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L’hôpital public, champion des risques professionnels

Source : infirmière magazine.

Contraintes horaires, intensité du travail, crainte de commettre des erreurs, situations de tension avec les usagers… les salariés de la Fonction publique hospitalière sont mal lotis, selon une étude du ministère du Travail.

La Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) vient de dévoiler les résultats de l’enquête Surveillance médicale des expositions aux risques professionnels. Une enquête menée de janvier 2009 à avril 2010 par les médecins du travail auprès de quelque 48 000 salariés du secteur privé (agriculture, construction, industrie, commerce/transports, et autres services) et de la fonction publique (fonction publique d’État, territoriale et hospitalière), représentatifs de près de 22 millions de salariés. À bien des égards, les agents de la fonction publique hospitalière (FPH) semblent être les plus mal lotis.

« Forte demande psychologique »

Ils sont ainsi les champions des contraintes horaires : 26,7 % travaillent la nuit, contre 14,5 % de l’ensemble des salariés ; 61,9 % sont amenés occasionnellement à travailler le dimanche et les jours fériés (contre 33,3 %, en moyenne) ; 38,4 % ont des horaires changeants. Maigre consolation : ils ne sont que 4,3 % à ne pas avoir connaissance de leurs horaires de la semaine suivante, contre 10,4 % pour l’ensemble des salariés.

Quant à l’intensité du travail, les hospitaliers ne sont guère plus favorisés : 64,8 % des agents de la FPH ont déclaré devoir fréquemment interrompre une tâche pour en effectuer une autre, non prévue. Ils sont également les plus nombreux (46,3 %) à devoir se dépêcher pour faire leur travail. « De façon générale, les salariés de la FPH apparaissent les plus exposés à une forte demande psychologique », note la Dares. La crainte de commettre une erreur aux conséquences graves est particulièrement forte. Ils ont également du mal à effectuer leur travail correctement : les personnels hospitaliers sont les plus nombreux à affirmer manquer de moyens matériels adaptés (27,2 %) et de collègues en nombre suffisant (32,3 %).

Violence

Alors que plus de 90 % des salariés sont en contact direct avec le public, 16,7 % vivent en permanence ou régulièrement des situations de tension, 29,3 % ont été victimes d’au moins une agression verbale et 6,4 % d’une agression physique ou sexuelle de la part des usagers au cours des douze derniers mois.

Les contraintes physiques sont importantes : la position debout ou le piétinement prolongé 20 heures ou plus par semaine concerne un tiers des salariés, contre 22 % en moyenne. Le personnel de la FPH est enfin plus fréquemment exposé à un produit chimique (55,2 %) et à des agents biologiques (75,9 %).

L’exposition aux risques est sensiblement similaire dans le secteur hospitalier privé, relève la Dares. À quelques exceptions près : les agents des hôpitaux publics déclarent plus souvent travailler de nuit que ceux du privé (20,6 %) et sont plus souvent victimes d’une agression du public (18 % contre 10,8 %). A l’inverse, les salariés des hôpitaux privés subissent une contrainte physique plus intense (52,6 % contre 43,6 % dans le public).

Absentéisme

L’importance des risques professionnels encourus par le personnel de la FHP explique peut-être en partie la forte hausse de l’absentéisme depuis 2007 (+12 % de salariés en arrêt, d’après une étude menée en 2011 par l’assureur Sofaxis). Une tendance inversée en 2012 par l’instauration d’un jour de carence pour les fonctionnaires. Depuis l’entrée en vigueur de la mesure, au 1er janvier 2012, le taux d’absentéisme a diminué de 3 à 7 % selon deux enquêtes menées par la Fédération hospitalière de France (FHF). La Fédération conteste d’ailleurs la suppression du jour de carence, récemment annoncée par le gouvernement. Dans une lettre adressée le 19 février à la ministre de la Fonction publique, Marylise Lebranchu, Frédéric Valletoux, président de la FHF, vante « les effets induits par cette mesure en termes de gestion d’équipes, souvent handicapées par des arrêts de maladie de courte durée et parfois récurrents ». Selon ce dernier, « les conditions de travail se sont améliorées et, in fine, la prise en charge des patients est mieux assurée ». Le débat est ouvert.

Aveline Marques

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