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La santé des Grecs est ravagée par la crise | La CGT pour un Hôpital humain, d'accès universel et 100% public

La santé des Grecs est ravagée par la crise

Source mariane2

( Dessin : Louison )

Les grecs se saignent, jusqu’à y perdre leur santé. Certains budgets de soins ont été réduits de 80%. En conséquence, les établissements d’urgence de médecins sans frontières voient leur fréquentation exploser, notamment par des chômeurs et personnes âgées qui ne bénéficient plus de couverture sociale. Quant aux hôpitaux, ils souffrent d’une pénurie de médicaments pour cause d’impayés…

A l’issue du sommet européen du 26 octobre, nombre de responsables politiques et de commentateurs ont à nouveau utilisé l’expression « sauver la Grèce ». Etrange sauvetage que celui qui consiste à enfoncer toujours plus un pays dans la souffrance. Ainsi, plusieurs études ont été récemment publiées sur la situation sanitaire. Celle-ci se dégrade à un rythme alarmant.

La branche hellénique de Médecins sans frontières (MSF), qui a mis en place depuis 1995 des structures de soins destinées aux réfugiés et demandeurs d’asile, note que ces établissements d’urgence sont désormais de plus en plus fréquentés par les Grecs eux-mêmes. L’accès aux soins hospitaliers classiques se restreint de facto pour un nombre croissant de ceux-ci. Médecins du monde (MDM) aboutit au même constat : les Grecs représentaient 10% de ses patients en 2010 ; depuis le début de cette année, cette proportion est passée à 35%. 9% d’entre eux sont des enfants.

MDM souligne que ceux-ci, comme les personnes âgées, ne réclament pas seulement des soins, mais souvent aussi de la nourriture. Les soignants repèrent des signes de malnutrition de plus en plus fréquents. D’autres indices inquiétants apparaissent, telles que des familles entières ne bénéficiant plus des vaccinations de base. Selon MSF, les retraités et chômeurs sont de plus en plus nombreux à ne plus disposer de couverture sociale. La classe moyenne n’est pas épargnée : c’est ainsi le cas des petits artisans, par exemple, qui ne sont pas officiellement considérés comme sans emploi même quand ils sont en dépôt de bilan.

Par ailleurs, certains budgets publics de soins, des traitements pour certaines maladies, de même que des programmes d’aide sociale subissent des coupes allant jusqu’à 80%, pointe l’organisation. Dans le même temps, les firmes pharmaceutiques étrangères ont interrompu les livraisons de certains médicaments (notamment les anti-cancéreux) : les hôpitaux publics, qui ont accumulé les impayés faute de crédits, ne sont plus à même de régler les factures. Même le matériel médical de base, ainsi que le sang pour les transfusions, viennent à manquer.

Sous la pression de la Troïka (Commission européenne, BCE, et FMI), le gouvernement de George Papandréou est en train de réduire de 133 à 83 le nombre d’hôpitaux du pays. De même, 300 des 2000 cliniques locales sont en cours de fermeture. Le nombre de lits doit être limité à 30 000, soit 80% des besoins officiellement estimés. Tout cela est imposé « sans aucune étude évaluant les conséquences possibles de telles mesures », s’indigne MSF-Grèce.

A cela vient s’ajouter le coût croissant d’accès au système public de soins. Désormais, une participation de 5 euros est exigée pour chaque visite à l’hôpital. Cette taxe n’a rien de minime pour ceux qui doivent s’y rendre fréquemment, ou dont le revenu a été drastiquement réduit dans la dernière période. C’est notamment le cas des retraités. Même assurés sociaux, ces derniers doivent, comme les autres, débourser de 20 à 25% du coût de leurs ordonnances. Des exemptions existent, mais les critères pour en bénéficier sont de plus en plus difficiles à satisfaire.

Ce sombre tableau est confirmé par une étude qu’a publiée (le 10 octobre) la revue médicale britannique de référence, The Lancet. L’article porte essentiellement sur la période 2007-2009 ; mais les auteurs signalent que la situation s’est aggravée depuis lors. Ils insistent sur les sous-effectifs, de même que sur les restrictions en fournitures médicales ; ils citent le chiffre de coupes budgétaires pour les hôpitaux à hauteur de 40%.

Dans un autre registre, le journal pointe une augmentation de 17% du taux de suicides en deux ans ; il cite un rapport parlementaire évoquant une augmentation de 25% en 2010 par rapport à 2009. Selon des indications officieuses du ministère de la santé, le nombre de personnes ayant mis fin à leurs jours aurait même bondi de 40% au premier semestre 2011. Par ailleurs, les auteurs font état d’une explosion du nombre de malades du Sida en 2010, et plus encore cette année. MSF, pour sa part, signale que 50 à 60 000 parmi ces derniers sont dépourvus de toute assurance sociale.

La Troïka (Commission européenne, BCE, FMI) a enjoint au gouvernement grec d’opérer des coupes dans le budget de la santé à hauteur de 310 millions d’euros pour cette année, et de prévoir des économies supplémentaires de 1,43 milliard sur la période 2012-2015. D’ores et déjà, l’un des responsables de MDM-Grèce n’hésite pas à affirmer qu’« il y a une profonde aggravation de la crise sanitaire dans le pays, mais personne ne veut le voir ». Il ajoute : « ce que nous savons, c’est que parmi les nouvelles mesures prévues pour 2012, la Troïka a exigé que plus personne ne soit exempté du ticket de 5 euros pour l’accès à l’hôpital ».

Santé !

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