Lettre ouverte aux député-e-s fraichement élu-e-s…


« Les dépenses sanitaires et sociales ne seront jamais

une charge pour la société mais une richesse

essentielle que ce soit en situation de paix ou de crise majeure. »

Ambroise Croizat

Ministre fondateur de la Sécurité Sociale

 

Mesdames/messieurs les député-e-s à l‘Assemblée Nationale

Nous sommes extrêmement préoccupés par l’actualité et l’avenir du système de santé et d’action sociale français. Nous avons peu entendu dans cette campagne électorale et dans les priorités du gouvernement, d’engagements clairs et efficaces pour le retour sur les mesures de ces dernières années qui ont aboutit à la casse très avancée de notre système de santé et d’action sociale. Nous n’avons pas entendu d’engagement clair pour l’enjeu de société majeur qu’est l’amélioration du système de santé, d’action sociale et de prévention de la santé au travail.

Le constat des années Sarkozy concernant l’accès aux soins, la souffrance au travail des personnels de santé, la destruction du réseau public de santé et d’action sociale au profit du privé est accablant. Alors pourquoi ne pas s’engager clairement pour la reconstruction de ce qui a été détruit ?

Nous avons appelé à voter contre Nicolas Sarkozy pour arrêter les politiques d’austérité. Dans notre secteur, ces politiques obligent l’ensemble des catégories de professionnels de prendre sur leurs vies privées, sur l’intégrité de leur santé psychique et physique afin de maintenir le niveau de qualité atteint auparavant.

 

Au CHU de Toulouse par exemple, tous les agents de tous les métiers hospitaliers subissent l’intensification du travail en raison, d’une part, de l’augmentation de la population toulousaine (près de 20.000 nouveaux habitants par an) sans augmentation suffisante des effectifs. La logique de tarification à l’activité fait diminuer la Durée Moyenne de Séjour (des services dépassent parfois les 100% de taux d’occupation des lits !!!) et donc augmente la charge en soins et les tâches afférentes aux soins. Cette logique réduit la qualité de prise en charge comme le temps pour le « prendre soin ». Le personnel malgré les meilleures volontés ne fait plus face.

Les politiques d’austérité déstabilisent les finances du CHU, l’ARS Midi-Pyrénées coupe les budgets dits d’ « intérêt général » à hauteur de 13,5 millions d’euros. D’autre part, les taux d’intérêts des crédits (nombreux au vu des énormes investissements du CHU) augmentent et le surcoût s’élève à plus de 15 millions d’euros. Vu la situation, au lieu de tirer la sonnette d’alarme, la direction du CHU lance un « plan performance anti-crise » qui est un réel plan social déguisé : peu d’embauches, pas de politique de remplacement des absences, quelques privatisations mais surtout des restructurations rendant « compétitives » c’est à dire « privé-compatibles » des services ou des organisations entières. Le prix de ces restructurations (souvent faites sans concertation avec les agents) est l’épuisement physique et psychique des hospitaliers. Nous sommes au point de demander seulement de pourvoir respirer.

Si on ne nous accorde pas cet air, nous sommes décidés à l’obtenir nous-mêmes. En ce sens, nous pensons organiser rapidement un appel à un mouvement social de grande ampleur, dans le but de rendre visibles la souffrance et la violence invisibles qui occupent et hantent nos grands et petits hôpitaux, cliniques, associations, maisons de retraite, crèches, centres IVG, caisses de sécurité sociale, maternités, secteurs de santé mentale.

Dans cette optique, voici des mesures d’urgences que nous voudrions voir appliquées rapidement, nous vous demandons de vous positionner sur chacune de ces mesures :

 

–              Annulation du paiement des intérêts des emprunts traditionnels et toxiques des établissements de santé et d’action sociale à but non-lucratif. Instauration de crédits publics à 0% pour les centres de santé et d’action sociale publics.

–           Abrogation de la loi HPST qui favorise le secteur privé lucratif.

–           Adoption d’une loi sur les effectifs : tous les services de santé et d’action sociale doivent être « normés » combiné au respect de la législation du travail c’est-à-dire avec un effectif obligatoire suffisant de professionnels selon les spécialités des services, comme c’est déjà le cas pour certains secteurs. Il en va de l’amélioration des conditions de travail, de soin, de prendre soin et de prise en charge. Le sous-effectif doit devenir illégal.

–           Arrêt des coupes sur les budgets d’intérêts général exigés par les ARS, et par conséquent : fin des plans sociaux francs ou déguisés dans les hôpitaux.

–           Fin de la Tarification A l’Acte (T2A) dans les hôpitaux et établissement d’un budget liés aux besoins de santé, établi dans un système de démocratie sanitaire comme c’est le cas dans d’autres pays.

–           Fin des franchises médicales. Amélioration de l’accès aux soins pour éviter la suractivité des urgences.

–           (Re)mise en place d’un secteur pluridisciplinaire public pour les « déserts médicaux » et la psychiatrie.

–           Valorisation salariale, statutaire et universitaire de tous les personnels de santé pour arrêter l’hémorragie de personnel et la précarité et retrouver un secteur public attractif pour les professionnels.

–           Retraite à 55 ans pour le personnel travaillant auprès des patients. Car l’espérance de vie en bonne santé  est en train de chuter.

–           Indépendance totale de la médecine du travail et reconnaissance du délit d’entrave au CHSCT dans tous nos secteurs car la prévention des risques professionnels est très insuffisante dans les établissements de santé et d’action sociale.

–           Fin des exonérations de cotisations sociales qui profitent au capitalisme financier, créent le déficit de la protection sociale et justifient les restrictions.

–           Nationalisation-sanction du laboratoire Servier, comme préconisé par le député PS Gérard Bapt.

 

Nous sommes bien conscients que ces politiques ont un coût, mais il est sans commune mesure avec le prix humain – quotidien et silencieux – payé par la grande majorité de la population française, en raison de la non application de ces mesures.

 

En cas de réponse non satisfaisante, nous mobiliserons les usagers des services publics, habitants et représentants du corps social autour de cet enjeu majeur, Dans ce cadre, la semaine d’action mondiale contre la privatisation de la santé du 1er au 8 octobre 2012 constituera un temps fort.

 

Veuillez agréer nos sincères vœux de succès dans vos politiques anti-austérité. Nous vous solliciterons pour une rencontre à la rentrée.

 

Le syndicat général CGT du CHU de Toulouse

 

 

 

 

Copie à

Monsieur François Hollande – Président de la République.

Monsieur Jean Marc Ayrault – Premier ministre.

Madame Marisol Touraine – Ministre des Affaires sociales et de la Santé.

 

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