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Management de la peur

Un haut cadre de l’AP-HM a tenté de se suicider. PATRICK DI DOMENICO

Un haut cadre de l’AP-HM a tenté de se suicider. PATRICK DI DOMENICO

Le directeur général de l’Assistance publique – Hôpitaux de Marseille est accusé par des cadres de harcèlement moral. Un directeur tente de se suicider.Un directeur de l’architecture et du patrimoine de l’Assistance publique – Hôpitaux de Marseille (AP-HM) qui fait une tentative de suicide sur son lieu de travail, c’est un événement peu banal et inquiétant. D’autant plus choquant si ce haut cadre a 9 ans d’ancienneté dans cet établissement et qu’il dépose une plainte au pénal pour harcèlement moral contre la personne du directeur général Jean-Paul Segade. De fait, cette affaire concerne – ce qui la renforce – deux plaignants et non pas un seul : le directeur de l’architecture et du patrimoine que nous appellerons X et le directeur adjoint à la qualité, Y*.

« C. m’a appelé affolée car elle avait un mauvais pressentiment, son mari ne lui répondait pas. Je me suis alors précipité à la Timone pour en avoir le cœur net. Arrivé à la porte de son bureau, j’ai constaté qu’elle était fermée de l’intérieur. Je suis donc allé chercher la clef et en entrant j’ai découvert X allongé par terre sans connaissance et sur son écran d’ordinateur ce mot terrible écrit de sa main : Segade m’a détruit », se souvient Y.

Dans cette triste affaire qui charrie de graves interrogations sur le management au sein de l’AP-HM, qui occasionne aujourd’hui la tenue d’un Comité d’hygiène de sécurité et de conditions de travail (CHSCT), le seul point positif, si l’on peut dire, c’est la solide amitié qui lie ces deux collaborateurs. Fort heureusement X, après une nuit passée à l’hôpital a pu rentrer chez lui sans aucune séquelle physique, mais un état de profond abattement psychologique. D’ailleurs, dans ces circonstances douloureuses, c’est son épouse C. – elle-même aussi agent de l’AP-HM – qui répond aux questions des journalistes.

« Seul avec un collaborateur et un ordinateur en panne »

« Mon mari n’a pas compris durant tout ce temps pourquoi M. Segade agissait de la sorte à son encontre. Alors qu’à l’origine il avait 380 personnes sous ses ordres et comptait sur un budget de 250 millions d’euros par an, dernièrement, le placard n’était pas un vain mot. Il s’est retrouvé tout seul dans un bureau avec un seul collaborateur et un ordinateur en panne depuis le mois de juillet. Et chaque fois qu’il se plaignait de voir sa mission se vider de tout sens, le directeur général n’a jamais trouvé rien à lui redire », explique C. qui déplore la sécheresse de Jean-Paul Segade quand il a pris connaissance de ce qui se passait.
Mais C. a constitué un dossier de 140 pages et elle se souvient que son époux avait, en 2009, mis en garde la direction générale contre une mise en service trop rapide des nouveaux blocs opératoires du bâtiment de l’Etoile (Nord). Quelques mois plus tard, on apprenait, par voie de presse, la mort de plusieurs patients à cause d’un champignon toxique : c’était l’affaire de l’aspergillose.
A la veille du CHSCT, le syndicat majoritaire préfère temporiser : « Car le comité se réunit pour aborder les risques médico-psychologiques en général, je préfère me prononcer après », explique Jean-Paul Katramados de FO. Danièle Ceccaldi de la CGT, quant à elle, s’étrangle d’indignation parce qu’elle a le souvenir d’une autre affaire qui n’avait pas touché de directeur mais une infirmière. Or, à cette occasion, rien n’a filtré.

Sollicité par téléphone, Jean-Paul Segade s’est fendu d’un mot gentil : « Ce geste terrible qui a touché le directeur que je suis autant que l’homme. » En revanche, l’homme fort de l’AP-HM ne veut pas entendre parler du fond, de la question soulevée d’un management de la peur. « A cette heure, je n’ai pas les pièces matérielles de ma mise en accusation. Et en ce qui concerne le climat qui règne dans mon établissement. Il est sûr que le harcèlement que j’ai subi par voie de presse n’est pas fait pour calmer les esprits. » 
 
ANTONIO MOREIRA

* A ce stade de l’affaire les plaignants ont demandé l’anonymat, c’est pour cette raison qu’ils sont désignés par X, Y et C. 

 

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