Un Hôpital atteint de macronite aiguë : surdité, monologue, autoritarisme, mépris des personnels… à quand les sanctions ?

Alors que les infirmières du bloc opératoire vasculaire du CHU de Toulouse Rangueil se battent pour travailler dans de bonnes conditions, la direction organise une réunion de négociations pour présenter un planning non réglementaire, non validé par les instances et non communiqué avant la réunion de négociations (volonté de négocier ???). Ce NOUVEAU planning ne permet pas de mettre en place une organisation garantissant la sécurité des soins et les repos des agents car il repose sur la moitié quasiment de l’équipe. En effet, la prise de poste nécessite environ 9 mois de formation. De nouveaux agents en cours de formation (ou très fraîchement arrivés) ne peuvent pas prendre des astreintes ou des gardes avant la fin de l’année. Des maternités, de l’absentéisme pour raison de santé… autant de facteurs qui les poussent à demander le report de cette organisation à la fin de l’année (octobre environ).

Pourquoi le CHU ne répond pas favorablement à une telle demande ? La direction préfère favoriser la division d’équipe pour installer la polyvalence et la mutualisation et ainsi casser la cohésion d’une équipe qui a fait ses preuves depuis plusieurs années. Une politique coûte que coûte au profit de la servitude volontaire ? Sinon, passez il n’y a rien à-voir.

Se battre pour travailler dans des conditions normales de sécurité : un comble pour un établissement de soins de référence et performant. Les personnels vont devoir PAYER pour assurer des soins de qualité et pour ne pas s’épuiser au travail.

Casser le service public, maîtriser la masse salariale, privatiser les soins, f​aire taire toute expression contraire à cette politique de casse.

LES PERSONNELS SERONT MOBILISES DANS LE HALL DU CHU DE TOULOUSE-RANGUEIL Mardi 16 avril 2019 de 11h à 15h.

Merci à vous de soutenir des personnels engagés à soigner dignement tous les usagers (nous tous compris).

Bonjour,

Par cette lettre la CGT et SUD du CHU de Toulouse et les agent.e.s du CHU de Toulouse demandent à vous rencontrer mais se demandent pourquoi nous ne sommes pas convoqués par le ministère de la santé ?

Après les révélations des agents des urgences de Purpan publiées dans Médiacités et reprises par toute la presse, la CGT et SUD du CHU de Toulouse sont décontenancés en découvrant que la direction du CHU de Toulouse déploie une quantité de contre-vérité sur tous les supports possibles et donc n’est pas choquée par le fait qu’un patient ait pu mourir seul et sans assistance sur un brancard du SAS des urgences de Purpan. Nous nous demandons pourquoi votre ministère ne juge pas utile de convoquer et écouter les agents du service et les représentant.e.s élu.e.s récemment par le personnel du CHU de Toulouse, meilleur CHU de France selon le Point

Nous pourrions vous montrer avec des exemples précis les défaillances de la sécurité des prises en charge que révèlent ce décès à quel point la logique austéritaire et marchande de l’hôpital est catastrophique du point de vue de la qualité des soins, de l’accès aux soins, des conditions de travail, de la protection du patrimoine, de l’écologie, de l’enseignement, de la recherche… Comment toutes les missions des hôpitaux sont mises à mal.

Vous pourriez avoir le retour du terrain sans les déformations de ceux qui ont intérêt à ce que les choses se tassent, à ce que les hospitaliers se taisent et se résignent pour préserver leurs carrières ou leurs intérêts.

Nous pourrions vous expliquer que les hôpitaux ne peuvent pas être à l’équilibre financier tant qu’ils sont soumis à la tarification à l’activité, ou endettés par les banques privées qui spéculent sur l’hôpital, ou encore sous l’emprise des laboratoires pharmaceutiques qui y profitent et, de l’état qui y prélève des impôts (Taxe sur les salaires “TSS” et TVA).

Nous pourrions vous rappeler que les CHU ont été créés par des financements 100% issus des cotisations sociales Assurance Maladie prévue par le Conseil National de la Résistance et l’ordonnance du 4 octobre 1945 qui institut une politique réellement « progressiste » que vous avez contribué à supprimer récemment au profit du seul patronat.

A quel point aussi la disparition des Comités d’Hygiène de Sécurité et des Conditions de Travail entamera la détermination collective et la disparition du statut de la Fonction Publique accentuera la souffrance au travail et enlèvera le concept de fonctionnaire-citoyen nécessaire au quotidien car nous devons pouvoir dire “non” à des consignes absurdes et dangereuses pour protéger nos patients, là aussi nous avons des exemples précis.

Nous pourrions vous montrer précisément qu’à chaque fois que vous vendez du patrimoine hospitalier (financé par la cotisation sociale), que vous privatisez des services ou que vous fermez des lits, vous enlevez du patrimoine à ceux qui n’en ont pas.

Mais nous savons que vous avez ces informations, et que c’est bien consciemment que vous appliquez ce modèle et cela vous rend coupable des dérives actuelles. L’Histoire jugera celle qui a achevé la privatisation des hôpitaux et de la protection sociale. Celle qui, dans la santé, a préféré l’intérêt particulier à l’intérêt général.

#NosViesDabord


[INFO MEDIACITES] Peut-on mourir, en 2019, aux urgences de Purpan en raison d’un manque de personnel soignant ? C’est la question qui se pose après le décès, le 2 février dernier, d’un patient dans le sas entrant de ce service.

ParEric Dourel– 9 avril 2019

Toulouse (31) : Hôpital Purpan | Toulouse (31) : Purpan hospital

L’Hôpital Purpan à Toulouse ©ANDIA

Il y a un an, Mediacités publiait les CHU Leaks, une fuite inédite de plus de 26 000 fiches d’incident qui relataient crûment le quotidien des agents, personnels médicaux et patients à l’hôpital de Toulouse. Graves dysfonctionnements techniques, sous-effectif constant, mises en danger de la vie des patients… Le constat était inquiétant et l’écho de nos révélations fut important. Un an plus tard, comment la situation a-t-elle évolué ? En tentant de répondre à cette question, nous étions loin de penser mettre à jour un événement particulièrement dramatique.

Début février, l’épidémie de grippe s’est installée en Occitanie. Les urgences, déjà saturées en temps normal (200 à 250 personnes y passent quotidiennement), sont en première ligne et doivent faire face à des pics de fréquentation qui peuvent grimper jusqu’à 400 passages en une journée. La direction du CHU a activé depuis le 21 janvier son dispositif « hôpital en tension » pour « accueillir tous les malades dans des conditions de sécurité et de qualité les plus optimales ». Elle précise à Mediacités que les équipes ont été renforcées : « Le 2 février, les effectifs alloués à l’activité des box et des sas étaient de 3 médecins, 3 internes et 8 infirmiers pour 51 patients. »

Au secteur des urgences, la situation est beaucoup plus tendue. Et ce samedi 2 février après-midi, c’est le drame. Suite à un malaise, un patient d’une soixantaine d’années arrive avec le Samu, en début d’après-midi. « C’était la mi-journée et le service était déjà gavé. On avait la tête sous l’eau », se rappelle un agent. A ce moment-là, il y a « 25 patients présents pour 2 infirmiers diplômés d’état », précisera le compte-rendu officiel du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) rédigé par la suite. Soit un infirmier pour 12 patients au niveau des sas.

Une soignante raconte en détail à Mediacités le déroulé des événements. « Au moment où ce malade arrive, le collègue infirmier est seul pour gérer les entrants, réguler les flux, surveiller les patients placés dans les sas (ndlr : il y a deux sas entrants et un sas sortant). Il a dirigé ce monsieur, qui était sur un brancard, vers le sas entrant – autrement dit une salle collective qui peut accueillir jusqu’à quatre patients, où les malades sont mis en attendant qu’une place se libère dans un box. Ce collègue bossait en flux tendu depuis 10 heures du matin. Il a fait une pause d’un quart d’heure, aux alentours de 17 heures. Quand il est revenu, le patient était en arrêt cardiaque. »

« Seul, sur son brancard »

La tentative de réanimation sera vaine. Ce décès « a engendré une très grosse émotion et une forte colère parmi le personnel, indique le syndicat SUD. Même si nous n’accusons pas la direction, nous avons un doute sérieux quant à la mort de ce Monsieur. Ça fait longtemps qu’on redoutait que ce genre d’événement survienne. Peut-être qu’au final, il serait quand même décédé, mais pas comme ça, pas dans ces conditions là, pas seul sur son brancard ».

Même constat du côté de la CGT : « Le problème des sas et du sous-effectif est connu depuis très longtemps par la direction. Ça fait des années qu’on l’alerte sur ce sujet, mais elle l’a toujours nié ». La CFDT reconnaît elle aussi « avoir été très impactée par cette histoire. La direction a beau nous nous promettre qu’elle va changer de logiciels, de bâtiments, de méthodes, on va rester toujours dans la même configuration : pas de lits et pas d’agents supplémentaires ».

Les 3 et 5 février, deux procédures pour Danger Grave et Imminent (DGI) sont initiées coup sur coup par les personnels. La première « suite aux événements dramatiques survenus sur le sas entrant » ; la seconde pour dénoncer « le nombre important de patients arrivant aux urgences ainsi que le nombre de patients présents dans les Sas et dans les couloirs ». Cette procédure permet aux salariés d’alerter leur employeur sur une situation professionnelle à risque et d’exercer un droit de retrait s’ils jugent cette situation potentiellement dangereuse. « Nous ne pouvons plus continuer à travailler dans ces conditions qui nous mettent en danger, ainsi que les patients », indiquent-ils.   

Ces alertes déclenchent des enquêtes du CHSCT. Dans les deux cas, elles arrivent aux mêmes conclusions comme l’atteste le document ci-après :

DGI 2 février

La direction a tenté de réagir comme le montre cet autre document interne que nous publions. On peut y lire qu’elle a décidé de renforts ponctuels, le temps du week-end, « d’un binôme IDE/AS H 24 » – soit une équipe composée d’une infirmière et d’une aide-soignante qui se relaie vingt-quatre heures sur vingt-quatre – et d’un « bed manager » afin de « fluidifier les transferts de patients depuis les urgences ». Elle évoque aussi un prochain recensement pour « l’achat d’équipements indispensables au bon fonctionnement du service ».

Réaction direction

Force est de constater que la réponse n’a pas été jugée à la hauteur des besoins. « La direction est restée sur une position de renfort très ponctuel et non pérenne », souligne cette infirmière. Résultat : le 11 février, les agents du pôle Urgences ont déposé un préavis de grève. Leurs revendications portent sur « le sous-effectif structurel et conjoncturel des services des Urgences ». A aucun moment, cependant, le cas de la mort suspecte du patient du 2 février n’a été abordée. Ni par les grévistes ni par quiconque d’ailleurs. Pour quelles raisons ?

« On a voulu protéger la famille »

« L’équipe a demandé à ce qu’on n’en parle pas », reconnaît une membre du CHSCT. « On a décidé collectivement de ne pas raconter cet incident. On a voulu protéger la famille », explique une soignante. La direction le reconnaît devant Mediacités : « L’équipe a été affectée par ce décès. Elle a été soutenue par les deux directeurs de garde, le directeur du site de Purpan et l’encadrement supérieur. Un soutien psychologique a été proposé à l’infirmier confronté à ce décès, mais il ne l’a pas souhaité in fine. »

Selon un porte-parole du CHU, la prise en charge de ce patient « a été réalisée de manière diligente ». Pourtant, le drame est bel et bien survenu. Ce qui ne peut que raviver le constat d’un établissement vivant toujours au bord de la crise de nerfs.

Pour réaliser cette enquête, nous avons rencontré à trois reprises des agents du CHU – syndiqués ou non – et avons été en contact téléphonique avec huit autres. Nous avons également consulté plusieurs documents (comptes-rendus de CHSCT, procédures d’alertes, témoignages…). A leur demande, nous nous sommes engagés à ne pas divulguer leurs noms et prénoms.

Nous avons également interrogé l’Agence Régionale de Santé qui nous a envoyé le courriel lapidaire suivant : « Le signalement de cet EIG (Evènement Indésirable Grave) a été fait auprès de l’ARS et est en cours d’instruction par nos services. » La direction nous apporté les réponses qui figurent dans l’article ci-dessus tout en nous mettant en garde : « Je vous demande de ne pas publier d’éléments sur ce décès qui viendraient nourrir un dysfonctionnement allégué, qui n’est en rien avéré médicalement, pour respecter la famille qui vit l’épreuve d’un deuil. La publication d’éléments précis sur ce décès, à partir d’informations erronées ou présentées de manière instrumentalisée, relèverait de la violation du secret médical. »

Si vous souhaitez nous adresser des documents en passant par une plateforme sécurisée et anonymisée, connectez-vous à pals.mediacites.fr


La grève et la détermination paient !

Au cours de la dernière réunion de négociation dans le cadre du préavis de grève du service déposé par la CGT et SUD, la direction a présenté des mesures qui satisfont en grande partie les revendications des agents soit :

  • Création de deux postes supplémentaires d’infirmier.e.s sur le service.
  • 6 agents contractuel.le.s seront recruté.e.s dans la fonction publique (stagiairisé.e.s)
  • Travaux d’amélioration du service.

Il s’agit de la victoire de professionnels déterminés à défendre leurs patients et leurs conditions de travail dignes pour le bien être de toutes et tous.

Ce qui nous désole c’est qu’un CHSCT a eu lieu sur ces problématiques il y a plus d’un an et que la direction avait fait la sourde oreille. Il aura fallu deux incendies dans le service, des épuisements professionnels, des journées de grèves, deux actions devant l’ARS dont une ou les agents se sont fait gazés et molestés… Pour simplement obtenir des moyens supplémentaires pour bien soigner. Ce CHU met en place les plans d’austérité venus d’en haut au détriment de la santé des patients et des agents et un nombre important de services sont toujours en grève pour les mêmes raisons sans réponse (pour l’instant !).

Les agents élaborent des contre projets dans leurs services pour contrer le projet d’établissement du CHU dictées par les finances,

Nous avons compris que, pour éviter les drames, nous devons déboucher les oreilles de nos directions par la mobilisation déterminée des agents hospitaliers, nous sommes les derniers garants du service public de santé en proie aux vautours du privé.

La CGT et SUD avec les agents resteront vigilants sur l’application du protocole de fin de conflit et sont disponibles pour partager leur expérience avec les autres services en lutte.