portugais et espagnol devraient en tout cas donner à réfléchir à ceux qui seraient tentés de rogner dans les dépenses de santé ou sociales pour répondre aux exigences de Bruxelles.

Quel impact sur l’Espérance de vie ?

Selon l’Organisation mondiale de la santé (Oms), l’espérance de vie de la population européenne a augmenté de cinq ans depuis 1980. Pour autant, dans un rapport de mars2013, l’Oms met en garde : « Un scénario possible et qui menace les progrès constants faits en matière d’espérance de vie en Europe consisterait à ce que des crises économiques ou sociales soient couplées à des réductions des dépenses de santé. »

Un quart des Européens sont menacés de pauvreté

Les derniers chiffres d’Eurostat (décembre2012) sont sans appel. Un quart des Européens sont menacés de pauvreté ou d’exclusion sociale. Le nombre de chômeurs a atteint les 26millions en Europe, soit la population de la Norvège, de la Suède, du Danemark, de la Finlande et de l’Islande réunis. Quant au moral des Européens, il est au plus bas. 6 sur 10 considèrent que « le pire est à venir ». Ils sont 68 % à le penser chez les Français, et 78 % chez les Belges, les Grecs et les Portugais.

*   1. <http://www.viva.presse.fr/sante-etat-urgence-est-declare-en-europe-167956#footnoteref1_7d5ri99> Le New Deal ( « nouvelle donne ») est le nom donné par Franklin Roosevelt à la politique de relance mise en place pour limiter les effets de la crise de 1929. Ce programme social mené entre 1933 et 1938 a permis de soutenir les couches modestes de la société.