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Quand les soins sont revus à l’aune de l’austérité | La CGT pour un Hôpital humain, d'accès universel et 100% public

Quand les soins sont revus à l’aune de l’austérité

Mi-mars, les syndicats de l’hôpital de Toulouse ont pris connaissance d’un « plan performance anticrise ». Au menu : des regroupements, l’externalisation de services ou encore la pertinence des soins. Un plan d’austérité qui ne dit pas son nom mais qui met en danger l’offre de soins.

«Ne pas faire entrer la crise dans le CHU sans avoir anticipé. » Présenté à la mi-mars au CHSCT du centre hospitalier universitaire de Toulouse, le « plan performance anticrise » de la direction a mis en alerte tous les personnels. Il y est fait mention, pêle-mêle, de « restructurations », de « regroupements », de « justesse de la répartition des personnels », de « l’organisation du travail », de « l’externalisation de services », d’« optimisation »… Un plan d’austérité qui ne dit pas son nom, mais d’autant plus alarmant que, depuis quelques années, les personnels du « meilleur CHU de France » subissent moult restructurations et « la mise en place de mécanismes facilitant la casse de l’hôpital public », selon la CGT. Coordonnateur de ce fameux plan « anticrise » au sein du CHU, Émilien Abbal se veut rassurant : « Nous voulons anticiper la réduction des ressources de l’hôpital prévue en 2012 dans l’intérêt des patients. Ne rien faire ferait partir l’établissement en déliquescence. »

Un discours qui ne rassure en rien la CGT du CHU, particulièrement inquiète du chapitre sur « la pertinence des soins ». D’après ce document, la direction planche en effet sur « la pertinence des thérapeutiques coûteuses et/ou à marge thérapeutique incertaine ou étroite ». Pour Émilien Abbal, il s’agit « simplement de ne pas disperser l’argent et pour cela, éviter les doublons d’examens, la surconsommation d’actes qui n’apportent rien, etc. ». Pour résumer, il s’agit « d’améliorer la productivité dans le bon sens du terme ». Julien Terrié, secrétaire général adjoint de la CGT, interprète autrement cette orientation : « Pour nous, il y a autre chose. Est-ce qu’on ne va pas finir par réagir aux statistiques de guérison, comme en Grande-Bretagne (lire page 3) ? Sachant que dès qu’on met le doigt dedans, on met tout le bras. »

Trier les patients comme dans le privé

« Avec un plan qui définit la pertinence des soins, on peut se demander si on ne va pas trier les patients, comme font les cliniques privées », s’interroge également Cécile Pomies, secrétaire de la CGT santé en Midi-Pyrénées. « Certes, la question de la pertinence doit être posée, mais il est très dangereux de l’aborder sous l’angle de la maîtrise des coûts. Car là, c’est la santé de la population qui est mise en danger. » Un virage dont se défend la direction du CHU : « Ce que nous voulons, c’est éviter de réduire les prestations, pour mieux les répartir et ne pas avoir à arbitrer entre les patients. On ne parle en aucun cas de patients rentables ou pas. »

Une logique de maîtrise des coûts

Oui, mais dans quelles conditions ? « On nous dit : “Il y a une crise et on veut la prévenir.” Sauf qu’on est déjà en crise du point de vue du travail. Le taux d’occupation des lits frisant les 100 %, on n’a plus de marge de manœuvre au niveau des effectifs. Rien que sur l’année dernière, plus d’une vingtaine de dangers graves et imminents ont été déposés au CHSCT, c’est dire ! Dans tous les services, on doit faire face à des problèmes, qui s’aggravent, et ce plan ne va rien régler », déplore Julien Terrié.

Si, à Toulouse, « on ne s’attendait pas à ça », c’est que ce plan anticrise n’est pas une stratégie isolée, mais la déclinaison locale de directives nationales. L’« efficacité » et la « maîtrise des coûts » sont devenues aujourd’hui le leitmotiv du gouvernement en matière de politique de santé. Dans un « guide stratégique » destiné aux agences régionales de santé (ARS), la direction générale de l’offre de soins (Dgos) indique ainsi que les contraintes financières doivent désormais être anticipées sur les prochaines années : « La mise en place des schémas régionaux d’organisation des soins (Sros) va devoir être réalisée dans un contexte de resserrement continu de la contrainte financière, contrainte qui va s’appliquer à l’ensemble des secteurs de l’offre de soins. » Comprendre : le Sros doit donc constituer un outil privilégié de rationalisation de l’offre de soin. Les tarifs baissant malgré la hausse de l’activité, et les gains de productivité réalisés sur le dos des salariés n’étant plus possibles, la solution est donc de baisser globalement la capacité de soins.

« On est dans une logique de maîtrise des dépenses au détriment d’une prise en charge de qualité et de proximité », réagit Cécile Pomies. « Les regroupements et les restructurations annoncées dans le plan, c’est le reflet de ce qui se passe plus largement dans toute la région. Il n’y a pas un seul établissement qui n’a pas fait l’objet de restructurations depuis un an et demi. »

« Une catastrophe sanitaire »

Au sein de la CGT du CHU de Toulouse, on se « battra pour que le plan performance anticrise ne soit pas adopté ». Secrétaire général adjoint du syndicat, Julien Terrié le répète : « Dans le contexte actuel, la solution n’est pas l’austérité et la réduction de l’offre de soins. Un plan comme celui-ci, c’est une catastrophe sanitaire pour une agglomération de 850 000 habitants. Par le biais de la loi HPST, la T2A et la politique gouvernementale, on met l’offre de soins en danger sur toute la région Midi-Pyrénées. »

Alexandra Chaignon

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