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À Paris, l’hôpital Pompidou n’arrive plus à gérer ses urgences | La CGT pour un Hôpital humain, d'accès universel et 100% public

À Paris, l’hôpital Pompidou n’arrive plus à gérer ses urgences

Source : La Croix

Depuis lundi 5 mars, les urgences de ce prestigieux hôpital parisien sont en grève pour dénoncer les conditions d’accueil « indignes » des patients. Faute de pouvoir orienter ses malades, souvent âgés, ce service est contraint de les hospitaliser sur des brancards.

En décembre, Tim Greacen a piqué une belle colère. « Un jour, aux urgences, je suis tombé sur une femme malade qui attendait son tour, assise par terre ! Personne n’avait pensé à lui apporter une chaise. C’est moi qui ai dû aller lui en chercher une dans un bureau de l’hôpital », raconte ce membre de l’association Aides, représentant des usagers à l’Hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP), à Paris. « Ce manque de respect vis- à-vis d’une personne en situation de vulnérabilité m’a profondément secoué », ajoute Tim Greacen, qui affirme recevoir tout au long de l’année de « nombreuses réclamations » de patients mécontents des urgences de Pompidou.

Depuis le début de la semaine, ce service a entamé une grève pour dénoncer les conditions de prise en charge des patients. «Lundi, sur 72 personnes présentes, on dénombrait 46 grévistes. Mais le service continue de fonctionner normalement car le personnel gréviste est assigné », précise Isabelle Leclerc, directrice de l’établissement.

« LA SITUATION Y A TOUJOURS ÉTÉ CATASTROPHIQUE »

Dans cet hôpital moderne ouvert en 2001, présenté un peu comme la « vitrine » de l’excellence de l’Assistance publique Hôpitaux de Paris (AHHP), les urgences font figure de parent pauvre. « La situation y a toujours été catastrophique. Il y a cinq ans, nous avions déjà tiré la sonnette d’alarme, sans résultat », confie Tim Greacen.

Ce service, qui accueille 50 000 personnes par an, compte 15 lits d’hospitalisation. En principe, comme dans toutes les urgences hospitalières, ces lits sont destinés à accueillir les patients durant quelques heures, le temps qu’on leur trouve une place dans un autre service de l’hôpital ou un autre établissement.

Le problème est que ce schéma fonctionne ici de manière très chaotique, les services spécialisés de Pompidou rechignant à accueillir ces malades, souvent âgés et atteints de plusieurs pathologies. « Ils ne veulent pas les prendre, car ils craignent que ceux-ci mobilisent leurs lits sur une longue période, confie une infirmière des urgences. Du coup, chacun renvoie la balle au voisin. Par exemple, face à un patient cardiaque âgé, le service de cardiologie va nous dire qu’il est désolé, mais que cette personne relève de la gériatrie. »

UN CASSE-TÊTE POUR LES URGENTISTES
Orienter ces patients relève donc souvent du casse-tête pour les urgentistes, qui, du coup, ne peuvent libérer leurs lits pour les nouveaux entrants. « Chaque jour, c’est l’embouteillage. Nos 15 lits sont occupés et on a une douzaine de personnes allongées sur des brancards, dans les couloirs, sans aucune intimité » , dénonce cette infirmière. « Ces malades attendent les soins dans des conditions indignes, alors que la Sécurité sociale paie des journées d’hospitalisation pour eux » , s’indigne la CGT.

De son côté, Isabelle Leclerc indique qu’un groupe de travail a été mis en place. « Notre objectif est d’avoir une meilleure connaissance en temps réel de la disponibilité des lits à l’intérieur de l’hôpital. Et nous allons travailler avec les chefs de services pour que l’admission des patients des urgences soit jugée prioritaire » , précise la directrice.

Pour Tim Greacen, ce problème est surtout révélateur de l’évolution engagée ces dernières années à l’hôpital public. « Pompidou dispose d’équipes ultra-compétentes pour faire de la médecine aiguë, pointue, et pour des prises en charge courtes et prévues à l’avance. Mais tout ce savoir-faire disparaît dès lors qu’il s’agit de traiter avec dignité des patients qui, de manière non programmée, viennent frapper à la porte de l’hôpital. »

PIERRE BIENVAULT

Un commentaire

  1. Yori Taylor

    En date du 14 février 2014, nous avons été conduits à l’Hôpital Pompidou par les pompiers après que mon mari ait fait une syncope dans un restaurant.

    L’accueil a été plus que déplorable. L’infirmière chargée de réceptionner mon mari m’a interdit l’entrée de l’endroit où elle faisait l’ECG, ceci sur un ton inadmissible. Je n’ai pu entrer dans les lieux que lorsqu’il a été compris que mon mari ne parlant qu’anglais, il y avait besoin d’un interprète. A ma vue, l’infirmière qui n’avait rien capté m’a sommée en hurlant de sortir de la pièce, et ce n’est qu’après avoir réalisé que ma présence était indispensable qu’elle a baissé le ton.

    Nous avons ensuite attendu plus de quatre heures en compagnie d’autres patients dans la salle commune. Pendant ce laps de temps, je n’ai pas vu un seul médecin appeler qui que ce soit parmi les patients en attente. En revanche, ce que j’ai vu, ce sont des malades épuisés qui quittaient petit à petit les lieux, ce que nous avons fini par faire nous-mêmes en finale. Ceux qui osaient demander un renseignement concernant l’attente éventuelle étaient traités de manière inadmissible. Un patient assis à nos côtés à précisé qu’en tant que fermier, ses bêtes étaient traitées avec plus d’humanité que ces gens en souffrance dans un hôpital censé leur apporter le soulagement. Une femme médecin assise à mes côtés avait également été interdite de séjour là où son mari était traité. Finalement, dans le taxi qui nous a ramené chez nous, le chauffeur nous a appris qu’il prenait souvent des patients ayant attendu plus de sept heures pour être vus par un médecin et que beaucoup d’autres repartaient sans être traités.

    Cet hôpital est visiblement fort mal géré. Je ne sais pas qui en est le directeur, mais j’aimerais bien lui dire deux mots.

    Tout d’abord, son personnel devrait être qualifié. Ce n’est pas un hall de gare, mais un endroit où les gens souffrent. La compassion devrait être le mot d’ordre. C’est tout de même la base de la vocation médicale.

    Ensuite, où sont donc les médecins? Et s’ils sont sur place, que font-ils? Je sais, vous me direz qu’ils prennent soin des urgences majeures, mais si les urgences majeures ne permettent pas de prendre soin des urgences mineures, c’est qu’il n’y a pas assez de médecins sur place.

    Et puis enfin, il faudrait peut-être penser à tous ces dossiers d’inscription établis par une responsable non moins désagréable et au nombre de soins préalables donnés à fonds perdus puisque les gens finissent par repartir sans avoir été traités (tel l’ECG de mon mari). D’ailleurs, je me demande ce qu’ils font de ces dossiers qui restent en instance indéfiniment puisqu’il n’y a aucun suivi.

    En bref, non seulement c’est dangereux pour une personne qui a un problème médical de repartir sans être vue par un médecin, mais c’est de l’argent fichu en l’air.

    Pour une première visite aux urgences à notre arrivée en France, c’est une réussite. Si cet hôpital se targue d’être l’un des plus modernes, soyez certains qu’il est aussi le plus désorganisé, sinon le plus dangereux.

    YORI TAYLOR

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