Concours infirmiers : les examens corrigés par des chômeurs intérimaires


La dépêche du Midi – Publié le 07/05/2013 à 07:39, Mis à jour le 07/05/2013 à 10:54 | 18

Tout le monde ne le sait pas, mais les épreuves générales des concours d’infirmier(e) s sont notées par des chômeurs intérimaires employés dans des conditions douteuses…

«Vous procéderez à la lecture des copies et à leur correction à l’aide d’un barème chiffré. Vous avez de bonnes connaissances en orthographe et en syntaxe». Voila en guise d’offre d’emploi, le seul viatique fourni aux candidats à l’intérim par l’agence Temporis. Un test de vocabulaire, de syntaxe et de typographie plus tard, une trentaine de demandeuses d’emplois Bac +4 ont ainsi été bombardées au mois de mars correctrices de l’épreuve écrite de culture générale du concours d’infirmiers. Durée de la mission : six semaines, enfermées dans des préfabriqués montés spécialement par la société toulousaine 3C Conseil, qui a obtenu ce marché très spécial et le budget de l’Institut de formation en soins infirmiers (I.F.S.I.) dépendant du centre hospitalier universitaire (CHU).

Quand le service public délègue…

«Rien que sur le CHU de Toulouse nous avons 3 000 candidats et les formateurs de l’école n’ont pas le temps de traiter ces corrigés», plaide Anne Abanadès, la directrice pour ceux qui s’étonnerait légitimement d’une telle pratique au sein du service public. «Cette tâche ne nécessite pas de connaissances médicales, poursuit-elle et il y a quand même un contrôle dans un cadre réglementaire. Les correcteurs sont testés et je valide ensuite les corrections en sondant quelques copies». Sauf que cette vision idyllique ne correspond pas avec l’expérience de correctrices qui ont décidé de mettre la question sur la place publique. Entretiens expédiés, pressions pour améliorer la productivité… l’exercice est ingrat. «Il fallait traiter 10 copies à l’heure, 70 dans la journée avec moins de 5 minutes pour chacune, témoigne une intérimaire. À la fin, certains lisaient juste l’introduction pour juger ou non d’un hors sujet». Plus grave, les conditions de travail sont, selon elle, illégales. «Nous devions être embauchés pour six semaines, mais nos contrats de travail étaient reconduits toutes les semaines sur le même motif, ce qui est hors la loi. Sans parler des heures supplémentaires ou du chômage technique décrétés dans l’instant». Dans les bureaux anonymes de la société familiale 3C Conseil, au fond d’une zone industrielle, on ne voit pas ou est le problème. D’autant que l’inspection du travail, dépêchée en urgence, n’a pas encore rendu ses conclusions. Le patron injoignable, une jeune femme concède simplement la difficulté de «gérer le flux des copies». Les correctrices, elles attendent une partie du salaire qui ne leur sera pas versé avant le 12 mai. Un mois après la fin de leur mission. L’agence Temporis assure faire le nécessaire, «mais tout le monde se renvoie la balle», peste une correctrice. Vous avez dit bizarre ?


Un système de «sous-traitance» généralisé

Selon les informations obtenues auprès du CHU de Toulouse, où ce système de correction du concours d’infirmiers semble ignoré du plus grand nombre, cela fait 4 ans que l’Institut de formation en soins infirmiers (Ifsi) a recours à des intérimaires, comme d’ailleurs la plupart des 300 écoles françaises. La société 3C Conseil, qui conçoit aussi les sujets, gère environ le tiers des copies nationales dont celles de Midi-Pyrénées. Difficile de connaître le montant du marché pour le CHU de Toulouse. «Il est conséquent, mais je n’ai pas les chiffres en tête», explique Anne Abanadès, la directrice de l’Ifsi avant de préciser qu’on lui interdit de les communiquer. Quant à savoir s’il fait l’objet d’un appel d’offres, 3C Conseil dit que non, mais l’Ifsi dit que oui. Comment y retrouver son latin ?


repères

Le chiffre : 9,43

euros > De l’heure. C’est le tarif horaire brut auquel sont rémunérés les correcteurs et correctrices par la société 3 C Conseil. Embauchés théoriquement pour six semaines, les intérimaires étaient soumis à des contrats de travail hebdomadaires.

 

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Commentaires

  1. clement

    Je trouve ça absolument HONTEUX, mettre l’avenir des jeunes entre les mains d’interimaires (ma fille a été concernée). A quoi servent les BAC ST2S si le concours n’a pas de lien avec le sanitaire ? Les connaissances des lois ne peuvent même pas être ressorties.
    Mettre ce jeune à la correction c’est ensuite une HONTE quant à leur salaire et conditions de travail c’est une catastrophe. Quelle image du concours IDE après avoir lu tout cela … Concours = pompe à fric. 100€ le concours pour le stagiaire et combien pour le correcteur qui n’en n’a pas les compétences ????

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